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Après avoir écumé les USA depuis le mois de mai 2015, le pseudo séducteur, mais authentique harceleur sexiste Julien Blanc, projette de parcourir l’Europe à partir de ce 21 août pour y dispenser ses soi-disantL'image figurant sur la pétition de Garance « séminaires » de drague pesante, auxquels l’inscription peut coûter jusqu’à 2500€. Ce Suisse installé aux USA se présente comme un « Pick-up artist », c’est-à-dire comme un « artiste de la drague », dont le but serait de faire partager (pas gratuitement) ses ficelles aux mâles un peu timides qui ont du mal à engager la conversation avec les femmes.

Le hic, c’est que le fonds de commerce de l'individu consiste à dire aux hommes : « Ne prenez pas de gants, allez-y franchement : tous les moyens sont bons pour forcer les femmes à avoir des relations sexuelles avec vous ! ». En deux mots, ce soi-disant coach se fait du fric auprès de gogos en faisant l’apologie du harcèlement, des agressions sexuelles et du viol et en déployant au passage une vision misogyne et raciste des femmes.

Un dérapage japonais

Cet aspect du personnage a été dénoncé dès le 2 novembre 2014 par une féministe japonaise qui a diffusé sur un réseau social des images montrant notamment Blanc en train d’embrasser de force une caissière désemparée dans un supermarché. Au début de la vidéo, on découvrait d’autres images où le zigoto expliquait combien il était facile d’utiliser certains aspects de la culture japonaise (la retenue en public et le goût de la discrétion) pour « se faire » sans difficulté de jeunes nipponnes[1].

(Légende de la photo: "Mec, empoigne-la! Au minimum, au Japon, si tu es un homme blanc, tu peux faire ce que tu veux". Cette image illustre la pétition lancée par Garance).

Un extrait :

« Si vous allez à Tokyo, c’est la folie. On vous dit qu’il faut être super patient, très empathique avec les Japonaises, parce que si vous les approchez en disant ‘Hello !’, elles se barrent direct. Mais à Tokyo, si vous êtes un homme blanc, vous pouvez faire ce-que-vous-voulez (…) Alors je la prends par le bras, et elle se met à rire et à glousser. Et tout ce que vous avez à faire, c’est de faire retomber la pression en criant ‘Pikachu’ ou ‘Pokémon’ ou ‘Tamagochi’ ou n’importe quoi. Au début, je ne savais pas jusqu’où je pouvais aller, mais deux jours plus tard, je me baladais dans la rue, je pouvais les attraper par la tête, et les pousser devant ma bite, à crier ‘Pikachu’ en portant un t-shirt Pikachu, c’était ridicule ! Même en abordant un groupe, je les attrapais une par une, je n’ai jamais été aussi heureux »[2].

Depuis cet épisode, les actions de l’expert sont en baisse. D’abord, un hashtag vengeur a été lancé sur Twitter (#TakeDownJulienBlanc)[3]. Ensuite, le type a été prié de quitter le territoire australien et a été interdit d’entrée au Brésil, à Singapour et en Grande-Bretagne. Certains de ses comptes, notamment sur Twitter, ont été fermés et certaines vidéos sont devenues inaccessibles, mais son site personnel et celui de la firme dont il se réclame sont toujours là, de même que ses vidéos sur YouTube.

Une pétition en Belgique

Dans le cadre de sa tournée européenne, Blanc avait prévu de se produire à Bruxelles le 17 septembre et à Anvers le 18, mais la date de Bruxelles a été enlevée de son programme[4]. Il est impératif de faire tout ce qui est possible pour empêcher cet escroc misogyne et harceleur de se produire en Belgique. A cette fin, on peut signer ICI la pétition lancée par l’association féministe Garance et adressée notamment à la Secrétaire d’Etat à l’Egalité des Chances, Elke Sleurs, au Ministre de l’Intérieur, Jan Jambon et aux Bourgmestres concernés.

Actuellement, la pétition a recueilli 2353 signatures, mais l'objectif de 5000 signatures reste un objectif raisonnable.

Voici un extrait de la pétition lancée par Garance :

« Sous prétexte de renforcer la confiance en soi des hommes et de leur apprendre à séduire des femmes, ils proposent des stratégies abusives qui ont un seul but : affaiblir les résistances d'une femme ciblée par la manipulation, le harcèlement et la violence jusqu'à ce qu'elle finisse par se plier à la volonté de son ‘séducteur’. Parmi ces techniques se trouvent :

  •  la manipulation : faire boire la femme ciblée pour qu'elle ne puisse plus résister; ‘negging’, càd mettre en question la valeur de la femme ciblée dans l'espoir qu'elle voudra obtenir de l'approbation en se soumettant,
  • le harcèlement sexuel : mimer la fellation ou le cunnilingus avec des femmes non consentantes, se frotter contre la femme ciblée de manière sexuelle, baisers forcés,
  • l'intimidation : la femme ciblée est poussée contre un mur et bloquée avec les bras du harceleur qui l'empêche de sortir et lui parle de tout près,
  • l'agression physique et sexuelle : attraper une femme ciblée par le bras et l'empêcher de partir, l'étrangler avec une main, avoir des relations sexuelles quand elle n'est pas en mesure de consentir.

Cette misogynie accablante va de pair avec du racisme et des attitudes discriminantes par rapport à l'apparence physique ».

La culture du viol

Ces attitudes, qui rappellent les comportements de l’animateur de radio Guillaume Pley[5] ou de l’humoriste ringard Rémi Gaillard[6], ne surviennent évidemment pas par hasard dans la société patriarcale : elles s’enracinent dans un substrat que les féministes américaines des années 70 ont appelé la « culture du viol » (rape culture).

Comme on peut le lire dans un article américain, « L’expression ‘rape culture’, ou ‘culture du viol’, désigne une société ou une culture dans laquelle la violence sexuelle est considérée comme la norme - une société où l’on ne dit pas aux gens de ne pas violer, mais plutôt de ne pas se faire violer »[7].

Le site féministe Madmoizelle.com définit bien la notion : « La culture du viol décrit un environnement social et médiatique dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses, sont simplement banalisées, voire acceptées. C’est par exemple un environnement qui culpabilise les femmes quant à leurs tenues et leur apparence. Dire (ou penser) qu’une femme victime de viol qui se balade seule le soir en talons et en mini-jupe ‘l’a bien cherché’, c’est faire peser sur la victime la responsabilité du crime – car le viol est un crime, n’est-ce pas (ce petit rappel est important pour la suite) »[8].

Comme le harcèlement sexuel, la violence conjugale ou la prostitution, le viol fait partie des dispositifs de domination des femmes qui caractérisent la société patriarcale. Dans l’univers patriarcal, la domination des femmes a pour corollaire de considérer comme naturelle l’appropriation de leur corps par les hommes. Ces dispositifs ont un fonctionnement particulièrement pervers dans la mesure où ils s’accompagnent d’un discours qui tend à rendre les femmes responsables des violences dont elles sont victimes, sous toutes sortes de prétextes, dont notamment la « provocation » liée au comportement ou à la tenue vestimentaire.

Longtemps considérées comme normaux par le discours dominant, ces formes de violence de genre sont aujourd’hui condamnées. Le viol est un délit grave : en droit belge, l’Article 375 du Code pénal précise « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit et par quelque moyen que ce soit, commis sur une personne qui n'y consent pas, constitue le crime de viol. »[9]. La peine prévue est une réclusion de cinq à dix ans, la sanction étant aggravée en fonction de l’âge des victimes, s’il s’agit de mineur-e-s. La notion de « consentement » est évidemment fondamentale, le code pénal précisant : « Il n'y a pas consentement notamment lorsque l'acte a été imposé par violence, contrainte ou ruse, ou a été rendu possible en raison d'une infirmité ou d'une déficience physique ou mentale de la victime ».

En France, le viol est passible d’un emprisonnement de cinq ans et de 75000€ d’amende (article222-22 du Code pénal)[10]. C’est malheureusement un crime très répandu : en France, on estime qu’il se produit un viol toutes les trois minutes[11].

« Je connais un violeur » est un blog qui permet à des victimes de viol de s’exprimer anonymement[12].

A la lumière de ce qui précède, on peut considérer les activités de Julien Blanc comme des incitations adressées aux hommes qui participent à ses séminaires à commettre des attentats à la pudeur ou des viols, c’est-à-dire à se rendre coupables de délits envers les femmes, sous prétexte de manœuvres de séduction.

Dès lors, de même que les pouvoirs publics ont à plusieurs reprises interdit à l’humoriste antisémite Dieudonné de se produire en Belgique pour répandre ses discours racistes, il s’imposerait d’interdire à Julien Blanc d’intervenir à Anvers pour distiller ses conseils sexistes et faire l’apologie du viol.

Une telle décision prise par les pouvoirs publics belges constituerait également un précédent dont pourraient s’inspirer les autres pays européens qui figurent au programme du sinistre individu.

N'oubliez pas de signer la pétition de Garance.

 




[1] Lauren Provost, « Julien Blanc, le coach en séduction que les  internautes du monde entier veulent voir tomber », in Huffington Post (fr), 4/11/2014 (http://www.huffingtonpost.fr/2014/11/04/julien-blanc-take-down-coach-sed...)

[2] « Julien Blanc, expert en harcèlement raciste », in MamZelle.com, 3/11/2014 (http://www.madmoizelle.com/julien-blanc-pick-up-artiste-296910)

[3] « Descendez Julien Blanc » (un hashtag est un mot clé sur le réseau Twitter).

[5] Emeline Amétis, « Comment embrasser une inconnue en 10 secondes : la vidéo de Guillaume Pley (NRJ) choque », in Huffington Post, 21/10/2013 (http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/21/guillaume-pley-twitter-comment-e...).

[6] Carole Boinet, « De Rémi Gaillard au slut-shaming: la culture du viol, c’est quoi? », in Les Inrockuptibles, 18/06/2015 (http://www.lesinrocks.com/2015/06/18/actualite/de-remi-gaillard-au-slut-shaming-la-culture-du-viol-cest-quoi-11754653/). Cet individu s’est fait une spécialité de mimer des actes sexuels à l’insu de femmes dans le cadre de caméras cachées.

[10] Carole Boinet, loc. cit.