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Beau succès pour le colloque organisé à Huy par la Fondation Anne-Marie Lizin ce samedi 24 novembre!

En ouverture, Michel Lizin et Christine Defraigne (troisième femme Présidente du Sénat depuis 1830, Anne-Marie Lizin fut la première en 2004), ont rendu hommage à la femme politique d’envergure internationale : Anne-Marie Lizin n’a pas connu les attentats de Paris et de Bruxelles. Elle n’aurait pas supporté d’assister sans agir aux luttes de forces politiques qui brandissent la négation des droits des femmes. C’est une femme dont les engagements forçaient l’admiration. Elle avait de l’audace, elle savait sortir du carcan pour des principes et des valeurs supérieurs. Elle fut une pionnière. Ainsi, dans la foulée des recommandations de la conférence de Pékin sur les femmes (1995), elle a proposé et fait voter une loi « visant à combattre la violence au sein du couple », mettant enfin à l’agenda politique belge un changement majeur dans la représentation traditionnelle des violences conjugales. La loi Lizin (1997) a imposé l’idée que, même si elle survient dans la sphère intime, la violence conjugale ne peut pas être confinée au domaine privé et rester impunie. La combattre est du ressort de l’ordre social. Ce changement de perception est fondamental et a généré d’autres avancées. Ainsi, en 2004, Anne Bourguignont, Procureure du Roi, a inscrit cette problématique à l'agenda judiciaire, en imposant une politique de « tolérance zéro » sur l’arrondissement liégeois.

Claire Gavroy (CVFE) a relaté ensuite la genèse de la loi Lizin, en évoquant le souvenir d’une dame ex-hébergée, Paule. Son assassinat en 1995 a été le déclencheur de la rencontre entre Anne-Marie Lizin et le CVFE, qui s’est investi alors dans le soutien au projet de loi que celle-ci proposait. Le monsieur, déjà en sursis, avait été laissé en liberté alors que plusieurs plaintes avaient été déposées contre lui par plusieurs femmes, mais malheureusement ces plaintes avaient été classées sans suite. Il aurait dû être remis en prison. L’équipe du CVFE a fait connaitre son indignation dans les médias et en a discuté avec Anne-Marie Lizin. A l’époque, les femmes battues ne pouvaient pas se faire entendre. C’étaient des « victimes sans délit ». La prise en compte officielle de la problématique a beaucoup évolué depuis, notamment grâce à la loi de 1997. Cette loi a pu être votée grâce à l’alliance de femmes politiques de tous bords.

Reine Marcellis (Synergie wallonne) et Maria Miguel Sierra (La Voix des Femmes) ont poursuivi la description des évolutions du combat contre les violences conjugales, avec les « Coll3 » et « Coll4 » de la Ministre de la Justice en 2006, Laurette Onkelinx, qui ont généralisé à toute la Belgique la politique «Tolérance zéro » initiée par Anne Bourguignont, avec les plans d’actions nationaux qui se sont succédés depuis 2000, avec la Convention d’Istanbul adoptée par la Belgique en 2016 et dont l’application dans les pays signataires fait l’objet actuellement d’une évaluation de la part des autorités nationales mais aussi des acteurs/trices de terrain. Les avancées en matière de lutte contre la violence conjugale ont plus de chances de succès quand elles s’appuient sur la synergie de toutes les forces et de toutes les compétences : les militantes, les associations spécialisées, les services généralistes, les professionnels de plusieurs disciplines, les politiques et les institutions. Dans un pays comme la Belgique, où les niveaux de pouvoir sont multiples, mais aussi dans un domaine aussi complexe que la violence conjugale, qui appelle des interventions et des solutions de différentes natures, il est important d’avoir une approche globale et cohérente, avec des démarches transversales, ce qu’on appelle une "politique intégrée". La vision développée par la convention d’Istanbul est de mettre les victimes, femmes et enfants, au cœur des dispositifs, aucune compétence n’étant suffisante en soi.

Dans le débat qui a suivi, on a évoqué les régressions (reculs en matière judiciaire avec des politiques particulières à chaque Parquet; reculs en matière d'accueil des victimes par la police), les besoins en formation (des magistrats, des avocats, des policiers mais aussi des politiques!), la grande précarité des associations spécialisées dûe au régime de subsides ponctuels et complexes auquel elles sont confrontées (comme le gel des subsides ou la réforme des aides à l'emploi APE...).

A la veille de la grande manifestation nationale MIRABAL (qui rejoint les manifestations organisées dans une multitude de pays à l'occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes), ce colloque a permis de prendre la mesure de la conviction et de l'engagement nécessaires dans le chef des femmes, à tous les niveaux où elles peuvent agir, pour éradiquer les violences envers les femmes dans la sphère privée comme dans la sphère publique.