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Le Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion est très touché par le décès de Madame Anne-Marie Lizin et tient à lui rendre hommage.

La disparition de Madame Lizin est l’occasion de rappeler que cette femme politique a été une combattante énergique en faveur de la cause des femmes et singulièrement des victimes de violence conjugale, comme en témoigne la loi de 1997 qui porte son nom.

Son énergie hors du commun, sa capacité à surmonter les obstacles dressés devant elle en tant que femme ne lui ont évidemment pas fait que des amis. Sa force de caractère était telle que plusieurs leaders politiques n’ont pas hésité à la décrire comme un « homme » politique. Aurait-elle dû considérer cela comme un compliment ? Dire cela d’une féministe, ce n’est pas très classe. Rien qu’à ce détail, on touche du doigt ce que notre société a de foncièrement sexiste.

Quelle fougue, cependant, quelle passion de la vie en société et quel investissement hors du commun dans la cause des femmes l’animaient!

Responsable de la sécurité dans la commune de Huy en tant que bourgmestre, elle observa les statistiques des délits pour les années 1993 à 1995 et fit des constatations étonnantes : globalement, un fait de violence conjugale était répertorié tous les deux jours, mais seulement 12% des affaires faisaient l’objet d’une plainte et à peine 2,4% d’entre elles étaient soumises à un juge d’instruction. Et encore : ce n’était qu’en cas de crime de sang (c’est-à-dire si la victime était décédée) qu’il était fait appel au Parquet. En plus, la qualification de « différend familial » utilisée par la police pour caractériser ces faits n’aboutissait qu’à un phénomène de banalisation assez dommageable : les associations de défense des victimes s’insurgeaient contre l’assimilation faite entre une dispute au sein d’un couple et un phénomène de domination conjugale, bien moins anecdotique.

La loi Lizin de 1997

S’appuyant sur ces constatations, Anne-Marie Lizin entreprit de faire voter une loi « visant à combattre la violence au sein du couple ». Il faut se rappeler qu’au même moment, une femme hébergée au refuge du CVFE avait été sauvagement assassinée par son compagnon.

Pour la première fois, une mesure légale se donnait pour objectif de protéger les victimes de violence conjugale, notamment :

  • en introduisant la notion de crime ou de délit commis à l’encontre de « l’époux ou de la personne avec laquelle la victime cohabite ou a cohabité et entretient ou a entretenu une relation affective et sexuelle durable »,
  • par l’abrogation de l’article 413 du Code pénal selon lequel le flagrant délit d’adultère constituait une cause d’excuse aux coups et blessures volontaires et à l’homicide,
  • en permettant au Procureur du Roi de requérir (et donc de pénétrer au domicile jusqu’ici protégé par l’inviolabilité, sauf en cas de crime), non plus seulement sur appel du chef de maison, mais aussi sur plainte de la victime[1] .

Par la suite, d’autres femmes ont poursuivi ce travail indispensable : d'abord, la Procureure du Roi de Liège Anne Bourguignont en instaurant en septembre 2004 la circulaire « Tolérance zéro » dont l’objectif était de mettre fin au classement sans suite (c’est-à-dire sans poursuite) des plaintes en matière de violence conjugale. Ensuite, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx en généralisant à l’ensemble du pays les prescriptions de cette circulaire à travers les COL 3 et 4 proposées en mars 2006 avec le Collège des Procureurs généraux.

Qu'après tous les combats qu'elle a menés sans réserve pour la cause des femmes, Madame Anne-Marie Lizin repose en paix.

 




[1] « Loi Lizin et consorts visant à combattre la violence au sein du couple » du 24/11/1997 (Moniteur belge du 6/02/1998).