Décoloniser les corps et les territoires Vers une révolution féministe

Par Cindy Pahaut -juin 2022

En partant du cas des stérilisations forcées sur des femmes indigènes des Amériques, je désire intégrer ces atteintes au continuum des violences portées aux corps des femmes, et ébaucher une réflexion sur le capitalisme patriarcal qui en est la cause. Celui-ci sera envisagé non seulement comme le terreau qui sous-tend ces atteintes sexistes et racistes, mais également comme une des cibles des combats des féminismes décoloniaux & intersectionnels, parfois décriés ou mal compris.

Autoportrait a la frontiere du Mexique et des Etats Unis F KAHLO

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Introduction

Énormément de femmes et jeunes filles de par le monde ne jouissent toujours pas d’une liberté de choix par rapport à leur santé, leur sexualité, leur relations amoureuses, au fait d’avoir des enfants ou non[1], et ce malgré les Accords internationaux (tels que la Convention internationale des Droits de l’homme[2], l’UNFPA[3]) ou encore la création d’ONU Femmes[4] qui émet de nombreux avis sur l’importance de leur autonomie en termes de libre-arbitre, mais également en termes de maîtrise de leur propre corps. Ainsi, « Bien que les droits fondamentaux reposent, entre autres, sur [cette] AUTONOMIE CORPORELLE, ce concept est rarement présenté comme un droit en tant que tel (Assemblée générale des Nations Unies, 2007). »[5] Ces droits fondamentaux sont à l’étude du Commissaire aux Droits de l’Homme au Conseil de l’Europe[6], mais nous désirons ici élargir notre lorgnette aux femmes du monde entier.

J’envisagerai ici en les contextualisant dans le temps et l’espace de nombreuses atteintes à cette autonomie corporelle, afin d’étayer l’idée d’un « large continuum » de violences faites au corps des femmes, terme emprunté à Jules Falquet (comme nous le verrons ultérieurement). « Large » hélas par leur variété cruelle, mais aussi parce que l’analyse de ce capitalisme patriarcal prend appui sur une chronologie qui va des 1ères conquêtes à aujourd’hui, et dans divers pays dits « du Sud » anciennement colonisés, mais toujours aujourd’hui dominés par notre Occident. Nous verrons ainsi comment le passé influence encore le présent, et comment des féministes non occidentales luttent pour briser ce cycle qu’actionnent des diverses dominations que sous-tend la mondialisation néolibérale.[7]

Loin de vouloir poser un regard supérieur sur les sociétés autochtones et/ou du Sud global[8], que les Occidentales.taux ont considéré (et que sans doute encore hélas beaucoup considèrent à tort) comme « arriérées », mon constat est plutôt ici qu’en tant que femmes (ou toute personne appartenant à une minorité de genre) occidentales, nous faisons également partie de la classe des dominant.e.s et donc des colonisateur.ice.s ! Et que notre « féminisme blanc » a tout intérêt à s’enrichir des féminismes du monde entier, sans se sentir menacé par de soi-disant « impostures décoloniales, indigénistes, racialistes, postmodernes… » qui ne seraient « que récupération politique et instrumentalisation du féminisme »[9]).

« Large » hélas par leur variété cruelle, mais aussi parce que l’analyse de ce capitalisme patriarcal prend appui sur une chronologie qui va des 1ères conquêtes à aujourd’hui, et dans divers pays dits « du Sud » anciennement colonisés, mais toujours aujourd’hui dominés par notre Occident. Nous verrons ainsi comment le passé influence encore le présent, et comment des féministes non occidentales luttent pour briser ce cycle qu’actionnent des diverses dominations que sous-tend la mondialisation néolibérale.[10]

Ce désir de parler de la COLONISATION DES CORPS FÉMININS est née de la lecture d’un ouvrage étonnant, Liberté Ligaturée[11], écrit par quatre jeunes étudiantes belges, dont le travail magnifique mérite d’être mis en lumière.

Cet ouvrage aborde les stérilisations forcées sur les femmes autochtones du Canada. Oppression qui me permettra d’aborder un plus large continuum de violences faites aux femmes autochtones ou issues de l’esclavage dans les Amériques qui s’inscrit dans un racisme et un sexisme systémiques inhérents au capitalisme patriarcal.

Je présenterai celui-ci en expliquant comment il construit une division sexuelle et raciale du travail et quels traits lui sont caractéristiques : le contrôle du ventre des femmes (et a fortiori celui des femmes « racisées »[12]) ; et plus largement la colonisation des CORPS-TERRITOIRES. Ce concept posé, j’évoquerai brièvement les féminismes décoloniaux et intersectionnels, qui ont finement étudié ce qui pousse l’Occident à vouloir écraser l’autonomie corporelle de ces femmes indigènes, et des femmes plus globalement. J’ouvrirai également un court chapitre sur l’indigénisme qui est, notamment en France, mal compris et conspué par la droite.

Enfin, j’expliquerai pourquoi certaines théoriciennes, telle qu’Aurore Koechlin, émettent l’hypothèse selon laquelle les luttes féministes d’Amérique latine contre toutes ces violences constituent une des racines de la RÉVOLUTION FÉMINISTE en cours.

 

I.   POINT DE DÉPART. LIBERTÉ LIGATURÉE

Dernièrement, une amie brésilienne m’a évoqué sa découverte d’un mook (ouvrage à mi-chemin entre un magazine et un livre) intitulé Liberté ligaturée. Cette enquête menée au Canada par quelques étudiantes sortantes de l’IHECS[13];traite d’une pratique que l’on n’imagine pas dans une démocratie réputée pour son respect de la diversité humaine la STÉRILISATION FORCÉE DES FEMMES AUTOCHTONES.

La stérilisation est une méthode de contraception irréversible. « Chez la femme, elle peut être réalisée par des moyens chimiques ou chirurgicaux. Elle peut être imposée à certaines catégories défavorisées dans le cadre de contrôle démographique, parfois à leur insu.[14]

Dans le cas présent, les femmes interrogées dans le mook ont été stérilisées sans leur accord, soit que le médecin leur ait expliqué dans une langue qu’elles ne maîtrisaient pas assez bien, soit qu’on leur ait fait signer un acte de consentement dans un moment inapproprié (pour l’une, lors d’une césarienne), soit qu’elles étaient enfants et éloignées de leurs parents…[15]

Un dossier d’Amnesty International pointe également ce genre d’entourloupes : « La plupart du temps, au lieu d’expliquer aux femmes comment utiliser un contraceptif, on les manipule pour qu’elles acceptent l’intervention. Certains [dispensaires et/ou bâtiments hospitaliers] utilisent même l’octroi d’avantages sociaux pour faire pression et obtenir leur accord. »[16]

Les récits étonnants que relate Liberté ligaturée démontrent que les « pays du Sud », trop souvent pointés du doigt pour leurs traditions patriarcales qui feraient subir les pires atteintes aux femmes, n’ont pas l’apanage de certaines monstruosités sociales. « Rien de bien neuf sous le soleil ! », pour mes collègues et moi qui travaillons dans le secteur sensible des violences faites aux femmes. Tout le monde a par ailleurs en tête des exemples de crimes et violences odieuses envers des femmes, des fillettes, voire des bébés, commis en Europe, comme hélas partout ailleurs au monde. Sauf qu’il s’agit ici d’une pratique si pas institutionnalisée, du moins systématisée sous une forme de biopolitique[17] dans une région du Canada, pays réputé pour ses réflexions féministes et son cosmopolitisme.

Mais pas immunisé pour autant contre le racisme et son lot de discriminations sociales : « Malgré l’enchâssement des droits des Autochtones dans la Constitution canadienne, près d’un Canadien sur deux (48%) pense que les peuples autochtones ne sont qu’un groupe culturel ou ethnique parmi les autres (…) Et pour 29% des Canadiens, si les Autochtones n’ont pas atteint l’égalité, c’est de leur faute. »[18]. Ni contre le sexisme : « Depuis plusieurs siècles, les femmes autochtones au Canada ont davantage subi les impacts de la colonisation que leurs homologues masculins. Elles ont été la cible de différentes politiques d’assimilation du gouvernement qui les visaient spécifiquement. »[19]

Non parce qu’elles étaient faibles, mais au contraire parce qu’elles avaient et ont toujours une grande influence dans la transmission de la culture et de la langue indigènes et dans la gouvernance de leur société. « Les missionnaires, les agents coloniaux et l’État ont donc tenté de les reléguer à la sphère domestique en leur retirant ces rôles importants et en imposant les modèles de genre des sociétés européennes. Ce sexisme doublé de racisme envers les femmes autochtones fut également institutionnalisé par l’État avec, entre autres, la création de la Loi sur les Indiens et des pensionnats autochtones. »[20]

Ces discriminations racistes et sexistes nombreuses qui subsistent à l’égard des Autochtones semblent être les reliquats de la Loi des Indiens inscrite en 1876 dans la Constitution du pays et qui demeure « la seule portant sur un sujet de « race » en vigueur dans le monde »[21]. Celle-ci, bien que de nombreuses fois modifiée, demeure une véritable loi coloniale et est un fardeau pour les populations autochtones qui ne demandent qu’à jouir des mêmes droits et obligations que les Canadien.ne.s.[22]

Cette Loi affecte la participation des femmes à la vie politique, puisqu’elles n’ont pu, pensant longtemps, se présenter ni être élues à des conseils de gouvernance imposé par l’État. Par ailleurs, cette Loi patrilinéaire[23] a importé dans la culture autochtone énormément de désavantages pour les femmes (dont les enfants non reconnus par leur père ne pouvaient par exemple jouir du statut d’ « Autochtones », etc.)

S’agissant de ces enfants, les pensionnats autochtones qui existèrent de 1820 jusqu’aux années 90 avaient pour but de les évangéliser et de les assimiler. Les conditions de vie y étaient par ailleurs dramatiques[24].

En 2016, un article de Human Rights Watch avertit le nouveau Président d’alors, Justin Trudeau, qu’il vient d’hériter « d’un certain nombre de problèmes de droits humains auxquels il devra remédier (…) S’il veut redorer l’image du Canada en tant que chef de file des défenseurs mondiaux des droits humains, il devrait commencer par s’attaquer aux abus commis dans son pays, qu’il s’agisse des meurtres et disparitions de femmes et de filles autochtones ou encore des restrictions aux principales libertés civiles imposées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.»[25]

Au cours de leur enquête journalistique, les autrices de Liberté ligaturée ont elles-mêmes fait le constat que la pratique de la stérilisation forcée sur les femmes autochtones s’inscrivait dans un contexte beaucoup plus large de discriminations à leur encontre, comme en atteste par ailleurs l’ONG Amnesty International.[26]

Ces drames humains, irréversibles et tus, s’inscrivent dans un large continuum de violences faites aux femmes autochtones (ou issues de l’esclavage) dans les Amériques qui s’expliquent par le racisme et le sexisme systémiques inhérents au CAPITALISME PATRIARCAL. Je vais désormais expliquer comment celui-ci construit une division sexuelle et raciale du travail et quels traits lui sont caractéristiques.

 

II.   QUAND L’IDÉOLOGIE PATRIARCALE SE COUPLE À L’IDÉOLOGIE NÉOLIBÉRALE

Pourquoi évoquer ici « l’emprise du CAPITALISME PATRIARCAL »[27] sur le corps des femmes » ? Il s’agit ici de souligner l’importance d’une réflexion systémique autour des différentes formes de dominations, souvent imbriquées, telles que celles portées sur le corps des femmes autochtones. Pour les écoféministes[28],  il s’agit d’engager une réflexion systémique autour de toutes les formes de dominations qui gouvernent ce capitalisme patriarcal, « non seulement de genre, mais aussi de classes, raciale, du Nord sur le Sud ».[29]&[30]

Federici (qui ajoute à la perspective écoféministe une dimension marxiste) s’est également penchée sur les dominations que cette imbrication complexe des deux systèmes capitaliste et patriarcal engendre, elle qui en parle comme d’un « système ontologiquement « raciste et sexiste », dépendant également de l’exploitation de la nature. »[31]   

Par définition, le patriarcat est un système dans lequel le pouvoir appartient à la classe sociale des hommes. Ce pouvoir se décline dans trois sphères, selon Nicole-Claude Mathieu[32] : le pouvoir économique, le pouvoir de décision politique et le pouvoir de posséder la terre.[33] Dans ce système, les rôles de soin (le care) sont assignés aux femmes. C’est ce qu’on appelle, dans la division capitaliste du travail, le travail de reproduction. Parmi ces tâches « naturellement » dévolue aux femmes, il y a notamment donc la procréation envisagée comme la production sans fin de main-d’œuvre à destination de la « création capitaliste de valeur »[34]. Là serait une des causes de l’appétit de contrôle et d’aliénation du ventre des femmes de la part des hommes.

Jules Falquet, qui s’inscrit dans le féminisme matérialiste anti-raciste, critique fermement cette naturalisation des rôles de genre dans l’organisation sociale qui, selon elle, sert avant tout à aliéner les femmes et les travailleuses : « L’idéologie patriarcale, le plus souvent acceptée par les femmes elles-mêmes comme par la plupart des hommes et couplée avec l’idéologie néolibérale, pour faire croire à la responsabilité individuelle dans les situations d’exploitation notamment, est nécessaire pour paralyser toute volonté de changer les choses, (…) Certaines et certains pensent qu’il n’y a aucune alternative à la domination masculine, le patriarcat serait un système « naturel », l’imagination est paralysée. »[35] En tant que féministe matérialiste, elle défend « l’idée que les sociétés organisent diverses logiques de division du travail et que cette répartition crée des groupes sexisés, racialisés et classisés. »[36]

Ainsi, les FEMMES RACISÉES (qu’elles soient du Sud ou du Nord, par ailleurs) sont les plus étrillées dans ce système de domination des hommes sur les femmes, du Nord sur le Sud (en plus des femmes racisées et précarisées du Nord). Double domination datant d’une première invasion qui détermine encore aujourd’hui les rapports économiques mondiaux : la conquête des Amériques de 1492, « souvent [présentée] comme la date symbolique qui a fait basculer le monde dans un processus de pillage des richesses sans précédent, qui perdure jusqu’à aujourd’hui et sans lequel il est impossible de comprendre la fameuse fracture Nord-Sud. »[37]

COLONISATION DES CORPS-TERRITOIRES

Je dois dès à présent expliquer ce qu’on entend par « CORPS-TERRITOIRES ». Les communautés indigènes, à la différence de nous Occidentales.taux qui avons grandi avec une vision plus « dualiste », considèrent les humain.e.s comme faisant partie intégrante de la Nature. (on parle à ce sujet de vision « moniste » de la Nature, c’est-à-dire qui n’envisage pas de hiérarchie entre les êtres humains et non-humains). Sous divers noms, la Terre, symbole de fertilité de la nature, est considérée comme une grande totalité, qu’elle prenne le nom de « Terre Mère », Ñuke Mapu, Pachamama[38], … et bien d’autres encore. Ces divinités ont toutes en commun le fait de représenter une Déesse Mère, et donc une entité féminine surplombant des religions à la fois panthéistes où tout est Dieu, ce qui ne fut pas sans déplaire aux religions monothéistes imposées par les colons, et « animistes » (qui prêtent une « âme » aux choses inertes et aux éléments de la nature, à l’instar de l’âme des êtres humains.[39]) Aussi les territoires agricoles de ces communautés indigènes sont-ils considérés comme des parties de ce grand corps nourricier qu’est la Terre Mère. C’est en ce sens qu’on peut considérer les dégradations environnementales touchant directement leurs terres communales, telles que l’extractivisme ou les pollutions aquatiques, comme des atteintes à leurs « corps-territoires ».

Certains peuples ont conservé cette vision non-dualiste de la nature, qu’ils considèrent comme leur Terre-Mère, et dont les humain.e.s ne sont pas distinct.e.s. Distinction qu’introduisit et conceptualisa par contre le dualisme cartésien dans la tradition philosophique occidentale, Descartes parlant (dans le Discours de la Méthode[40]) de « matière séparée de l’esprit » et par conséquent, d’un homme séparé de la nature qui l’entoure. Descartes décrivait ainsi par-là « la nature et les animaux comme des choses « inertes », et donc exploitables. »[41]

Vers le 17ème siècle, cette vision du monde nouvelle fut concomitante d’un grand bouleversement des structures économiques et sociales qui fit passer l’ancien mode de production féodal (où les terres communales (openfields) étaient considérées comme les richesses d’une économie de subsistance dévolues à l’usage collectif de paysan.ne.s libres) vers un système qui préfigurait le capitalisme, à savoir la privatisation des terres par de grands propriétaires (« enclosures » ou « fincas » américano-hispaniques), la prédilection pour une agriculture plus intensive (de type « capitaliste »), ainsi que la division sexuée du travail entre travail de production (seul considéré aux yeux de cette nouvelle société productiviste comme « activité créatrice de valeur »[42]) et travail de reproduction (fortement dévalorisé car considéré comme « sans valeur d’un point de vue économique »[43] et auquel, on l’a vu, furent traditionnellement confinées les femmes,). Ces bouleversements historiques assirent la domination socioéconomique des hommes sur les femmes, qui culmina au XIXè siècle dans les sphères bourgeoises « avec l’introduction de la femme au foyer à plein temps, [redéfinissant] la position des femmes dans la société et vis-à-vis des hommes. »[44]

Il n’en était pas de même cependant pour toutes les femmes. Car dans ce changement de paradigme, il n’aura pas fallu longtemps pour que les Occidentaux, empreints d’une nouvelle idéologie du monde, s’estiment encore plus légitimes d’exploiter non seulement jusqu’à l’usure toute ressource naturelle, mais également d’aliéner plus encore les corps des travailleuses que celui de leurs homologues masculin, d’autant plus que les femmes furent considérées comme « imparfait.e.s », « sauvages ».  Ainsi, dès le 17ème siècle s’instaura une « nouvelle division sexuelle du travail »[45], « définissant les femmes en des termes (mères, épouses, filles, veuves) qui dissimulaient leur statut de travailleuses, tout en donnant aux hommes libre accès au corps des femmes, à leur travail, au corps et au travail de leurs enfants. »[46] La famille s’érigea dès lors comme une mini institution patriarcale qui dépossédait l’épouse et mère de son salaire. C’est ce travail gratuit des femmes que Federici, Arruzza, Bhattacharya et Fraser, et d’autres féministes marxistes désignent comme le « travail de reproduction ».

Expansion de la mainmise capitaliste européenne sur les femmes racisées.

Les théoriciennes du care nous ont donc rappelé que le travail de reproduction est largement confié aux femmes. « C’est pourquoi leur contrôle est essentiel. » L’« architecture » de ce travail de reproduction est par ailleurs « segmenté en fonction de différents critères, parmi lesquels la « race » joue [en plus du genre] un rôle déterminant depuis 1492, comme l’a mis en évidence l’analyse décoloniale. »[47] Selon Federici, c’est grâce à la « ponction » de l’Occident sur le ventre des femmes noires, c’est-à-dire grâce à l’esclavagisme de leurs enfants déportés, que le capitalisme occidental avait pu continuer à se construire et prospérer, malgré les limites de production en Europe : « Alors que la réplique à la crise de population en Europe fut l’assignation des femmes à la reproduction, dans l’Amérique coloniale, où la colonisation détruisit 95% de la population aborigène[48], la réponse fut la traite [négrière], qui apporta une immense main-d’œuvre à la classe dominante européenne. »[49]

Ainsi, selon Françoise Vergès, « l’expansion coloniale européenne repose sur l’idée que la force de travail comme la nature sont des sources infinies à exploiter, comme si la nature et les peuples étaient des richesses venues du ciel à disposition des pays colonisateurs. »[50] Dès le 16ème siècle, près d’un million d’esclaves africains et de travailleurs indigènes produisaient « de la plus-value pour l’Espagne dans l’Amérique coloniale, à un taux d’exploitation bien supérieur à celui de travailleurs de l’Europe, et contribuaient à des secteurs de l’économie européenne qui prenaient une évolution capitaliste. »[51] Ainsi la plantation préfigura le modèle de la DIVISION INTERNATIONALE DU TRAVAIL que nous connaissons toujours aujourd’hui… En effet, selon Vergès et de nombreux.ses intellectuel.les latino-américain.es, ces phénomènes de colonialités[52] persistent toujours aujourd’hui, (cfr plus bas le sous-chapitre intitulé « NÉOCOLONIALISME »). Notamment la colonialité du pouvoir, qui selon Quijano « met en lumière la manière dont le capitalisme a eu besoin de la racialisation du travail pour fonctionner (…). (…) La colonialité du pouvoir désigne un régime de pouvoir qui émerge à l’époque moderne avec la colonisation et l’avènement du capitalisme. Mais qui ne s’achève pas avec le processus de décolonisation dans les années 50-60, mais continue d’organiser les rapports sociaux de pouvoirs actuels dans le système monde. »[53] Toujours selon lui, « l’idée de race est, sans aucun doute, l’instrument de domination sociale le plus efficace inventé ces 500 dernières années »[54].

Nous parlons ici de « traite négrière » ou « atlantique », système triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, qui connut son apogée au 18è siècle. S’il ne s’agit pas à proprement parler du même phénomène que celui du contrôle des femmes autochtones d’aujourd’hui, femmes afro-américaines et indigènes ont néanmoins en commun le fait d’avoir subi pour les unes et de subir encore pour les autres le contrôle de leur force de procréation en tant que femmes racisées, qui englobe évidemment le fait de leur faire faire des enfants (par le viol  y compris), mais a contrario, celui également d’empêcher certaines femmes d’en avoir à leur corps défendant ! Telle est notamment la logique des stérilisations forcées que nous avons en premier explorées, mais également de toute mainmise sur le « ventre des femmes », selon l’expression de Vergès (via en outre l’encouragement à l’avortement et à la contraception pour certaines femmes[55]).

Pour pouvoir sans vergogne exploiter ainsi femmes et populations noires ou indigènes d’Amérique, il fallut que les Occidentaux justifient leurs exactions. La distinction amenée par Descartes entre ce qui détenait une âme et le reste vint à point : ainsi, furent désigné.e.s comme « sauvages » celleux qui ne correspondaient pas à l’Être parfait de la Méthode cartésienne : « De telles supputations (qui dérivaient le plus souvent chez les cartésiens d’une ignorance à peu près complète des données les plus frustes de l’ethnographie contemporaine), manipulées par une idéologie qui s’affirmait à travers la méthode dont elle prétendait détenir les règles géométriques, comme le programme même d’une culture universelle, valable pour tous les hommes, ne pouvait que favoriser le projet (…) d’asservir le monde libre du sauvage. Ce n’est pas le hasard qui lie le Discours de la méthode aux grandes entreprises coloniales de la France. Aux prédicateurs de la Bonne Parole succèdent ceux de la Méthode et de la « civilisation ». »[56] Cette mission « civilisatrice » fut, durant l’expansion coloniale de l’Europe entre les XVème et XXème siècles, une théorie imaginée en France et dans d’autres pays européens qui se considéraient seuls pays « civilisés » ou de « civilisations supérieures » et qui se donnaient pour devoir de « civiliser », précisément, les populations non européennes, définies comme « païennes » — non chrétiennes —, et ainsi qualifiées de « sauvages » ou de « barbares ».

Au XVIè siècle, le sauvage, l’enfant, le fou et le monstre[57] seront bien entendu considérés dans cette Méthode qui hiérarchise le vivant comme des « êtres incomplets, imparfaits, sans esprit »[58]. Les contemporains de Descartes ont relégué les femmes aux tâches subalternes, les considérant comme éloignées des « choses de l’esprit »[59], les associant à la matière et à la sensualité, traits conspués par l’Église qui avait alors (et possède encore aujourd’hui, surtout en Afrique[60] et en Amérique[61]) encore une grande emprise sur les mentalités (Église catholique qui partit par ailleurs dans ces pays « sauvages » pour les évangéliser et changer par-là le statut des femmes selon le modèle européen qui les infériorisait). Ils jugèrent la femme racisée, étrangère, comme « sauvage » elle aussi, et a fortiori comme inférieure. Cet imaginaire sexiste fut lié à ce qu’on a appelé « la chasse aux sorcières »[62] en Europe.  : une traque aujourd’hui considérée avec le recul comme un véritable génocide envers les femmes.[63] Chollet parle clairement d’« un rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature »[64] et Federici associe les femmes de part et d’autre de l’Atlantique : « La sorcière européenne typique avait ainsi pour homologue, non les magiciens de la Renaissance, mais les Amérindiens et les esclaves africains qui, dans les plantations du « Nouveau Monde », partageaient une destinée similaire à celle des femmes en Europe. »[65]

Si on peut aisément comprendre le parallèle entre la chasse aux sorcières et l’élimination des chamans[66] et autres représentant.es des croyances polythéistes amérindien.ne.s[67], celui avec l’esclavagisme des Africain.e.s est peut-être moins évident. C’est qu’avec l’émergence du capitalisme, « les femmes elles-mêmes devenaient les communaux dès lors que leur travail était défini comme ressource naturelle, en dehors de la sphère de rapports marchands ».[68] Tout comme l’esclavagisme, la « chasse aux sorcières » apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un processus d’avilissement et de dépossession des femmes dans le cadre de l’accumulation primitive du capital[69].

 

Un cas particulier de violence faite aux corps : l’exploitation sexuelle de la femme « sauvage »

La violence coloniale a également fortement objectifié et érotisé le corps des femmes racisées, « sauvages »[70] (comme en témoigne leur tristement emblématique « Vénus hottentote »[71], réduite à « un objet de désir, de spectacle, sans cesse renvoyé à son statut d’esclave sans civilisation »[72]). bell hooks décrit cet archétype de la femme noire, fortement érotisée par le regard des hommes blancs : « La désignation de toutes les femmes noires comme des perverses sexuelles, immorales et libertines trouve ses racines dans l’esclavage. Les femmes et les hommes blanc·he·s justifiaient l’exploitation sexuelle des femmes noires en affirmant que ces dernières étaient les initiatrices des relations sexuelles avec les hommes. C’est de cette pensée qu’a émergé le stéréotype des femmes noires comme sauvages sexuelles, et selon la norme sexiste, une non-humaine, une sauvage, ne peut être violée. »[73]

C’est ainsi que va se dessiner « le caractère systématique de la domination sexuelle des corps colonisés ou esclavagisés. A la chaîne, page après page, des seins de femmes noires pincés par des colons égrillards en costumes blancs. Des corps exposés, exotisés, érotisés, martyrisés ad nauseam. »[74], comme le note une critique de l’ouvrage Sexe, race et colonies.[75]

 

 

 

NÉOCOLONIALISME

« (…) ces explorateurs, troquant le compas contre le poignard, ainsi que le dira Aimé Césaire[76], devenus prédateurs, se métamorphosèrent en sauvages conquérants et en intraitables colons. »[77]

Dans une perspective écoféministe, ces violences portant atteintes aux corps des femmes racisées et à leurs territoires n’ont pas cessé. Je vais développer ici quelques exemples qui ne peuvent être comparés en tous points, mais qui partagent quelques similarités, quelques constances en termes d’exploitation des corps et des territoires qui traversent l’espace et le temps. Dans Pax Neoliberalia, Jules Falquet emploie à ce propos l’expression de « continuum des violences »[78], décrivant par-là l’emploi méthodique des violences faites aux corps des femmes « à partir de contextes géopolitiques et d’objets très variés »[79] qui lui permettent de « souligner certaines continuités historiques profondes entre différente périodes et régimes d’exploitation du travail, des corps et des ressources (…) au service de la mondialisation libérale »[80], et bien souvent « leurs liens avec la coercition organisée par l’État. »[81]

Certes, on pense immédiatement aux Conquistadores européens de 1492. Mais rappelons que les entreprises extractivistes de « l’Empire américain »[82] profitent avec largesse des accords transnationaux[83]qui leur permettent d’envahir des territoires indigènes à leurs seuls profits. Et que cette politique néolibérale continue à creuser le fossé des inégalités Nord/Sud à échelle mondiale. Dans ce système néocolonial, « multinationales, vol des richesses, maintien de la population sous les ordres d’un dictateur »[84] appauvrissent les populations des pays anciennement colonisés.

On peut citer l’emprise sur Cuba qu’ont toujours désirée les États-Unis, alors que Castro s’était rapproché de l’URSS depuis 1961, et qu’une guerre froide les opposait. Ce qui justifia, selon leurs gouvernants, « La Doctrine de la sécurité nationale [regroupant] des politiques qui permettaient de freiner la popularité du communisme en Amérique latine durant la guerre froide. Ils soutenaient notamment des coups d’état contre des présidents auxquels ils ne faisaient pas confiance, comme par exemple lors du coup d’état réalisé en septembre 1973 par Augusto Pinochet contre Salvador Allende. »[85].

La même méfiance envers le communisme encouragea l’État belge à financer indirectement[86] l’assassinat de Lumumba[87] en 1961, qui avait formé le 1er gouvernement indépendant du Congo six mois auparavant. Aucun lien direct avec les exactions liées à l’extraction de minerais précieux (cobalt, coltan, …) dans le Sud Kivu, les horribles viols perpétrées sur les travailleur.se.s des mines. Néanmoins, celles-ci sont liées à l’errance de groupes armés provenant parfois de pays limitrophes, formés progressivement d’un conflit à l’autre (où se succèdent de façon tragique coups d’état, conflits ethniques, guerres civiles…), créant peu à peu hostilités, précarité des populations déplacées, et une violence extrême mue par l’« économie de guerre »[88]. Ces violences vont des mutilations sexuelles aux viols qui anéantissent femmes et fillettes, hommes, et parfois même des bébés, qui se retrouvent stigmatisé.es et souvent chassé.es de leur communauté. Cette violence est une tragédie générée par le commerce illicite des précieux minerais -dont regorge cette région à ses dépens- entre les multinationales qui exploitent ces mines[89] et les troupes rebelles  qui sévissent depuis des décennies, perpétrant des crimes innommables sur les plus vulnérables. L’impunité presque totale profite, bien évidemment aux rebelles, mais également aux chaînes d’approvisionnement d’entreprises multinationales, pour qui « les productions extraites du sous-sol du Kivu par une multitude de creuseurs misérables sont une aubaine car mises sur le marché à vil prix, elles permettent des bénéfices considérables tout au long d’une chaîne de commercialisation où les activités réputées licites frayent sans vergogne avec le monde obscur de l’illicite. »[90] L’assassinat de Lumumba au nom de sa volonté indépendantiste n’aura hélas pas préservé son pays de ces terribles violences néocoloniales (de la part d’entreprises majoritairement chinoises[91] et américaines[92]).

Face à ces réseaux mafieux, les commissions d’enquête censées faire la lumière sur les accointances internationales s’opacifient mystérieusement… mais de plus en plus de viols perpétrés sur les travailleur.se.s locales.caux sont dénoncés par la communauté internationale[93], tout comme, en parallèle, la dévastation de l’environnement et des ressources alimentaires locales (« Des collines et des vallées entières transformées en cratères géants défigurent des paysages qui ne sont plus que de vastes étendues de terres éventrées, traversées par les rivières et les ruisseaux détournés pour le nettoyage du coltan. »[94]&[95]). Ici aussi les corps des femmes et des plus vulnérables sont exploités et violentés comme le sont les terres qui les ont vu naître.

La dette du Tiers-Monde[96] est également un néocolonialisme économique qui aliène totalement les pays pauvres, sans cesse redevables aux pays les plus riches[97] : « Austérité, contrainte au développement, incitation à l’endettement privé sabrent les droits sociaux des femmes, accentuent leur pauvreté, durcissent et aggravent les inégalités entre les sexes et sapent les conquêtes féministes. »[98] Ainsi appauvri.es par cette insatiable dette, des femmes et des enfants meurent de malnutrition, comme en Haïti[99].

Ingérences coloniales et corps des femmes 

Cette emprise financière et politique que représente le néocolonialisme n’a pas que des effets sur l’économie des pays exploités : elle atteint aussi les corps.

Dans un très riche chapitre consacré au cas tristement exemplaire de Ciudad Juarez au Mexique, Falquet cite de nombreuses enquêtes, qui montrent comment « la barbarie faussement incontrôlée exercée sur le corps de certaines femmes à travers les féminicides doit être rapprochée du développement de nouvelles logiques économiques, politiques et territoriales qui voient s’affronter différentes bandes de narcotrafiquants qui disputent le pouvoir à l’État »[100]. Elle s’appuie là sur Rita Segato, anthropologue analysant les relations entre genre, racisme et colonialité, qui montre quant à elle comment ces atteintes sexistes prennent place dans le développement d’« un langage entre membres de groupes mafieux rivaux, qui s’adressent mutuellement des messages par le moyen de corps torturés de femmes (…), nouveau langage de terreur, de pouvoir et de contrôle sur le territoire, qui prend racine dans les zones frontières emblématiques de la mondialisation. »[101]

Falquet cherche plus loin chez d’autres auteur.e.s la démonstration que les états mexicain et états-uniens ne sont pas si impuissants face à ces cartels assassins. Et qu’ « au Mexique spécifiquement, il est indéniable que le phénomène des assassinats à Juárez, les discours dominants et les politiques qui les ont accompagnés, ont contribué à créer un climat de terreur pour l’ensemble des femmes, et plus généralement, pour les catégories sociales appauvries et racialisées. La répétition de ces violences, l’impunité de leurs auteurs ont entraîné une banalisation de l’horreur et, progressivement, une insensibilisation de l’ensemble de la population dont on peut en bon droit penser qu’elle a favorisé le déchaînement d’atrocités encore plus généralisées et terribles (…) dans le cadre de la prétendue « guerre contre le narcotrafic »[102]. [Que] Les assassinats pour un oui ou pour un non, en plein jour, d’hommes, de femmes et d’adolescent.es, les mutilations et tortures innombrables n’auraient pas pu se produire aussi massivement en suscitant si peu d’indignation sans une mise en condition préalable du corps social. (…). Cette violence qui a tant frappé les esprits n’a pas pour origine un machisme atavique ou une cruauté individuelle innée chez les jeunes hommes appauvris d’un pays du Sud. Au contraire, elle s’inscrit dans une continuité historique et dans un processus collectif de transmission de techniques de violence par des représentants des autorités. »[103] De jeunes délinquants sont ainsi entraînés à ces techniques par d’anciens militaires, policiers ou paramilitaires, eux-mêmes formés par le gouvernement mexicain pour contrer les groupements révolutionnaires partout dans le pays, « communistes d’abord dans les années 70, puis zapatistes à partir de 1994. »[104] Tout cela est donc selon elle bien orchestré par les états, et soutenu par les États-Unis.

En plus de l’écrasement « physique » de ces rebellions, Falquet dénonce l’effet de sidération des populations locales, pauvres et racisées, à qui les médias diffusent en boucles ces images de corps affreusement mutilés, et qui sont ainsi détournées de tout élan de mobilisation collective contre leur condition misérable. Elle démontre ainsi par étapes successives comment cette démoralisation généralisée profite aux acteurs des nouvelles logiques économiques et territoriales de la mondialisation néolibérale, parmi lesquel.le.s figurent nombre d’états autoritaires et de multinationales étrangères.

On ne peut être que scandalisé.e.s de tous ces pillages des corps et de leurs corps-territoires en regard de l’opulence dans laquelle vivent les dirigeants de ces multinationales et les chefs d’état qui les favorisent au détriment de leur population.

 

III.   LES STÉRILISATIONS AU SERVICE DES DOMINATIONS 

Pour boucler la boucle, j’en reviens au premier exemple de stérilisations forcées sur des femmes autochtones du Canada, en Colombie-Britannique, appellation qui rappelle de nouveau « le temps des colonies » européennes.

En plus de l’appétit économique des colonies, ce contrôle de la procréation via les stérilisations forcées de « certaines femmes » se rapproche d’une POLITIQUE EUGÉNISTE telle qu’elle s’est pratiquée sous le IIIème Reich, mais hélas pas seulement… Car, bien que la pratique de stérilisation forcée fut jugée comme « un crime contre l’humanité » par le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (1998)[105], elle a néanmoins été pratiquée dans de nombreux autres pays d’Amérique latine, parmi lesquels le Pérou[106] et le Mexique dans les années 90, et ailleurs dans bien d’autres régions du Tiers-Monde, mais également dans les pays occidentaux.

Notamment aux ÉTATS-UNIS, dans lesquels s’est pratiqué ce que d’aucuns ont nommé un « eugénisme institutionnel », qui dura « de 1929 à 1974 » et qui « visait « expressément » les Noirs »[107]. En 1927, la Cour suprême des États-Unis vote le droit d’un État à « stériliser de force des personnes considérées comme inaptes à procréer »[108]. Ainsi sont mises en place pour la première fois des politiques d’État eugénistes, approuvées par des politiciens qui manifestent leur volonté « de pouvoir « aider la nature » à long terme, en intervenant sur qui a le droit de se reproduire et qui n’a pas le droit »[109]

Les États-Unis furent notamment accusés en 1975 d’avoir stérilisé des immigrées mexicaines en Californie fin des années 60, début des 70’s pour endiguer « la surpopulation latino-américaine » mais également d’autres populations jugées « indésirables » – immigrant.e.s, personnes de couleur, personnes pauvres, mères célibataires, handicapé.e.s, malades mentaux… Selon une étude publiée dans l’American Review of Political Economy (ARPE), la population noire fut aussi visée en Caroline du Nord de 1929 à 1974, poussant certain.e.s à parler d’un « potentiel génocide », via le contrôle des corps et de leur reproduction.[110]

En EUROPE, et plus précisément en République tchèque, jusqu’en 2007, ce sont des femmes roms qui furent stérilisées à leur insu.[111]&[112] Des pays nordiques, tels que la Suède, ont également admis qu’ils avaient pratiqué ce genre de « purification raciale »[113] jusque dans les années 70. Des entreprises pharmaceutiques ont également testé des dispositifs contraceptifs extrêmement dangereux pour l’intégrité reproductive sur des femmes pauvres, de couleur, ou des pays du Sud, tels que les stérilets Majzlin Spring et Dalkon Shield, « qui s’incrustaient dans la paroi de l’utérus, causant de graves infections, rendant certaines femmes stériles et faisant même plusieurs victimes parmi les utilisatrices occidentales. On ignore combien de femmes du Sud ont souffert de blessures ou sont mortes de complications provoquées par ces dispositifs. »[114] Ces essais cliniques désastreux étaient motivés par des politiques antinatalistes dans les pays du Sud et des préjugés posés sur eux par des organisations occidentales : « Le stérilet moderne a été mis au point, testé et diffusé à partir du début des années 1960 par des philanthropes [ndla !] et médecins néomalthusiens qui s’étaient donnés pour mission d’inventer une méthode de contraception à même de faire baisser drastiquement les taux de fécondité dans les pays du Sud. Ces hommes appartenant aux élites occidentales partaient du principe que les femmes pauvres du Sud n’étaient pas assez éduquées ou motivées pour prévenir les grossesses en prenant la pilule contraceptive, qui exige le respect d’un calendrier strict et une prise quotidienne. »[115]

La professeure Takeshita n’hésite pas, à ce propos, à faire un parallèle entre le zèle de ces médecins à maîtriser le « territoire-utérus » et la logique colonialiste : « les concepteurs du stérilet voyaient l’utérus comme un territoire à occuper et à contrôler afin de réguler les femmes qui « surprocréaient ». Les récits de leurs efforts pour soumettre l’utérus présentent des similarités frappantes avec les récits coloniaux relatant la conquête de territoires insoumis. Les cavités utérines fécondes et les anciens territoires coloniaux se recoupent dans l’imaginaire occidental : ces deux types de lieux doivent être soumis à la recherche scientifique et à l’exploitation technologique. »[116]

Écraser les rébellions

Il y eut beaucoup de répressions d’état sur des populations dites insurgées, rebelles, telle qu’au Guatemala[117], au Pérou, au Kurdistan, au Brésil[118] et d’autres régions dites « du Sud »… qui touchèrent plus particulièrement les populations vulnérables.

Ce qu’il y a de particulier dans le cas du Mexique, c’est que cette répression fut menée par l’entremise de stérilisations forcées. En effet, une étude d’anthropologie a démontré que, bien que largement due à une politique de contrôle démographique ainsi qu’à certaines pratiques de planification familiale, cette pratique au Mexique fut également liée, dans le cas particulier de la population autochtone, « à des PROCESSUS CONTRE-INSURRECTIONNELS déployés face à l’activité de guérillas, caractéristique de ces années-là en Amérique Latine. »[119]  On pense évidemment aux premiers éclats de l’EZLN, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, qui se déclara au grand jour dès le 1er janvier 1994 et fut rapidement réprimée par l’État mexicain et ses hordes de paramilitaires, comme je l’ai expliqué plus haut.

 

IV.   DÉFENDRE SON CORPS COMME UN TERRITOIRE ET SON TERRITOIRE COMME SON PROPRE CORPS

Comme Falquet le rappelle[120], les femmes autochtones ou issues de l’esclavage ont néanmoins contré ces humiliations par une grande capacité de résistance, et ont transmis à leurs descendantes cette flamme combative[121]. « En Amérique latine, cela fait déjà quelques années que de nombreuses militantes revendiquent « nuestra cuerpa »[122] (notre corps) comme premier terrain de lutte, qu’elles nous invitent à nous réapproprier, à dépatriarcaliser et à décoloniser. Les « féministes communautaires » autochtones du Guatemala[123] et de Bolivie insistent d’ailleurs, face au néocolonialisme matérialisé par l’extractivisme minier transnational et devant la montée des violences contre les femmes, sur la nécessité de défendre simultanément le « Territoire-terre » et le « Territoire-corps »»[124]

Les femmes zapatistes du Chiapas luttent encore de nos jours contre les pillages de ressources commis sur leurs territoires, comme en ce mois d’avril 2022 où « , une caravane « pour l’eau, pour la vie et contre le pillage capitaliste » parcourt les routes mexicaines à la rencontre d’une multitude de luttes. »[125]. En l’occurrence contre Danone et sa filiale Bonafont, sous les feux des critiques également en Europe.[126]

Ce système de colonisation-exploitation des territoires-terres perdure dans certains secteurs de la production (mines, plantations, …) où les entreprises occidentales, pour gagner en performance sur un plan financier, misent à la fois sur des délocalisations -comme lorsque des entreprises étrangères « ouvrent les veines » des terres indigènes pour puiser l’eau nécessaires à leurs mines, barrages et autres fractures hydrauliques- et sur de nouvelles formes d’exploitation humaine. Cette néo-colonisation est souvent associée une « exploitation de la main d’œuvre dans des conditions de servitude extrême (mines, usines, plantations...) »[127] qui constitue une forme renouvelée d’esclavage. 

Certaines femmes indigènes au Mexique, en Bolivie et en Argentine[128], qui se disent proches de leur « Ñuke Mapu » (« Terre-Mère »), militent au risque de leur vie, entre femmes essentiellement, celles-ci étant plus habituées au soin de leur communauté (et les hommes étant selon leurs dires[129] souvent abrutis par l’alcoolisme). Dans les favelas, les périphéries urbaines, les campagnes, elles s’organisent avec dignité contre notre monde extractiviste et contre les violences faites aux femmes. Contre l’appropriation de leurs territoires et de leurs corps.De cette façon se sont rassemblés en 2015 et 2016 sous la bannière Ni una menos (« Pas une de moins ») plusieurs mouvements de femmes en Amérique latine qui dénonçaient ces violences machistes (dont les stérilisations forcées) perpétrées envers les femmes, et notamment envers « les femmes migrantes, autochtones et d'ascendance africaine (…) ».[130] Falquet note que ces violences machistes « se situent dans le continuum de violence néolibérale contre les femmes « à l’intersection des dynamiques de genre, des cruautés du racisme et des injustices économiques dans les contextes locaux et globaux ». »[131] 

On peut aussi citer le Collectif des mères d’Ituzaingo Anexo (quartier excentré de Córdoba, la 2ème ville d’Argentine) qui a fait analyser le sol, l’air et l’eau qui nourrissent leur quartier, alors que celui-ci est bordé de champs de soja transgénique depuis l’arrivée en Argentine de la firme agroalimentaire américaine Monsanto, alertées par des cas multiples de leucémies au milieu des années 1990[132] : « Les dernières analyses réalisées sur 142 enfants en 2010 ont conclu que 80% d'entre eux vivaient avec des agrochimiques dans le sang. »[133]. Face au risque sanitaire, auquel sont tout particulièrement exposés les plus pauvres, les gouvernements semblent privilégier les rentrées rapides de devises au détriment de la protection de la santé de leur propre population.[134]

Et pour reprendre l’exemple premier des stérilisations forcées et au dédain de certains gouvernements vis-à-vis de la problématique, je dois citer « [ces] groupes de femmes, de mères notamment, mais aussi les familles plus largement et les ami-e-s, [qui se formèrent] pour demander justice, organisant marches et campagnes pour attirer l’attention sur le phénomène et exiger des réponses, rapidement relayées par le mouvement féministe et les organisations nationales de droits de la personne. »[135] Telle la condamnation du Président Fujimori au Pérou[136] (où près de 300 000 femmes ont été stérilisées de force entre 1996 et 2000).

Des initiatives intéressantes existent également, notamment en Afrique (RDC, Sénégal, Niger entre autres pays) qui engagent une réflexion en actes sur les « masculinités positives »[137] au sein d’ « école des maris »[138], de « clubs des pères », etc. Rassemblements qui vont dans les communautés promouvoir les règles élémentaires de la santé des femmes et le recours aux plannings familiaux (risques mortels des mutilations génitales rituelles[139], contraception pour limiter les naissances et les morts en couche, etc.).

FÉMINISMES DÉCOLONIAUX & INTERSECTIONNELS[140]

Les FÉMINISMES DÉCOLONIAUX dénoncent également le néocolonialisme, c’est-à-dire la persistance d’une domination économique d’un pays anciennement colonisé par l’ancienne puissance colonisatrice, très souvent en ce qui concerne les matières premières. La logique de domination des femmes racisées et notamment celle de leur ventre, est expliquée selon les féminismes décoloniaux par la « structuration raciste » de nos sociétés occidentales. Le racisme anti-Noir.e.s et l’islamophobie sont à cet égard des formes de colonialités.

J’ai plus haut parlé de la COLONIALITÉ DU POUVOIR, étudiée par le sociologue péruvien Anibal Quijano. La notion qui y est centrale est celle de la RACE, « instrument de domination sociale le plus efficace inventé ces 500 dernières années »[141]; (en référence aux conquêtes européennes des Amériques). « Imposée comme critère fondamental de classification sociale universelle de la population mondiale (…) », elle est le « produit du tout début de la formation de l’Amérique et du capitalisme, lors du passage du XVe au XVie siècle, [et] a été imposée dans les siècles suivants sur toute la population de la planète, intégrée à la domination coloniale de l’Europe »[142]; Un « produit » donc du conquérant pour dominer les autres, mais pas une réalité biologique. Car si on peut parler de « races » chez les animaux, il n’en est pas de même, d’un point de vue scientifique, chez les humain.e.s ![143]

La race devint donc un marqueur de pouvoir, puisque « l’idée de race, dans son sens moderne, n’a pas d’histoire connue avant la conquête de l’Amérique par les Européens. A l’origine, elle servait peut-être à désigner une différence de phénotype entre les conquérants et les conquis, mais ce qui importe c’est qu’elle a très vite désigné des différences supposément biologiques entre ces groupes. (…) [et] produit en Amérique des identités sociales historiquement nouvelles (indiens, noirs et métis) et en a redéfini d’autres. »[144] Ainsi la racialisation du politique engendre des violences fondées sur les (soi-disant) différences raciales.

Si on agrège ces violences au sexisme, à la COLONIALITÉ DU GENRE, « les personnes racisées n’ont pas réellement accès au statut d’être humain. Elles se trouvent animalisées dans la conception coloniale raciste hiérarchisant les êtres humains. Elles n’ont donc pas accès à un genre, mais elles ont seulement un sexe. »[145] Par ailleurs, selon Maria Lugones, spécialiste de cette « colonialité du genre », « le féminisme blanc part d’un faux postulat qui fait des femmes un groupe opprimé uniforme et homogène. En tant que féministe, elle reconnait que les femmes blanches sont inférieures aux hommes blancs qui constituent le centre du système de domination colonial. Néanmoins, elle note que celles-ci se distinguent des colonisé.es et bénéficient de privilèges qui les situent en position de supériorité en raison de leur race. »[146] Ainsi, à l’instar de Vergès, Lugones reproche au féminisme « blanc » universaliste de ne pas intégrer la DIMENSION INTERSECTIONNELLE des oppressions.

Vergès prend comme exemple les départements d’outre-mer (DOM), anciennes colonies esclavagistes françaises parmi lesquelles l’île de la Réunion, où eurent lieu en 1970 « des milliers d’avortements sans consentement pratiqués par des médecins, qui auraient prétexté des opérations bénignes », et auraient, « pendant le procès, [déclaré] avoir été encouragés indirectement par les politiques antinatalistes que l’État a mises en place dans les départements d’outre-mer. »[147] Vergès questionne à travers ces BIOPOLITIQUES « l’histoire de la gestion du ventre des femmes dans les Sud [faisant non seulement] apparaître l’assignation des femmes à la reproduction, mais la dimension racialisée de cette assignation. »[148]

Non contente de mettre en lumière la mainmise patriarcale de médecins et/ou politiciens blancs dans ces options politiques antinatalistes, Vergès nous incite à éviter le vieux piège d’un féminisme de femmes blanches convaincues de développer une pensée universalisable[149] et au contraire à prêter une oreille attentive à ce que nous disent les féminismes décoloniaux[150] et intersectionnels[151]. Pensons aux combats du CMCLD[152] (Collectif Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations) ou du collectif Imazi.reine[153] pour ne citer que des exemples belges. Pour autant, notamment en France, les « républicain.e.s universalistes » sont extrêmement virulent.e.s envers ce qu’il semblent considérer comme une « idéologie extrémiste indigéniste et racialiste »[154]&[155]. Ce qui n’empêche pas de nombreuses femmes afrodescendantes telles que Rokhaya Diallo, Christine Taubira, Alice Diop, Amandine Gay, Axelle Jah Njiké[156] de militer fièrement pour des féminismes intersectionnels et décoloniaux prenant en compte toutes les diversités, « qu’elles soient physiques ou culturelles »[157].

Il faut enfin citer le féminisme noir, importation francisée du BLACK FEMINISM américain, né du mouvement des droits civiques dans les années 60/70, et porté par la très charismatique Angela Davis, Audre Lorde, Patricia Hill Collins ou encore bell hooks. Sa particularité est d’englober toutes les femmes opprimées par l’impérialisme blanc dans les Amériques, et donc tout autant les femmes afrodescendantes que les chicanas d’Amérique latine, les femmes orientales, etc. Elsa Dorlin explique qu’il est difficilement exportable de par son historicité spécifique : « L’expression Black feminism (…) recouvre la pensée et le mouvement féministes africains-américains en tant qu’ils diffèrent du féminisme américain « en général », précisément critiqué et reconnu pour son « solipsisme blanc », héritier malgré lui de la fameuse « ligne de couleur » produite par les systèmes esclavagiste, puis ségrégationniste ou discriminatoire, encore à l’œuvre dans la société américaine contemporaine. »[158]

Néanmoins, on peut citer en Europe l’AFROFÉMINISME[159], qui, « s’il est à mettre en lien avec le Black feminism, (…) tient compte des particularités européennes et des contextes nationaux. Il a été très visibilisé dans les années 2013 via les réseaux sociaux et est aujourd’hui porté en France par des collectifs tels que Mwasi[160] ou Sawtche[161]. La première organisation politique et collective de femmes Noires en France est la Coordination des Femmes Noires active à Paris de 1976 à 1982, puis le Mouvement des Femmes Noires de 1978 à 1982 entre autres. »[162]

 

V.   INDIGÉNISME

Je ne pourrais pas clôturer cet éventail de luttes mêlant réflexions sur les dominations de genre et « raciale », sans citer l’INDIGÉNISME, qui se doit d’être bien compris, y compris dans son acceptation « à la française » connotée assez péjorativement… 

Historiquement, le courant indigéniste est rattaché à l’histoire des Amériques : après avoir été colonisées par l’Espagne et le Portugal jusqu’au XVIIIè siècle, « les vice-royautés espagnoles d'Amérique du Sud, libérées de la tutelle de Madrid, vont s'émanciper dans le désordre. »[163] Ainsi se dessinèrent des vice-royautés « indépendantes » sous l’impulsion de la bourgeoisie créole (descendante des colons espagnols, fortement influencée par la révolution des États-unis de 1783 et par la révolution française de 1789). Mais, « en proclamant l'égalité juridique entre les Indiens et les Blancs, les nouvelles républiques se virent confrontées au problème de l'intégration de ces citoyens marginalisés et de seconde classe qu'étaient les Indiens. Le libéralisme appliqué en Amérique latine se traduira pour ces populations par le « colonialisme interne » : la législation coloniale disparaissait mais la « situation coloniale » [et son lot de discriminations…] persistait. Cette réalité sensibilisa peu à peu certains secteurs de la société non indienne, et c'est au sein de celle-ci que naquit le courant dit « indigéniste », dès la seconde moitié du XIXè siècle. »[164] L’indigénisme se marque d’abord surtout dans la littérature de romanciers non indiens par une attitude « humaniste » … Mais on peut aussi y associer en peinture Diego Rivera et son épouse Frida Kahlo[165], toustes deux peintres mexicains.

Peu à peu, cette démarche acquit une dimension de revendication et de protestation contre l'injustice qui frappait l'Indien. « L'indigénisme commença alors à apparaître dans les sciences sociales ; il ne se limitait plus aux seules revendications ayant trait à l'éducation et à la constitution des premiers temps, mais évoluait vers des préoccupations plus politiques et plus sociales, notamment agraires. »[166] Néanmoins, cette « politique indigéniste » révéla surtout une volonté intégrationniste difficilement conciliable avec la cohabitation des spécificités culturelles de toutes les communautés indigènes d’Amérique latine. La dérive est que « les Indiens qui ne se [pliaient] pas complètement à ce processus devaient dans la réalité se trouver marginalisés par rapport à la société dominante, non seulement en tant que secteurs socialement défavorisés, mais aussi en tant que groupes ethniques. »[167]

Cette POLITIQUE INTÉGRATIONNISTE propre à beaucoup de nos démocraties occidentales semble symptomatique d’une certaine autocomplaisance qui se nourrit de son propre mythe en se présentant « sous des visages généreux et ouverts : la libération, la justice sociale, le progrès, le développement, la modernité, les droits de l'homme, l'égalité des chances, la démocratie, la société multiculturelle-interculturelle-transculturelle, la nouvelle civilisation, la société organisée sur des causes objectives et technoscientifiques, etc. »[168]

Attention, il ne s’agit pas ici de critiquer les aspirations démocratiques, par exemple, mais juste de voir que cette « démocratie » peut être minée notamment par les « notions de majorité-minorité comme étant les bases fondamentales et exclusives de la démocratie, subordonnant ainsi la qualité des relations humaines et personnelles à leur relation quantitative et oubliant qu'il n'y a de démocratie véritable que là où chacun est connu par son nom. »[169] ; ni de s’opposer « aux gouvernements par représentation, mais à leur prétention d'être la seule et la meilleure forme de gouvernement. »[170] ; ni « à l'ordre anthropocentrique (politique) et fonctionnel occidental-moderne, mais à sa prétention de devoir supplanter tout ordre social de type cosmocentrique ; en effet, ce n'est pas toute culture qui conçoit la réalité comme, d'abord, connaissable et intelligible, ou encore d'ordre social comme étant une construction délibérée de l'homme, comme un projet social, ou comme étant sous la gouverne d'un chef qui commande. »[171]

On peut reconnaître là quelques piliers de l’écologie sociale et des écoféminismes[172] qui prônent la non-hiérarchie entre les humain.es et la nature, le principe d’unité dans la diversité (où le tout s’enrichit de la diversité), la démocratie directe et enfin l’autogestion. Formant ainsi des modèles de gouvernance qu’on peut notamment retrouver au Rojava, dans certaines ZAD et chez les ZAPATISTES DU CHIAPAS, déjà évoqué.e.s précédemment.

En France, « par analogie et le plus souvent de manière péjorative, le terme indigénisme est utilisé (…) pour désigner le courant de pensée qui défend l’identité des populations issues de l’immigration post-coloniale et qui considère que leur statut social subalterne s'apparente à celui des indigènes en vigueur durant la période coloniale, au Maghreb et en Afrique noire. Il est reproché à la mouvance indigéniste, en particulier le Parti des Indigènes de la République[173] [PIR], d'instrumentaliser l'antiracisme au profit d'un racisme anti-blancs[174]  à travers un discours décolonial favorisant le communautarisme. »[175]  Notons qu’on retrouve ce genre de discours dans le féminisme dit « d’extrême-droite », et « en particulier de la mouvance identitaire, marqués par une idéologie « nationaliste-révolutionnaire », n'hésitent plus à insister depuis les années 2000 sur le fait que la civilisation européenne, païenne et permissive, s'oppose à un monde arabo-musulman sclérosé, forcément patriarcal, réactionnaire, misogyne et hostile aux valeurs européennes. »[176]

VI.   UNIFIER LES LUTTES FÉMINISTES AUTOUR DES THÉORIES DE LA REPRODUCTION SOCIALE.

L’ALTERNATIVE ANTICAPITALISTE.

 « Nous n’avons aucun intérêt à briser le plafond de verre si l’immense majorité des femmes continuent d’en nettoyer les éclats. »                                 (ARRUZZA,  BHATTACHARYA & FRASER, Le féminisme des 99% [177])

Au contraire de ces mouvements français réactionnaires et racistes, nos propres luttes féministes doivent viser plus de justice sociale, de genre et environnementale, et soutenir tous ces mouvements -qu’ils soient afroféministes, décoloniaux, intersectionnels, etc.- qui luttent en parallèle contre le capitalisme patriarcal et le racisme, et revendiquent un élan « révolutionnaire », « radical ».

Nous avons vu que cette dynamique féministe est largement portée par des pays du Sud, en Amérique latine en particulier, notamment autour de grandes mobilisations contre les féminicides, mais aussi contre les injustices économiques et environnementales.

Les afroféministes du collectif Sawtche disent également rassembler « une sororité radicale de femmes afro pour continuer à lutter contre les oppressions et discriminations qui traversent et définissent structurellement le monde capitaliste : l’hétéropatriarcat, la destruction de l’écologie, l’injustice reproductive et toute assignation à la subalternité politique, sociale et économique[178].(…) [et] rejoint des alliances décoloniales et panafricanistes pour collectivement parvenir à créer un nouvel ordre civilisationnel global/international. »[179]

Ces mouvements féministes qui dénoncent radicalement les atteintes aux droits des femmes à l’échelle mondiale constituent pleinement aux yeux d’Aurore Koechlin « La révolution féministe ».

Réfléchissant à une stratégie de lutte unitaire entre tous ces mouvements féministes sans hiérarchisation aucune, Koechlin y décèle la prégnance des théories de la reproduction sociale. Elle énonce ainsi son intention de contribuer à faire émerger ce qu’elle nomme (comme d’autres militantes se rejoignant autour de cette appellation néanmoins contestée par d’autres féministes[180]) « une quatrième vague féministe[181], en plaçant au cœur de son héritage les théories de la reproduction sociale. », pour lesquelles le mouvement ouvrier et la lutte des classes constituent de parfaits modèles d’analyse politique, articulant « dans [leur] compréhension théorique des dominations, les deux dimensions centrales pour le féminisme que sont la production et la reproduction. »[182] Théories à même d’ « articuler les différents rapports d’oppression et d’exploitation (de genre, de classe et de race) »[183] et de « fournir le cadre d’analyse le plus opératoire pour saisir les enjeux de la situation contemporaine »[184], tout en mettant en lumière « la centralité des femmes racisées, immigrées ou migrantes dans la réalisation du travail reproductif mondial »[185]. Ces femmes racisées qui, par ailleurs, grossissent les plus grands rangs de la « quatrième vague » dont parle Koechlin[186] (à la façon de la « colonialité du pouvoir » qui configure toujours aujourd’hui la division internationale du travail dans le capitalisme patriarcal).

Koechlin propose pour unifier les féminismes du Nord et du Sud de miser sur une stratégie « révolutionnaire et marxiste »[187] qui établit que « la fin de la domination des femmes n’est pas possible sans la fin du système capitaliste »[188] et que, dans le projet de mettre à bas ce capitalisme patriarcal, les féminismes ne devraient pas compter sur les gouvernements d’états pour changer la société et faire cesser les dominations[189]. Que ce n’est pas non plus en réclamant, comme le font les féministes libérales, l’égalité dans un système où le pouvoir de l’argent prédomine que nous nous libèrerons (comme le suggéra au printemps 2018, Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook, déclarant que « nous serions bien mieux loti.e.s si la moitié des pays et des entreprises étaient dirigés par des femmes et si la moitié des foyers étaient dirigés par des hommes. »[190]), mais au contraire en s’inspirant notamment du manifeste de la GRÈVE FÉMINISTE DU 8 MARS[191], alternative anticapitaliste au féminisme libéral[192].

Les organisatrices de cette grève insistent sur « la nécessité d’en finir avec le capitalisme – le système qui a créé les patron.ne.s, entraîné l’érection des frontières nationales et la fabrication des drones qui les surveillent. »[193] Elles revendiquent une « société débarrassée des oppressions, de l’exploitation et des violences sexistes », et clament : « Nous appelons à la révolte et à la lutte contre l’alliance du patriarcat et du capitalisme qui veut nous rendre obéissantes, soumises et silencieuses. »[194] Elles dénoncent ainsi l’inégalité salariale, la prédominance féminine (et surtout des femmes racisées) dans les métiers dits du care (ou travail reproductif), la dureté du confinement lors de la pandémie (qui sévissait plus durement alors) et la hausse des violences intrafamiliales.

Arruzza, Bhattacharya et Fraser, qui font partie de ces organisatrices de la Huelga feminista, étendent leur combat aux femmes migrantes, et Koechlin aux femmes blanches précarisées (« Il faut cependant préciser que toutes les femmes blanches ne sont pas déchargées du travail reproductif : cela ne concerne que les catégories supérieures et une partie des classes moyennes. »[195]). Cela souligne le caractère inclusif de cette stratégie de grève des femmes, qui permet non seulement « de trouver le point de convergence entre classe/genre/race »[196], mais également « de se centrer sur la question de la sphère productive/reproductive »[197] qui n’exclut en rien les minorités sexuelles (la question du genre, nous l’avons largement vu, englobe les oppressions sexuelles) ni les questions écologiques (sacrifiées bien souvent également sur l’autel de la production effrénée).

Aussi, cette « vague » féministe révolutionnaire « donne à voir un début de convergence avec le mouvement antiraciste et écologiste[Elle] est donc d’emblée à la fois internationale et intersectionnelle»[198] 

                  

 

CONCLUSION   

J’ai désiré dans cette analyse aborder la question des violences faites aux femmes sous l'angle du corps en m'appuyant à la fois sur un voyage à travers le monde (essentiellement en Amérique) et dans le temps. Afin d’éclairer, grâce à de nombreux.ses auteur.es et exemples concrets, quelques constances en termes d’exploitation des corps et des territoires qui nous permettent d’observer comment les imaginaires sexistes et racistes évoluent au fil du temps et des lieux sans jamais disparaître totalement (comme nous l’a notamment rappelé l’ébranlement du Black lives matter[199] contre les violences policières accrues envers les personnes noires, mouvement américain qui provoqua une onde de choc dans de nombreux autres pays dont la Belgique[200] et la France[201], grâce entre autres aux réseaux sociaux).

Afin également de montrer que ces imaginaires sexistes et racistes prédisposant à ces violences, sont certainement le fruit d’une culture occidentale propre au capitalisme patriarcal. Culture occidentale née en Europe qui déconsidéra durant des siècles les femmes et celleux qu’elle considérait comme des « sauvages » dans sa manie de hiérarchiser le vivant.

Décoloniser ces imaginaires, ce regard est une invitation faite au « féminisme blanc » majoritaire à se questionner sur ses propres héritages historiques teintés de racisme, et par-là aussi coloniaux. Et à cesser d’universaliser notre condition de féministes occidentales. D’autres dominations existent et sont à regarder en face, sans fard ni condescendance. D’autres dominations qui ont appelé d’autres luttes de par le monde. « Comment on se lie, on s’associe, on fait corps, on se solidarise concrètement dans des luttes de décolonisation des corps » sont des questions qu’en tant que féministes occidentales nous nous posons aussi. Néanmoins, dans notre démarche d’éducation permanente qui se doit d’être autocritique, nous ne pouvons évidemment pas pour autant nier que d’autres femmes, dans d’autres pays, ayant d’autres couleurs de peau et d’autres cultures (religieuses ou non), se posent les mêmes questions et luttent contre les oppressions engendrées par le capitalisme patriarcal qu’elles subissent bien plus que nous en tant que femmes « racisées ».

Cette décolonisation se rapporte aussi à la démarche des féminismes décoloniaux et intersectionnels, noirs et/ou indigénistes, qui ne prennent aucunement « la perspective des femmes blanches comme point de référence pour y inclure [leurs propres] voix »[202].

Ainsi, « le Black Feminism est une pensée politique propre, loin de se réduire, à être une critique du « féminisme blanc ». La parole de l’autrice [ici Patricia Hill Collins] est décolonisée. Sa voix bouleverse les frontières traditionnellement instituées entre les femmes à la marge et celles au centre. La pensée féministe noire se construit dans un processus dynamique qui abolit les lignes de démarcations entre les théories et les pratiques : les idées et les actions se rencontrent et forment un tout. »[203]

Ces luttes des femmes noires et/ou indigènes bafouées sans cesse à travers les siècles, prêtes à donner leur vie pour l’autodétermination de leur territoire -qu’il soit celui de leur propre corps ou celui de leur terre nourricière- peuvent nous inspirer des pratiques prenant plus en compte les questions de territoire. Car ces femmes nous démontrent qu’elles ont assez de courage que pour affronter les multinationales soutenues par des états autoritaires et corrompus. Elles ouvrent des chemins vers une véritable révolution féministe pour la justice climatique, pour une vie saine et solidaire.

Cette lutte pour plus de justice climatique est un des points d’achoppement pour toutes nos luttes féministes, dans lequel ces femmes racisées nous enjoignent de ne pas négliger la lunette intersectionnelle[204] (notamment en ce qui concerne les recommandations à apporter en vue de l’élaboration de certains cadres législatifs[205]en termes d’agriculture et d’accès à l’alimentation). Mais on pourrait également citer les luttes pour l’autodétermination des peuples, contre les féminicides, pour l’autonomie corporelle (en ces jours où le droit à l’avortement est rudement remis en question aux États-Unis[206]) !

Koechlin, clairement inspirée par ces femmes du monde entier, propose de miser sur une stratégie révolutionnaire et marxiste pour combattre le capitalisme patriarcal à échelle transnationale, à l’instar de la Huelga feminista. Unifier et fortifier les combats féministes contre un schéma productiviste dévastateur est aujourd’hui d’une urgence vitale, nous le savons. Beaucoup sont également convaincu.es que cette JUSTICE DE GENRE est un des piliers, avec LA JUSTICE SOCIALE ET LA JUSTICE ENVIRONNEMENTALE, pour édifier une société libérée du « modèle économique capitaliste et néocolonialiste actuel basé sur l’extraction violente des ressources [qui] reflète une hiérarchie de valeurs dangereuse : la croissance prime sur la subsistance, la production sur la reproduction, le nord domine le sud et la masculinité domine la féminité. »[207] Combattre cet assujettissement à échelle mondiale s’avère une des voies de l’anticapitalisme !

Il ne suffit pas que nous donnions une quelconque parole en tant que féministes occidentales (« la parole ne se donne pas, elle se prend ! ») à ces femmes, mais que nous relayions leurs démarches à travers nos propres armes de lutte (nos ZAD[208], nos arts[209], notre parole[210], et surtout au travers de l’invention d’actions collectives[211]…). La venue des femmes (¡ y otroa[212] !) zapatistes du Chiapas et de femmes guatémaltèques du Sarayaku en Europe démontre cette volonté farouche et cette puissance à porter leurs militances à échelle internationale, et à revendiquer pleinement leur capacité à s’autodéterminer !

  

                                                                                    *


 NOTES DE BAS DE PAGES

[1] «  Dans le monde, on estime que 736 millions de femmes - soit près d’une sur trois - ont subi au moins une fois des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime, et/ou des violences sexuelles de la part d’une autre personne (30 pour cent des femmes de plus de 15 ans) », in « Quelques faits et chiffres : la violence à l’égard des femmes et des filles », sur le site de ONU Femmes, mis à jour en février 2022. Disponible sur : https://www.unwomen.org/fr/what-we-do/ending-violence-against-women/facts-and-figures (consulté le 4/05/2022).

[2] « En 1948, plusieurs pays se sont accordés pour la première fois sur une liste exhaustive de droits de l’homme inaliénables. Au mois de décembre de cette même année, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme  (DUDH). », cfr Charte internationale des droits de l’Homme, disponible sur : https://www.ohchr.org/fr/what-are-human-rights/international-bill-human-rights (consulté le 16/05/2022).

[3] Pour mieux connaître les missions de l’UNFPA, cfr site https://www.unfpa.org/fr/propos-de-lunfpa (consulté le 16/05/2022).

[4] Pour mieux connaître les missions d’ONU Femmes, cfr site https://www.unwomen.org/fr/about-us/about-un-women (consulté le 16/05/2022).

[5] Sous la dir. d’A. ERKEN, Mon corps m’appartient. Revendiquer le droit à l’autonomie et à l’autodétermination, UNFPA, Fonds des Nations Unies pour la population, rapport de 2021. Disponible sur : https://www.unfpa.org/sites/default/files/pub-pdf/SoWP2021-FR_Report-v3261.pdf (consulté le 17/03/2022). La citation de l’Assemblée générale des Nations Unies date de 2007, mais il est possible de consulter le Plan Stratégique 2022-2025 concernant les missions de l’UNFPA ici : https://www.unfpa.org/fr

[6] Voir « Droits sexuels et reproductifs des femmes en Europe », site du Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil européen. Disponible sur : https://www.coe.int/fr/web/commissioner/women-s-sexual-and-reproductive-rights-in-europe (consulté le 16/05/2022).

[7] Dans le même ordre idée, un sociologue mexicain nous apprend que « La stérilisation de populations n’est pas chose du passé. Ce n’est pas non plus quelque chose de lointain, qui se produirait seulement dans des sociétés éloignées ou dans des cultures exotiques. Héritière du malthusianisme, du déterminisme biologique et de l’eugénisme du XIXe siècle, cette forme de contrôle démographique réapparaît sporadiquement dans différentes parties du monde sous des modalités nouvelles. » ; in P. GAUSSENS, « La stérilisation forcée de population autochtone dans le Mexique des années 1990 », Canadian Journal of Bioethics / Revue canadienne de bioéthique, 3(3), p.180. Disponible sur : https://doi.org/10.7202/1073797ar (consulté le 20/06/2022).

[8] « L’appellation Sud global, pays du Sud ou le Sud et un concept désignant, dans les années 1980, les pays caractérisés par un IDH [indice de développement humain] et un PIB [produit intérieur brut] par habitant faible, majoritairement situés dans la partie sud des continents émergés. Malgré les importantes évolutions sur l'échiquier économique mondial, il reste parfois encore utilisé de nos jours pour désigner l’immense majorité des pays les moins avancés (PMA). » Et englobe donc également, pex, certains pays de l’Est ; définition donnée par Wikipédia. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_du_Sud (consulté le 12/04/2022). Le Nord global représente donc quant à lui les pays dits « développés », « caractérisés par leurs agricultures industrialisées » et « dont le produit intérieur brut est élevé. », ce qui ne prend évidemment nullement en compte leurs externalités négatives, notamment leur impact sur le réchauffement climatique, et l’accroissement des inégalités sociales entre les populations les plus riches et les plus pauvres du globe… Définition des « Pays développés » donnée par Wikipédia. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pays_d%C3%A9velopp%C3%A9 & des « externalités », notamment négatives sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Externalit%C3%A9 (consulté le 12/04/2022).

[9] Tribune « Pour un 8 mars féministe universaliste ! », in Libération, 3 mars 2019. Disponible sur : https://www.liberation.fr/debats/2019/03/03/pour-un-8-mars-feministe-universaliste_1712751/ (consulté le 09/06/2022).

[10] Dans le même ordre idée, un sociologue mexicain nous apprend que « La stérilisation de populations n’est pas chose du passé. Ce n’est pas non plus quelque chose de lointain, qui se produirait seulement dans des sociétés éloignées ou dans des cultures exotiques. Héritière du malthusianisme, du déterminisme biologique et de l’eugénisme du XIXe siècle, cette forme de contrôle démographique réapparaît sporadiquement dans différentes parties du monde sous des modalités nouvelles. » ; in P. GAUSSENS, « La stérilisation forcée de population autochtone dans le Mexique des années 1990 », Canadian Journal of Bioethics / Revue canadienne de bioéthique, 3(3), p.180. Disponible sur : https://doi.org/10.7202/1073797ar (consulté le 20/06/2022).

[11] P. BORLEE, M. BOURGEOIS, A. FERETTE, S. INCARI & M. MAZY, Liberté ligaturée, Mook publié par l’IHECS, 2019. Disponible en .pdf sur : https://www.mammouth.media/wp-content/uploads/2020/04/Mook_Libert%C3%A9-ligatur%C3%A9e.pdf (consulté le 14/03/2022).

[12] « Si, bien évidemment, la « race » n’existe pas, des groupes et des individus font l’objet d’une « racisation », c’est-à-dire d’une construction sociale discriminante, marquée du négatif, à travers l’histoire. », in F. VERGÈS, Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme, Paris, Albin Michel, 2017, p.16. Mélusine, journaliste, donne également cette définition « située » : « Le terme « racisé » désigne les personnes perçues comme appartenant à une catégorie raciale minoritaire. Il permet de révéler l’assignation raciale non pas comme une qualité de l’être, mais comme un processus social systémique et quotidien. », in MÉLUSINE, « Le dilemme de Cologne. Quel espace politique pour les femmes racisées ? », Panthère Première, N°1, automne 2017. Disponible sur : https://pantherepremiere.org/texte/le-dilemme-de-cologne/#down-2 (consulté le 16/05/2022).

[13] L’Institut des Hautes Études des communications Sociales, école bruxelloise qui forme à la communication et au journalisme.

[14] Dossier pédagogique « Mon corps, mes droits » d’Amnesty International Belgique Francophone, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2013, p.29. Disponible sur : http://jeunes.amnesty.be/IMG/pdf/dossier_peda_2013.pdf (consulté le 23/05/2022).

[15] Tous ces témoignages figurent dans P. BORLEE, M. BOURGEOIS, A. FERETTE, S. INCARI & M. MAZY, Liberté ligaturée, ibidem, pp.8-19.

[16] Dossier pédagogique « Mon corps, mes droits » d’Amnesty International Belgique Francophone, idem.

[17] C'est à Michel Foucault qu'on doit l'invention du concept de « biopolitique » : « Ce terme, apparu en 1974 dans une conférence prononcée au Brésil sur « la médecine sociale », est largement repris et défini en 1976, simultanément dans l'œuvre publiée (La Volonté de savoir) et le cours public au Collège de France (leçon du 17 mars, « Il faut défendre la société », 1997). Foucault parle à cette époque plus généralement de « biopouvoir ». » [à l’article BIOPOLITIQUE du site de l’Encyclopédie Universalis. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/biopolitique/ (consulté le 23/05/2022).] Ici, par biopouvoir, il faut entendre « le gouvernement des corps », non plus sujets sociaux, mais bien « corps matériels » façonnés et contrôlés dans tous leurs aspects par les micro-pouvoirs et institutions. Françoise Vergès pousse cette analyse du côté de la gestion du « Ventre des femmes », comme je l’explore plus loin, page 13.

[18] P. BORLEE, M. BOURGEOIS, A. FERETTE, S. INCARI & M. MAZY, Liberté ligaturée, ibidem, p.72.

[19] W. LARIVIÈRE, « Les femmes autochtones sortent de l’ombre ! Pour une reprise du pouvoir des femmes autochtones et le respect de leurs droits économiques et sociaux », in C. ROBERT & L. TOUPIN, Travail invisible. Portraits d’une lutte féministe inachevée, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2018, p.119.

[20] Idem.

[21] Idem, p.75.

[22] Une des conséquences de cette loi est qu’« elle permet aux Indiens inscrits au Registre des Indiens d’être exemptés des taxes. [Ce qui] renforce l’avis négatif des allochtones à leur égard. (…) Mais il ne faut pas croire pour autant que « bénéficier » de cette loi est un privilège. A cause de celle-ci, ces personnes ont le statut de mineur aux yeux du gouvernement. Par conséquent, « cela vient avec tout un lot d’inconvénients : ne pas pouvoir contracter d’hypothèque, ni de rédiger un testament, ne pas pouvoir disposer de ses biens, ne pas pouvoir être propriétaire d’un terrain, ne pas être admissible à des prêts et ce, peu importe sa situation financière », explique Amnesty Canada. » Citation de préjugés envers les autochtones d’Amnistie Canada in P. BORLEE, M. BOURGEOIS, A. FERETTE, S. INCARI & M. MAZY, Liberté ligaturée, ibidem, p.75.

[23] « Jusqu’en 1985, un homme autochtone transmettait son statut d’ « Indien » à son épouse, même si cette dernière était non autochtone, alors qu’une femme autochtone perdait automatiquement son statut légal quand elle épousait un non-Autochtone. », in W. LARIVIÈRE, « Les femmes autochtones sortent de l’ombre ! Pour une reprise du pouvoir des femmes autochtones et le respect de leurs droits économiques et sociaux », ibidem, p.120.

[24] Lire notamment H. JOUAN, « Au Canada, l’horreur des pensionnats pour enfants autochtones », Le Monde, 19 novembre 2021. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2021/11/19/tuer-l-indien-au-c-ur-de-l-enfant-au-canada-les-pensionnats-de-l-horreur_6102637_4500055.html (consulté le 01/07/2022).

[25] HUMAN RIGHTS WATCH, « Canada : Des lacunes en matière de droits humains », 27 janvier 2016. Disponible sur : https://www.hrw.org/fr/news/2016/01/27/canada-des-lacunes-en-matiere-de-droits-humains (consulté le 14/03/2022).

[26] Amnesty dénonçait aussi en 2016 de graves manquements humains de la part du gouvernement canadien envers les populations autochtones de la Colombie-Britannique, et plus particulièrement les jeunes femmes, exposées à une criminalité en recrudescence (notamment exacerbée par des pratiques de binge-drinking, et la consommation de stupéfiants) et a contrario à la réduction constante des services sociaux censés les protéger, leur accès à des logements décents et ou à des garderies d’enfants étant par ailleurs compromis par leurs faibles ressources (situation qui non seulement les fragilise d’un point de vue socioéconomique, mais de surcroît les expose plus que jamais au risque de violences conjugales) et l’arrivée massive de travailleurs étrangers en transit.

*Le binge-drinking est un « Terme anglo-saxon qui se traduit par « alcoolisation ponctuelle importante » (API) dans un temps très court, avec recherche d’ivresse, connu également sous le terme « d’intoxication alcoolique aiguë » ou « alcoolisation massive ».

[27] Par ailleurs le titre d’un ouvrage de S. FEDERICI, Le capitalisme patriarcal, Paris, Éditions La Fabrique, 2019.

[28] Parmi lesquelles J. BURGART GOUTAL, Être écoféministe. Théories et pratiques, Paris, Éditions L’Échappée ǀ Coll. Versus, 2020.

[29] In « L’écoféminisme, combien de récupérations ? », Entretien de Lucie Delaporte et Fabien Escalona avec Jeanne Burgart Goutal » sur le site Médiapart, 4 février 2022. Disponible sur : https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/040222/l-ecofeminisme-combien-de-recuperations (consulté le 25/04/2022).

[30] Cette « complexité » est importante à comprendre pour ne pas porter l’écoféminisme en risée, comme l’ont fait certains éditorialistes commentant la candidature de Sandrine Rousseau, ex-porte-parole de l’EELV en France. À l’instar de Guillaume Bigot de CNews qui eut ces propos sexistes et déplacés lors d’un débat de la matinale de la même chaîne : « Il y a un phénomène de radicalité, qui est pleinement assumé. Si vous l'écoutez, on a l'impression d'une illuminée. C'est de la folie verte. C'est une sorte de Greta Thunberg ménopausée », in N. SCHWARTZ, « Sandrine Rousseau traitée de « Greta Thunberg ménopausée » : un chroniqueur de CNews recadré après une sortie sexiste », Gala en ligne, 27 septembre 2021. Disponible sur : https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/video-sandrine-rousseau-traitee-de-greta-thunberg-menopausee-un-chroniqueur-de-cnews-recadre-apres-une-sortie-sexiste_477309 (consulté le 25/04/2022).

[31] A. QUENTEL, « Silvia Federici, Sorcière Matérialiste », Socialter, 27 septembre 2021. Disponible sur : https://www.socialter.fr/article/silvia-federici-sorciere-materialiste (consulté le 17/05/2022).

[32] Pionnière du féminisme matérialiste.

[33] Je me réfère à N. V. ENIS, « Le patriarcat, une idéologie socialement et historiquement construite », in dossier Féminismes : l’égalité à l’épreuve du patriarcat, CAL Liège ǀ Salut & Fraternité, n°109, avril-mai-juin 2020. Disponible sur : https://www.calliege.be/salut-fraternite/109/le-patriarcat-une-ideologie-socialement-et-historiquement-construite/ (consulté le 05/04/2022).

[34] Préface de Jules Falquet, in S. FEDERICI, Par-delà les frontières du corps. Repenser, refaire et revendiquer le corps dans le capitalisme tardif, Paris, Éd. Divergences, 2020, p.12.

[35] N. V. ENIS, « Le patriarcat, une idéologie socialement et historiquement construite », idem.

[36] Propos de Jules Falquet recueillis par C. COLLOT « Capitalisme et imbrication des rapports sociaux », in dossier Féminismes : l’égalité à l’épreuve du patriarcat, CAL Liège ǀ Salut & Fraternité, n°109, avril-mai-juin 2020. Disponible sur : https://www.calliege.be/salut-fraternite/109/capitalisme-et-imbrication-des-rapports-sociaux/ (consulté le 05/04/2022).

[37] R. DUTERME, « Relations Nord-Sud : cinq siècles d’exploitation et de pillage », site du CADTM, 13 avril 2017. Disponible sur : https://www.cadtm.org/Relations-Nord-Sud-cinq-siecles-d (consulté le 05/04/2022).

[38] La Pachamama andine, pex, dans le sens de la Déesse Mère. Ou la Ñuke Mapu, qui fait plus référence à une cosmogonie, une vision de la création du monde propre au peuple mapuche Il est intéressant de noter que dans deux cas, c’est une entité féminine qui surplombe ces cosmogonies, loin des panthéons virils des monothéismes.

[39] Il est intéressant de noter que les Catholiques longtemps dénièrent cette « âme » aux esclaves à peau foncée et avaient la ferme « volonté d’anéantir les cultures nègres, inca, aztèque, maya, etc. dont les livres ou les « idoles » étaient explicitement définies comme des signes ou des images du diable. » [P.P. GOSSIAUX, L’Homme et la Nature, Bruxelles, Éd. De Boeck & Larcier, 2ème édition-1995, p.155.] 

Las casas fut un des premiers à s’émouvoir de cette véritable tragédie génocidaire [« En effet, ces populations furent réduites par eux en esclavage et au travail forcé, contraintes à la conversion au christianisme au mépris de leurs propres traditions religieuses, décimées par le choc microbien. Las Casas, premier religieux ordonné sur le continent américain, mena une véritable croisade pour améliorer la situation des Mexicains placés sous son autorité. Finalement son plaidoyer fut entendu et de nouvelles lois améliorèrent les conditions de vie de ceux qui étaient, pour beaucoup en Europe, considérés comme des êtres inférieurs. », in « Las Casas défend la cause des Indiens », site de l’ASP. Disponible sur : https://www.assistancescolaire.com/enseignant/elementaire/ressources/base-documentaire-en-histoire/las-casas-defend-la-cause-des-indiens-h_th26t01 (consulté le 13/05/2022).] que fut la Conquista en Amérique latine fut le dominicain Bartholomé de la Casas [« Bartolomé de Las Casas (1474-1566) est un dominicain espagnol, avocat de formation, qui s'opposa violemment au traitement réservé aux « Indiens » par les colonisateurs espagnols. », idem.], futur évêque du Chiapas en 1545. (La même région qui fut le berceau de la rébellion zapatiste 450 ans plus tard !)   

[40] R. DESCARTES, Discours de la Méthode, 1637.

[41] C. PAHAUT, Si les écoféminismes m’étaient contés... Rencontre avec Anne Borlée & Les Tisseuses d’Obscur, Publications du CVFE, décembre 2019, p.8. Ce qui est savamment expliqué in S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, Paris, Éd. Entremonde (pour la traduction française), 2014.

[42] S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, ibidem, p.131.  

[43] Idem.

[44] Lire chapitre « Accumuler le travail et avilir les femmes », in S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, ibidem, pp.114-133. La citation est en p.132.

[45] Idem, p.171.

[46] Idem, p.172.

[47] Préface de Jules Falquet, in S. FEDERICI, Par-delà les frontières du corps, ibidem, p.9.

[48] Aborigène signifie comme nom épicène « Autochtone dont les ancêtres sont considérés comme étant à l’origine du peuplement » et comme adjectif « originaire du pays d’où il vient. » in Le Nouveau Petit Robert, édition de 1993, p.7.

[49] S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, ibidem, p.183.

[50] F. VERGÈS, Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme, ibidem, p.98.

[51] S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, ibidem, p.183.

[52] Il existe 4 types de colonialité selon l’IRESMO (Institut de Recherche sur les Mouvements sociaux) : la colonialité du pouvoir ; celle du savoir ; celle du genre ; et enfin celle de l’État. La colonialité du pouvoir, selon Quijano « met en lumière la manière dont le capitalisme a eu besoin de la racialisation du travail pour fonctionner (…) une imbrication entre le racisme et le capitalisme. (…) La colonialité du pouvoir désigne un régime de pouvoir qui émerge à l’époque moderne avec la colonisation et l’avènement du capitalisme. Mais qui ne s’achève pas avec le processus de décolonisation dans les années 50-60, mais continue d’organiser les rapports sociaux de pouvoirs actuels dans le système monde. » ; la colonialité du savoir « délégitime toutes les autres formes de savoir que celles qui ont été produite par la science moderne occidentale. » Contre cette tendance, Patricia Hill Collins trace les contours du Black Feminism actuel, en exhumant « pour [leur] redonner la voix et traduire [leur] pensée des nombreuses intellectuelles et activistes noires qui ont développé la résistance et l’autodétermination des Africaines-Américaines. » in A. BERTHELOT-RAFFARD, « Patricia Hill Collins – La pensée féministe noire. Savoir, conscience et politique de l’empowerment », in Cahiers du Genre, n°65, 2018. Disponible sur : https://www.academia.edu/38279469/Note_de_lectures_La_pens%C3%A9e_f%C3%A9ministe_noire_Savoir_conscience_et_politique_de_lempowerment (consulté le 16/05/2022) ; la colonialité du genre, développée par l’Argentine Maria Lugones, « constitue la contribution à la pensée féministe de l’option décoloniale. (…) le genre et le sexe sont des constructions socio-historiques qui se mettent en œuvre dans les Amériques avec la colonisation. Le genre caractérise davantage une problématique des femmes blanches bourgeoises enfermées dans des rôles sociaux de genre stéréotypés. En revanche, les personnes racisées n’ont pas réellement accès au statut d’être humain. Elles se trouvent animalisées dans la conception coloniale raciste hiérarchisant les êtres humains. Elles n’ont donc pas accès à un genre, mais elles ont seulement un sexe. » ; enfin, la colonialité d’État « se caractérise également par l’extension de l’Etat moderne à l’ensemble du monde. » ; ces définitions proviennent de « Qu’est-ce que la colonialité ? », site de l’IRESMO, 13 avril 2018. Disponible sur : https://iresmo.jimdofree.com/2018/04/13/qu-est-ce-que-la-colonialit%C3%A9/ (consulté le 22/03/2022).

[53] Idem.

[54] A. QUIJANO, « « Race » et colonialité du pouvoir », Mouvements, n° 51, mars 2007, pp. 111-118. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-111.htm (consulté le 20/05/2022).

[55] « Dans les années 1960-1970, l’État français encourage l’avortement et la contraception dans les départements d’outre-mer alors même qu’il les interdit et les criminalise en France métropolitaine. » Cette disparité est analysée dans F. VERGÈS, Le ventre des femmes, ibidem, quatrième de couverture et introduction, pp.9-23.

[56] P.P. GOSSIAUX, L’Homme et la Nature, ibidem, p.246.

[57] Exemples tirés du chapitre 3 « En marge de la raison méthodique : le sauvage, l’enfant, le fou et le monstre », de P.P. GOSSIAUX, L’Homme et la Nature, ibidem, pp.245-261.

[58] Idem.

[59] Des auteurs montrent qu’il ne faut pas forcément attribuer cette misogynie à Descartes. Cfr M.-F. PELLEGRIN & F. LOTTERIE, « Le cartésianisme est-il un féminisme ? Autour de Poullain de La Barre. Entretien avec Marie-Frédérique Pellegrin », Littératures classiques, 2016/2 (N° 90), pp.165-170. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques-2016-2-page-165.htm (consulté le 06/05/2022).

[60] « En 2015, le Vatican a recensé un peu plus de 222 millions de catholiques en Afrique : près d’un Africain sur cinq était donc baptisé. (…) Le catholicisme progresse en Afrique, et les prêtres y sont de plus en plus nombreux. », in E. RACQUE, Cfr « L’évolution du catholicisme en Afrique », La Croix en ligne, 19 mai 2017. Disponible sur : https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Evangelisation/L-evolution-du-catholicisme-en-Afrique (consulté le 28/06/2022).

[61] « Le catholicisme reste une force en expansion dans les Amériques, tandis qu'il recule en Europe, bastion de la chrétienté. Autre différence, la baisse de la part des catholiques dans les nations d'Amérique du Sud n'est pas due à la sécularisation de la société, comme sur le Vieux Continent, mais à la concurrence d'autres cultes, notamment des Eglises évangéliques. », in P. A. PARANAGUA, « Le catholicisme est une force en expansion dans les Amériques », Le Monde, 14 mars 2013. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/europe/article/2013/03/14/la-religiosite-populaire-des-ameriques_1847856_3214.html  (consulté le 28/06/2022).

[62] Je renvoie au chapitre « La grande chasse aux sorcières en Europe. Une bête imparfaicte, sans foy, sans crainte, sans constance », in S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière, ibidem, pp.251-333.

[63] Silvia Federici utilise ce terme lorsqu’elle écrit que « Le fait que les victimes, en Europe, aient principalement été des paysannes explique probablement l'indifférence des historiens à ce génocide. Une indifférence qui a frôlé la complicité, l'effacement des sorcières des pages de l'histoire ayant contribué à banaliser leur élimination physique sur le bûcher, laissant penser qu'il s'agissait d'un phénomène mineur, voire une affaire de folklore. » in S. FEDERICI, idem, page 253. Mona Chollet, souligne également cette extermination à grande échelle qu’ont constituée ces chasses aux sorcières : « Aujourd’hui, on parle de cinquante ou cent mille [victimes], voire bien plus. N’y sont pas incluses celles qui ont été lynchées, ni celles qui se sont suicidées ou qui sont mortes en prison -soit des suites de la torture, soit en raison de leurs conditions de détention sordides. », in M. CHOLLET, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, La Découverte ǀ Zones, 2018, p.22.

[64] Quatrième de couverture de M. CHOLLET, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, ibidem.

[65] S. FEDERICI, Caliban et la Sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, ibidem, p.319.

[66] « Le chaman, la chamane ou shaman, est une personne « considérée par sa tribu ou son groupe comme l’intermédiaire ou l’intercesseur entre les humains et les esprits » (toute chose est esprit selon les autochtones d'Amérique. Tout est sacré, ou précieux). » ; in Définitions lexicographiques et étymologiques de « Chaman » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaman#cite_ref-2 (consulté le 20/06/2022).

[67] « Les accusations de satanisme furent importées en Amérique afin de briser la résistance des populations locales, justifiant la colonisation et la traite des esclaves aux yeux du monde entier. » ; Ibidem, p.319.

[68] Ibidem, p.196.

[69] « La transition au capitalisme est un thème « classique » dans la littérature marxiste indissociable du terme d’ « accumulation primitive » employé dans le livre I du Capital de K.Marx comme le processus aboutissant aux conditions nécessaires au capitalisme. » in E. ÖNGÜN, « Détruire les femmes pour construire le capitalisme : un ouvrage essentiel de S.Federici », Blog anticapitaliste en Tarn & Garonne, 24 août 2014. Disponible sur : http://gauche-anticapitaliste82.overblog.com/2014/08/detruire-les-femmes-pour-construire-le-capitalisme-un-ouvrage-essentiel-de-s-federici.html (consulté le 23/05/2022).

[70] « L’accomplissement de l’homme, dans l’ordre de la « civilisation » supposant désormais la domination intégrale de l’univers et sa métamorphose », et donc la supériorité de l’Occident industrialisé sur les peuples « agraires » cautionne dès la fin du 18ème siècle de nombreux génocides (des Hottentots, des Australiens et des Tasmaniens et des Indiens d’Amérique du Nord) et « renforce l’arsenal rhétorique des partisans de l’esclavage » ; P.P. GOSSIAUX, L’Homme et la Nature, ibidem, p.368.

[71] Cfr P. MICHELOT, « L’histoire de la Vénus Hottentote », sur le site de L’Encre noire, 26 mai 2010. Disponible sur : https://lencrenoir.com/lhistoire-de-la-venus-hottentote/ (consulté le 01/04/2022).

[72] À propos du film d’Abellatif Kechiche - La Vénus noire (France, 2010), consacré au destin terrible de cette jeune-femme, Sarah Baartman-, lire J.-B. MORAIN, « Vénus noire, un film sombre et incandescent », Les Inrockuptibles, 26 octobre 2010. Ce film suscite l’écœurement vis-à-vis des regards condescendants, vicelards et ricaneurs posés sur le corps extraordinaire de Sarah Baartman, dite la Vénus hottentote, du fait de son postérieur et de sa vulve à nos yeux disproportionné.e.s. Il montre surtout que la monstruosité n’est pas à voir dans ce corps qui fut exposé comme une bête de cirque, mais bien dans cette érotisation forcenée de cette femme qui n’a jamais consenti à ce qu’on lui imposait.

[73] bell hooks, Ne suis-je pas une femme ? Femmes noires et féminisme ǀ Ain't I a Woman? Black women and feminism, Paris, Éditions Cambourakis, 2015 (pour la trad. française) ǀ États-Unis, South & Press, 1981. Citation tirée du mémoire de master de A-S TIRMARCHE, Noircir les Autres, blanchir les Uns : l’intégration du genre en ECMS. Le cas du dossier pédagogique Mon corps, mes droits d’Amnesty International, Université de Namur, année académique 2018-2019. Disponible sur : https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/en/object/thesis%3A20940 (consulté le 23/05/2022).

[74] S. FAURE, « Colonies : les racines d’un racisme nommé désir », Libération en ligne, 21 septembre 2018. Disponible sur : https://www.liberation.fr/debats/2018/09/21/colonies-les-racines-d-un-racisme-nomme-desir_1680447/ (consulté le 06/05/2022).

[75] Coll. sous la direction de P. BLANCHARD, é, Paris, Éditions La Découverte, 2018.

[76] Aimé Césaire, Pour Nacer. Disponible sur : http://memoireduvent.canalblog.com/archives/2009/11/08/1524956.html (consulté le 05/04/2022).

[77] Tiré de Collectif, sous la dir. de P. BLANCHARD, Sexe, race & colonies. La domination des corps du XVe siècle à nos jours, Paris, Éditions la Découverte, 2018.

[78] Expression de J. FALQUET, Pax neoliberalia. Perspectives féministes sur (la réorganisation de) la violence, Paris, Éditions iXe, 2016, p.8.

[79] Idem.

[80] Ibidem, p.9.

[81] Idem.

[82] À ce titre, il est à noter que malgré le fait que les pays d’Amérique latine ne furent jamais colonisés par les États-Unis, ceux-ci ont toujours désiré avoir la mainmise sur ces territoires. Ce qui fut concrétisé par le Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR ou Traité de Rio ou Pacte de Rio) établi en 1947 et qui devint la clé de voûte de l'influence des États-Unis sur l'Amérique latine jusque dans les années 80’s. Ce Traité fut presque uniquement mis en péril par le rapprochement en 1961 de Fidel Castro, et donc de Cuba, avec l’Union Soviétique, alors en pleine guerre froide avec les États-Unis. Source : M. NGIESE, « Le Néocolonialisme, un système aliénant », Le Journal international, 16 octobre 2020. Disponible sur : http://www.lejournalinternational.info/le-neocolonialisme-un-systeme-alienant/ (consulté le 22/03/2022). Dans le même ordre d’idées, quelques critiques dénoncent « cette chose appelée Tiar [comme étant] l’un des quatre produits (ONU, TIAR, OEA et CIA) inventés par les maîtres du monde (…) qui souligne que « le président américain Harry Truman et le Premier ministre britannique Winston Churchill ont publiquement affirmé la nécessité d’une alliance pour combattre le communisme (…) » Le Tiar, signé à Rio en 1947 et rédigé par l’oligarque colombien Alberto Lleras Camargo [Président de Colombie de 1958 à 1962], réunit les noms de ces deux pays sud-américains complices de l’empire Yankee pour favoriser les intérêts des maîtres du monde et des propriétaires des grandes transnationales du capital. », in « Aide humanitaire et Tiar – Traité interaméricain d’assistance réciproque », site de Venesol, 17 septembre 2019. Disponible sur : https://venesol.org/2019/09/17/aide-tiar/ (consulté le 28/03/2022).

[83] Tel que celui de l’ALENA entré en vigueur le 1er janvier 1994 qui institue une zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Parce qu’il fut conclu sans aucune interpellation des communautés indigènes mexicaines concernées, cet accord fut à l’origine de la révolte du mouvement zapatiste dans le Chiapas mexicain, menée par les membres de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), comme le raconte bien ce podcast : « La grande histoire du Zapatisme », production D’Une Certaine Gaieté-PYR FM-LABORADIO, monté par réalisé dans le cadre des ateliers médias d'éducation populaire « Zapontour » par L. BASTILLE, C. DEPOUHON et T. DEROUBAIX, 20 septembre 2021. Disponible sur : https://podcloud.fr/podcast/voyage-pour-la-vie/episode/la-grande-histoire-du-zapatisme (consulté le 13/06/2022).

[84] M. NGIESE, « Le néocolonialisme, un système aliénant », Le Journal international, ibidem.

[85] M. NGIESE, « Le néocolonialisme, un système aliénant », Le Journal international, ibidem.

[86] Via notamment ses entreprises coloniales telles que la Société Générale de Belgique, puisqu’aujourd’hui, « on a la preuve que la Société générale de Belgique envisagea de financer en 1960 un coup d’État contre le gouvernement de Lumumba » in J.-L. MOREAU, « De la décolonisation à la zaïrianisation. Le sort des capitaux belges au Congo », Les cahiers Irice, 2010/2 (n°6), pp.61-77. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-irice-2010-2-page-61.htm (consulté le 06/05/2022).

[87] Patrice Lumumba, « devenu Premier ministre du Congo le jour de l’indépendance, le 30 juin 1960, l’a été pendant 67 jours seulement, avant d’être révoqué en septembre, puis assigné à résidence, arrêté ensuite, et transféré enfin au Katanga, pour y trouver la mort le soir même. » Cet assassinat « est le résultat d’un lent processus par lequel une coalition large, mais hétéroclite, s’est engagée, en y voyant la solution possible pour régler la crise que traversait le Congo et surtout pour y conserver chacun son pouvoir ou son influence. Six mois contre Lumumba : les responsables belges sont intervenus directement ou indirectement de manière persistante pour affaiblir le gouvernement Lumumba, dès juillet 1960, contribuer à renverser le Premier ministre, obtenir son assignation à résidence et son incarcération, et faire réaliser le transfert de Lumumba au Katanga, où il sera assassiné. Personne n’expliquera jamais ouvertement les raisons de cette politique, mais il est clair que Lumumba était considéré par ces responsables belges comme le leader congolais qui pouvait contrecarrer l’influence belge et occidentale au Congo indépendant. » in F. RYCKMANS, « Il y a 60 ans, l’assassinat de Patrice Lumumba, un crime politique avec des responsabilités belges », RTBF Infos, 15 janvier 2021. Disponible sur : https://www.rtbf.be/article/il-y-a-60-ans-lassassinat-de-patrice-lumumba-un-crime-politique-avec-des-responsabilites-belges-10674305 (consulté le 13/06/2022).

[88] B. BARRY, « Une centaine de groupes armés actifs dans l'est de la RDC », Deutsche Welle.com, 13 décembre 2019. Disponible sur : https://www.dw.com/fr/une-centaine-de-groupes-arm%C3%A9s-actifs-dans-lest-de-la-rdc/a-51664664 (consulté le 20/06/2022).

[89] C. LAPIQUE & N. BERMAN, « Le rôle des multinationales dans les violences en Afrique », site du CADTM, 21 mai 2019. Disponible sur : https://cadtm.org/spip.php?page=imprimer&id_article=17417 (consulté le 20/06/2022).

[90] R. POURTIER, « Le Kivu dans la guerre : acteurs et enjeux », EchoGéo en ligne, Sur le Vif, 21 janvier 2009. Disponible sur : http://journals.openedition.org/echogeo/10793 (consulté le 20/05/2022). Citons la société aurifère canadienne BANRO, et l’article de LAPRUNELLERDC, « Sud-Kivu: début d’un procès impliquant des responsables de Banro et un magistrat pour corruption », in La Prunelle Info, 18 mars 2021. Disponible sur : https://laprunellerdc.info/sud-kivu-debut-dun-proces-impliquant-des-responsables-de-banro-et-un-magistrat-pour-corruption/ (consulté le 20/05/2022).

[91] Le phénomène de la Chinafrique envisagé comme du néocolonialisme est cependant contestable. Cfr l’article « Chinafrique », sur le site Géoconfluences, janvier 2017. Disponible sur : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/chinafrique (consulté le 20/05/2022).

[92] « De nombreuses recherches scientifiques ont souligné la proximité qui persiste entre les firmes des anciens colons et les gouvernements des anciennes colonies. Les entreprises reçoivent une attention toute particulière de la part de l’État et sont plus facilement protégées par l’armée. (…) Les entreprises nord-américaines ou chinoises par exemple, doivent généralement faire face à l’insécurité sans bénéficier de protection externe. Pour l’obtenir, elles sont prêtes à payer le prix. Bien souvent, la rançon qu’elles payent alimente les activités rebelles et les trafics illégaux. Cet argent permet aux milices de se maintenir en place et d’étendre leur zone d’influence. », in C. LAPIQUE & N. BERMAN, « Le rôle des multinationales dans les violences en Afrique », ibidem.    

[93] Cfr « Violence à l’égard des femmes dans l’est de la République démocratique du Congo : Quelles responsabilités ? Quelles complicités ? », rapport du CSI (Confédération syndicale internationale), 2000. Disponible sur : https://www.ituc-csi.org/IMG/pdf/ituc_violence_rdc_fr_lr.pdf (consulté le 09/05/2022).

[94] Sous la dir. de A. TEGERA, Kivu Réseaux du coltan, Présentation d'un dossier du Pole Institute (Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs), non daté, p.6. Disponible sur : https://repositories.lib.utexas.edu/bitstream/handle/2152/5051/2391.pdf;sequence=1 (consulté le 22/03/2022).

[95] Un documentaire explique le destin incroyable de Denis Mukwege : L'homme qui répare les femmes - La colère d'Hippocrate, un film de Thierry Michel (Belgique-Congo, 2015).

[96] Cfr D. MILLET, « La dette du Tiers Monde », site du CADTM, 6 mars 2006. Disponible sur : https://www.cadtm.org/La-dette-du-Tiers-Monde (consulté le 09/05/2022).

[97] Abderrahmane Sissako a réalisé un docu-fiction sur la violence insoutenable de la dette, intitulé Bamako, film franco-américano-malien sorti en 2006. Sur les effets pervers de la mondialisation en Afrique, vois aussi Le cauchemar de Darwin, d’Hubert Sauper, France-Autriche-Belgique, 2005.

[98] Article du CADTM sur l’ouvrage de C. BRUNEAU & C. VANDEN DAELEN, Nos vies valent plus que leurs crédits, Paris, le Passager clandestin, 2022. Introduction disponible sur : https://fr.calameo.com/read/00631980818299b13542c (consulté le 14/06/2022).

[99] « Cette dette est issue de la colonisation, lorsque les pays en question se sont endettés par le biais de prêts, alors qu’ils devaient bâtir leurs nouveaux territoires fraîchement indépendants. (…) à Haïti, cette dette a mis à mal le nouveau pays indépendant, qui n’a pas réussi à s’en sortir financièrement. Aujourd’hui 2,5 millions d’Haïtiens sur 11 millions d’habitants, vivent en-dessous du seuil de pauvreté extrême. En 2018, 30% des jeunes étaient au chômage et 21,9% des enfants souffraient de malnutrition. » in M. NGIESE, « Le néocolonialisme, un système aliénant », Le Journal international, ibidem.

[100] J. FALQUET, Pax neoliberalia, ibidem, p.112.

[101] Idem.

[102] Aussi appelée la « Guerre des cartels », et qui sévit surtout dès 2006 sous le gouvernement de Felipe Calderón. « Cette lutte contre les narcotrafiquants et les règlements de compte entre cartels ont causé plus de 50 000 morts dans le pays entre l'arrivée au pouvoir du président Felipe Calderón fin 2006 et juin 2012. Cependant, d'autres estimations font monter le chiffre total à environ 100 000 victimes sur la même période et cela sans compter les 27 000 disparus » in C. SCHAEFFER-DUFFY, « Counting Mexico's drug victims is a murky business », National Catholic Reporter, 1er mars 2014. Archive Wikiwix disponible sur : https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=http%3A%2F%2Fncronline.org%2Fnews%2Fglobal%2Fcounting-mexicos-drug-victims-murky-business#federation=archive.wikiwix.com (consulté le 14/06/2022).

[103] Ibidem, pp.128-129.

[104] Idem.

[105] Dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, chapitre II, article 7, intitulé « Crimes contre l’Humanité », 17 juillet 2018, p.5. Disponible sur : https://legal.un.org/icc/statute/french/rome_statute(f).pdf (consulté le 14/03/2022).

[106]  « On estime à environ 270.000 le nombre de femmes, la plupart indigènes ne parlant pas l'espagnol, qui ont été contraintes de subir une ligature des trompes à des fins de stérilisation, dans le cadre du « Programme national de santé de la reproduction et de planification familiale », mis en œuvre par l'ancien président Fujimori. Le but de ce programme était de réduire le taux de natalité au Pérou afin de favoriser la croissance économique. Au moins 18 femmes sont mortes au cours de ces opérations, selon des chiffres officiels. » in Le Figaro, 4 décembre 2021. Disponible sur : https://www.lefigaro.fr/flash-actu/perou-fujimori-ne-peut-etre-juge-pour-les-sterilisations-forcees-20211204 (consulté le 14/06/2022).

[107] S. LHÉNORET, « La douloureuse histoire de la stérilisation forcée aux Etats-Unis », Le Monde, 18 octobre 2020. Disponible en entier sur https://dailygeekshow.com/sterilisation-forcee/ (consulté le 05/04/2022).

[108] F. RENAULT, « Ces 70.000 stérilisations forcées aux USA qui ont inspiré les nazis », in Mieux Vivre Autrement, 11 septembre 2016. Disponible sur : https://www.mieux-vivre-autrement.com/70-000-sterilisations-forcees-ont-inspirees-nazis.html (consulté le 14/03/2022).

[109] Anonyme, « De la stérilisation forcée aux États-Unis », sur le Blog « Eugénisme ». Disponible sur : https://eugenismetpeblog.wordpress.com/2017/01/23/selectionner-les-individus-pour-ameliorer-lespece-humaine/ (consulté le 14/03/2022).

[110] S. LHÉNORET, « La douloureuse histoire de la stérilisation forcée aux Etats-Unis », ibidem.

[111] Un article d’Amnesty titrait en 2013 : « La stérilisation forcée de femmes roms est l’une des violations des droits humains les plus terribles qu’ont subies les Roms en Europe depuis leur persécution par les Nazis durant la Deuxième guerre mondiale. Selon certaines sources, pas moins de 90 000 femmes auraient été stérilisées sur tout le territoire de l’ex-Tchécoslovaquie depuis les années 1980. Bien que la plupart de ces actes remontent aux années 1970 et 1980, le cas le plus récent aurait eu lieu en 2007. », in « Stérilisations forcées des Roms, une histoire en suspens », Article d’Amnesty International, 27 mai 2013. Disponible sur : https://lab.amnesty.ch/fr/pays/europe-asie-centrale/republique-tcheque/docs/2013/sterilisations-forcees-des-roms-une-histoire-en-suspens# (consulté le 14/03/2022).

[112] En 2009, le gouvernement tchèque présentait ses excuses aux victimes de ces stérilisations forcées. Mais la militante Elena Gorolova, qui fut elle-même victime de cette pratique à 21 ans, déclara que c’était « satisfaisant, mais insuffisant », réclamant plutôt des « réparations » pour ces atteintes irréversibles à leurs corps ! in Dossier pédagogique d’AMNESTY INTERNATIONAL, Mon corps, mes droits, 2013, p.28. Disponible sur : http://jeunes.amnesty.be/IMG/pdf/dossier_peda_2013.pdf (consulté le 14/03/2022).

[113] Selon l’expression de « La Suède admet la purification raciale », The Independant, 24 août 1997. Disponible sur : https://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https%3A%2F%2Fwww.independent.co.uk%2Fnews%2Fworld%2Fsweden-admits-to-racial-purification-1247261.html#federation=archive.wikiwix.com (consulté le 23/05/2022).

[114] C. TAKESHITA, « Biopolitique du stérilet. Stratégies au Sud », Travail, genre et sociétés, n° 34, février 2015, p. 112. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2015-2-page-109.htm (consulté le 23/05/2022).

[115] Ibidem, p.111.

[116] C. TAKESHITA, « Biopolitique du stérilet. Stratégies au Sud », Travail, genre et sociétés, n° 34, février 2015, p.112. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2015-2-page-109.htm (consulté le 20/06/2022).

[117] Sur les mouvements de femmes au Guatemala, lire J. FALQUET, « « Corps-territoire et territoire-Terre » : le féminisme communautaire au Guatemala. Entretien avec Lorena Cabnal », Cahiers du Genre, 2015/2 (n° 59), p. 73-89. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-cahiers-du-genre-2015-2-page-73.htm (consulté le 15/03/2022).

[118] Notamment autour de trois activistes autochtones ayant participé à la COP26, comme le dénonce la « Lettre de soutien en solidarité avec les leaders d’ANMIGA victimes de violences sexistes et raciales », site de l’ANMIGA, 22 novembre 2021. Disponible sur : https://observatoiredemocratiebresil.org/Lettre-de-soutien-en-solidarite-avec-les-leaders-d-ANMIGA-victimes-de-violences (consulté le 22/04/2022).

[119] P. GAUSSENS, « La stérilisation forcée de population autochtone dans le Mexique des années 1990 », Revue canadienne de bioéthique, 3(3), pp.180–191. Disponible sur : https://doi.org/10.7202/1073797ar (consulté le 05/04/2022).

[120] Falquet a par ailleurs largement étudié le phénomène massif des violences sexistes au Mexique, liée à « l’approfondissement des logiques néolibérales »A, particulièrement au tournant des accords de l’ALENA en 1994, accords commerciaux entrepris par l’état mexicain avec les États-Unis et le Canada sans la moindre concertation avec les communautés indigènes concernées.B  Références : A : Lire chapitre 3 « « Les féminicides de Ciudad Juarez et la recomposition de la violence » in J. FALQUET, Pax neoliberalia, ibidem, pp.99-133. B : Pour mieux connaître les racines du mouvement zapatiste, écouter le podcast « La grande histoire du zapatisme », réalisé dans le cadre des ateliers médias d'éducation populaire Zapontour. Postproduction : Ludovic Bastille, Christian Depouhon & Thomas Deroubaix. Disponible sur : https://www.mixcloud.com/certainegaiete/la-grande-histoire-du-zapatisme/ (consulté le 26/04/2022).

[121] Lors de la rencontre entre les femmes de Sarayaku et la délégation féminine zapatiste face à un public liégeois, organisée au CRIE le 12 octobre 2021, une jeune Zapatiste expliquait que c’était les injustices envers sa grand-mère qui suscitaient encore en elle la rage de combattre contre les nouvelles formes d’exploitation que constitue l’ « Hydre capitaliste ».

[122] Remarquons que « Nuestra cuerpa » est une version féminisée, très certainement à escient puisque l’expression désigne la Terre Mère, de « nuestro cuerpo » !

[123] Cfr J. FALQUET, Pax neoliberalia. Perspectives féministes sur (la réorganisation de) la violence, Paris, les Éditions du iXè, 2016. « Il y a un projet de libre-échange entre les Etats-Unis et des pays comme le Guatemala (sur le modèle de l'ALENA) qui occasionne beaucoup de violences. Les projets (…) sont confiés à des entreprises souvent étrangères et ce, sans consultation des populations locales qui ont pourtant légalement droit de regard sur ce qu'on fait de leurs terres. (…) », résumé du dernier chapitre de Pax neoliberalia par Crêpe Georgette, 17 janvier 2017. Disponible sur : http://www.crepegeorgette.com/2017/01/16/pax-neoliberalia/ (consulté le 21/04/2022).

[124] Préface de Jules Falquet, in S. FEDERICI, Par-delà les frontières du corps. Repenser, refaire et revendiquer le corps dans le capitalisme tardif, ibidem, p.8.

[125] « Mexique : une caravane « pour l’eau, pour la vie et contre le pillage capitaliste » sillonne le pays et ses luttes », reportage paru dans lundimatin#334, le 11 avril 2022. Disponible sur : https://lundi.am/Mexique-Une-caravane-pour-l-eau-pour-la-vie-et-contre-le-pillage-capitaliste (consulté le 13/04/2022).

[126] Comme l’analyse le documentaire À sec : La grande soif des multinationales de Jörg Daniel Hissen (Allemagne, 2021) : « Dans la région auvergnate de Volvic, l’État a accordé à la multinationale Danone de nouveaux droits de prélèvement, alors même que le niveau des réserves d'eau atteignait un niveau alarmant. Plusieurs sources historiques sont désormais taries, laissant sinistré le secteur autrefois florissant de la pisciculture. À Vittel, dans les Vosges, Nestlé Waters – premier employeur de la région – contrôle le territoire dont il surexploite sciemment l’aquifère. » Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=JNo04Ajypjw (consulté le 13/04/2022).

[127] « Les trois formes d'esclavage contemporain », in Libération en ligne, 27 juin 2008. Disponible sur : https://www.liberation.fr/cahier-special/2008/06/27/les-trois-formes-d-esclavage-contemporain_75131/ (consulté le 09/05/2022).

[128] Dans une veine « écoféministe », les auteures de Ni les Femmes ni la Terre ! plantent le décor de leur périple en Amérique du Sud et tout d’abord en Argentine, dans une Maison des Femmes qui accueillent des femmes victimes de violences conjugales qu’elles qualifient plus justement de « machistes ». Elles expliquent que la Maison est un lieu où parler et où apprendre, se défendre, pas forcément par la violence, mais surtout par la dénonciation publique et collective, via pourquoi pas la danse (telle que le flash-mob du collectif Las Tesis au Chili, largement relayé dans diverses grandes villes du monde) ou les marches colorées et combatives de femmes, telles que celles où fut brandi le slogan « Ni una menos ». Cfr Ni les Femmes ni la Terre ! de M. ALLARD, L. ASSEMAT & C. DHAUSSY (France, 2018). Voir leur page FB : https://www.facebook.com/nilesfemmesnilaterre (consulté le 06/04/2022). Pour las Tesis :

[129] Je me fie là à ce que raconte de leurs vies les femmes mexicaines in G. ROVIRA, Femmes de maïs, ibidem. Et pour les Argentines et Boliviennes, au documentaire Ni les Femmes ni la Terre ! , ibidem.

[130] « Lettre organique » du mouvement Ni Una Menos, 3 juin 2017. Disponible sur : http://niunamenos.org.ar/quienes-somos/carta-organica/ (consulté le 22/03/2022).

[131] J. FALQUET, « Fregoso Rosa-Linda, Bejarano Cynthia (dir.), Terrorizing Women. Feminicide in the Americas », ibidem.

[132] On y a découvert du plomb, du chrome, de l’arsenic et de l’Endosulfan, substance interdite dans plus de 80 pays à cause de ses effets nocifs sur la santé. Seul ou combiné à d’autres pesticides en cocktail chimique, il est fortement suspecté par la communauté scientifique d’avoir entrainé la mort de centaines de personnes depuis les années 1970, selon plusieurs articles du Monde, parmi lesquels, E. VEYSSIÉ, « Un cocktail chimique cause la mort de 13 enfants au Bangladesh », Le Monde en ligne, 25 juillet 2017. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/planete/article/2017/07/25/un-cocktail-chimique-cause-la-mort-de-13-enfants-au-bangladesh_5164916_3244.html (consulté le 22/03/2022).

[133] « Aujourd'hui, Ituzaingo Anexo ne subit plus aucune fumigation. Une terre écaillée accueillant des lotissements en construction remplace les cultures transgéniques. Mais le passage des camions et des avions procédant à l'épandage a laissé des traces.», in S. BOUTBOUL, « Avoir 20 ans à Ituzaingo Anexo, terre empoisonnée par les pesticides », Slate.fr, 7 avril 2015. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/99735/argentine-ituzaingo-anexo-pesticides (consulté le 20/06/2022).

[134] Comme l’explique le Professeur de Médecine (à l’Université de Rosario en Argentine) Damián Verzeñassi dans le documentaire d’ARTE Pesticide et santé l’équation sans solution, production ARTE, 31 mars 2015. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=CSJUy6MAeyk&t=2412s (consulté le 22/03/2022).

[135] J. FALQUET, « Des assassinats de Ciudad Juárez au phénomène des féminicides : de nouvelles formes de violences contre les femmes ? », Contretemps, 1 octobre 2014. Disponible sur : http://www.contretemps.eu/des-assassinats-de-ciudad-juarez-au-phenomene-des-feminicides-de-nouvelles-formes-de-violences-contre-les-femmes/#_ftn17 (consulté le 14/03/2022).

[136] Voir vidéo de TV5 Monde, « Pérou : Les victimes de "stérilisations forcées" attendent justice et pardon », diffusée le 10 mars 2021. Disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=Sggpu_tkUK8 (consulté le 28/03/2022).

[137] Pour comprendre ce qu’est la « masculinité positive » dans le contexte de la RDC, des plateformes associatives partent de ce postulat selon lequel « la masculinité hégémonique est dangereuse parce qu'elle impacte négativement la santé et le développement sociocommunautaire dans toutes leurs dimensions. Elle valorise les violences sous plusieurs formes et des comportements à risque face à l'infection au VIH. Elle est basée sur un préjugé qui estime que l'homme serait supérieur à la femme du fait que, selon les Ecritures Saintes, l'homme a été créé avant la femme. D'autres tentent de justifier cette supériorité naturelle de l'homme en se basant sur le fait que jusqu'à un passé récent, l'homme était encore le principal pourvoyeur des ressources financières à la femme. A ce titre, dans tous les domaines de la vie, la préséance devrait revenir à l'homme. Et, au nom de cette supposée primauté sociale, l'homme peut se permettre d'infliger des violences morales, physiques, psychologiques, verbales... aux femmes » in P. LOKALE, « RDC : comprendre le concept de "Masculinité positive" et son application », site de Actualite.cd, 13 novembre 2021. Disponible sur : https://actualite.cd/2021/11/13/rdc-comprendre-le-concept-de-masculinite-positive-et-son-application (consulté le 07/06/2022).

[138] « Cfr notamment C. CHATELÔT, « Au Niger, une école des « maris modèles » pour promouvoir la santé maternelle », Le Monde-Afrique, 22 mars 2021. Disponible sur : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/03/22/au-niger-une-ecole-des-maris-modeles-pour-promouvoir-la-sante-maternelle_6074024_3212.html (consulté le 07/06/2022).

[139] Nommées aussi MGF, comme mutilations génitales féminines. Cfr « Que sont les MGF ? », sur le site de l’asbl GAMS Belgique. Disponible sur : https://gams.be/mgf-excision/ (consulté le 07/06/2022).

[140] J’ajoute la marque du pluriel à ces féminismes, car nous pouvons gager qu’ils ne sont pas homogènes et portent en leur sein des conflits et débats qui ne les rendent que plus intéressants à suivre. Je citerai de nouveau en ce sens le très bel article de MÉLUSINE, « Le dilemme de Cologne. Quel espace politique pour les femmes racisées ? », ibidem. Amandine Gay parle également des femmes noires comme d’un « groupe hétérogène », ce qu’elle trouve profondément « humain » et garant de son « autonomisation » in T. BEAU, Y a-t-il un féminisme noir ?, podcast de La Grande Table des Idées, 28 avril 2022. Disponible sur : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-grande-table-idees/il-y-a-t-il-un-feminisme-noir-2125514 (consulté le 21/06/2022).

[141] A. QUIJANO, « « Race » et colonialité du pouvoir », Mouvements, n° 51, mars 2007, p.111. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-mouvements-2007-3-page-111.htm (consulté le 21/06/2022).

[142] Idem.

[143] S. WORRALL, « À bien des égards, la race est un objet de risée dans le domaine de la génétique. Les caractéristiques de la diversité humaine naturelle utilisées pour définir de larges catégories sociales de races, telles que Noir, Asiatique ou Blanc, se basent essentiellement sur la pigmentation de la peau, les traits morphologiques ou la texture des cheveux et sont toutes codées biologiquement. Or, lorsque l'on observe les génomes complets de personnes du monde entier, ces différences représentent une fraction infime des différences entre les peuples. Il y a davantage de diversité génétique au sein même du continent africain, par exemple, que dans le reste du monde entier. », in « Le concept de races, une hérésie scientifique », National Geographic France, 19 novembre 2021. Disponible sur : https://www.nationalgeographic.fr/sciences/anthropologie-le-concept-de-races-une-heresie-scientifique    (consulté le 21/06/2022).

[144] A. QUIJANO, « Race, Colonialité et Eurocentrisme », site du Parti des Indigènes de la République (PIR), 8 juillet 2015. Disponible sur : http://indigenes-republique.fr/race-colonialite-et-eurocentrisme/ (consulté le 21/06/2022).

[145] « Qu’est-ce que la colonialité ? », site de l’IRESMO, ibidem.

[146] PAULA, « Colonialité et genre : la pensée de Maria Lugones », blog des Éditions Anacoa, 21 avril 2022. Disponible sur : https://www.anacaona.fr/blog/maria-lugones-feminisme-decolonial-colonialite-genre/ (consulté le 21/06/2022).

[147] F. VERGÈS, Le ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme, ibidem, p.9.

[148] Idem, p.12.

[149] « Car les femmes des outre-mer, qu’elles soient esclaves, engagées ou colonisées, existent à peine dans les analyses féministes, qui les traitent au mieux comme des témoins d’oppressions diverses, mais jamais comme des personnes dont les paroles singulières remettraient en cause un universalisme qui masque un particularisme. », idem. Vergès donne comme exemple aujourd’hui la question du voile, très polémique en France métropolitaine.

[150] « « Décolonial » : désigne la lutte pour la déconstruction de la colonialité du pouvoir. Ce dernier s’est constitué sur la naturalisation de la différence raciale et la division du monde entre Nord et Sud. », ibidem, p.22.

[151] L’intersectionnalité est définie comme un « outil qui permet de créer un cadre pour mieux montrer que les discriminations peuvent se recouper, se croiser, créer des intersections. (…) Avec l’intersectionnalité, l’objectif est de reconnaître qu’un individu appartenant à un groupe subissant plusieurs formes de discriminations simultanément doit être protégé justement parce qu’il appartient à ce groupe, dont il est/va être avéré qu’il combine plusieurs caractéristiques qui peuvent être la base de discriminations. Nous pouvons prendre l’exemple des femmes noires qui cumulent racisme et sexisme, les femmes musulmanes qui combinent islamophobie, sexisme et souvent aussi de racisme ou encore les femme(cons transgenres qui vont subir un mélange de transphobie et de sexisme. », in I. BARJI, « Qu’est-ce que le féminisme intersectionnel ? », blog des POTICHES, 20 juin 2020. Disponible sur : https://lespotiches.com/culture/comprendre/qu-est-ce-que-le-feminisme-intersectionnel/ (consulté le 13/04/2022).

[152] Regroupement de fait de militants panafricains de Bruxelles, Flandres et Wallonie, qui organise notamment des visites guidées autour du patrimoine colonial. Disponible sur : https://www.memoirecoloniale.be/  (consulté le 05/04/2022).

[153] Qui « se revendique comme intersectionnel, décolonial, anti-raciste et inclusif », voir page Facebook : https://www.facebook.com/Imazi.Reine (consulté le 05/04/2022).

[154] Ainsi, la journaliste, auteure, militante féministe et anti-raciste Rokhaya Diallo, parce qu’elle lutte contre la sous-représentation des Noir.es et l’islamophobie entre autres, est-elle soumise à une vindicte constante sous couvert qu’elle serait « raciste », « racialiste », et soutiendrait « l’intégrisme religieux » (selon les propos de Caroline Fourest). Cfr N. LE BLEVENNEC, « Caroline Fourest, lauréate d’un Y’a bon Award, attaque Rokhaya Diallo », in NouvelObs/Rue89, 17 novembre 2016. Disponible sur : https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-medias/20120320.RUE8673/caroline-fourest-laureate-d-un-y-a-bon-award-attaque-rokhaya-diallo.html (consulté le 09/05/2022). Lire aussi M. ZAFIMEHY, « Pourquoi Rokhaya Diallo a-t-elle été écartée du Conseil national du numérique ? », sur RTL France en ligne, 16 décembre 2017. Disponible sur : https://www.rtl.fr/actu/politique/pourquoi-rokhaya-diallo-a-t-elle-ete-ecartee-du-conseil-national-du-numerique-7791447394 (consulté le 09/05/2022).

[155] Lire aussi l’article de Valérie Toranian, directrice de la Revue des deux mondes, dont est tirée cette diatribe envers Diallo : « Ça ne doit pas être tous les jours faciles d’être féministe intersectionnelle et de faire la synthèse entre la défense, en France, des femmes voilées « odieusement stigmatisées par le racisme et l’islamophobie d’État » tout en soutenant du bout des lèvres des Afghanes qui supplient qu’on les délivre de la burqa et de l’islam moyenâgeux. Mais c’est à cela qu’on reconnaît les idéologues : lorsque le réel les désavoue, ils tordent le réel. Ainsi Rokhaya Diallo se plaint dans le Washington Post que les conservateurs anti-woke français se servent de la crise afghane pour attaquer les positions des féministes intersectionnelles. Les néo-féministes, victimes de la crise afghane, il fallait oser. Elle l’a fait. » ; in V. TORANIAN, « Le fiasco afghan ne doit pas être le prétexte à enterrer l’universalisme », in la revuedesdeuxmondes.fr, 30 août 2021. Disponible sur : https://www.revuedesdeuxmondes.fr/le-fiasco-afghan-ne-doit-pas-etre-le-pretexte-a-enterrer-luniversalisme/ (consulté le 09/05/2022).

[156] Autrice notamment de podcasts autour du féminisme noir, parmi lesquels Me, My sexe and I (2015), La fille sur le Canapé (2020), Une histoire des féminismes noirs francophones (2021), Je suis noire et je n’aime pas Beyoncé (2021).

[157] A. TEKLAK, « Le féminisme intersectionnel, c’est quoi ? », idem.

[158] Elsa Dorlin citée in P. MICHELOT, « Le Féminisme Noir », site de L’Encre noire, 29 novembre 2010. Disponible sur : https://lencrenoir.com/le-feminisme-noir/ (consulté le 25/05/2022). 

[159] Notre collègue Héloïse a travaillé sur ce sujet : H. HUSQUINET, « Un écho à la voix des femmes afrodescendantes. Entretien sur l'afroféminisme », Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE asbl), juin 2018. Disponible sur : https://www.cvfe.be/publications/analyses/72-un-echo-a-la-voix-des-femmes-afrodescendantes-entretien-sur-l-afrofeminisme-2 (consulté le 15/06/2022).

[160] Explorer le site https://www.mwasicollectif.org/

[161] Explorer le site https://sawtchecollectif.wordpress.com/

[162] Cfr Glossaire du site du collectif MWASI, à l’article « afroféminisme ». Disponible sur : https://www.mwasicollectif.org/glossaire/ (consulté le 25/05/2022).

[163] V. BOQUEHO, « 1806-1830 : les indépendances latino-américaines », Herodote.net, 9 mai 2020. Disponible sur : https://www.herodote.net/Les_independances_latino_americaines-synthese-325.php (consulté le 16/06/2022).

[164] M-C BARRE, article « Indigénisme », site Universalis.fr. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/indigenisme-politique/ (consulté le 16/06/2022).

[165] Peintresse mexicaine (1907-1954), référence forte du Mexique communiste et icône féministe, Kahlo dépeint dans son Autoportrait à la frontière du Mexique et des États-Unis (cfr couverture de cette analyse) son aversion pour la politique économique menée par les États-Unis, qu’elle représente comme un pays froid et déshumanisé, où règnent gratte-ciels et usines polluantes.

[166] M-C BARRE, article « Indigénisme », idem.

[167] Idem.

[168] R. VACHON, « Système politique intégrationniste et identité culturelle », International Review of Community Development / Revue internationale d’action communautaire, N°14, 1985, p.178. https://doi.org/10.7202/1034521ar

[169] Ibidem, p.183.

[170] Idem.

[171] Idem.

[172] Même s’il serait abusif d’envisager une fraternité entre écoféminismes et écologie sociale, Bookchin (théoricien de cette dernière) semblant en effet assimiler les écoféminismes à « une espèce d’épidémie spirituelle antirationaliste [qui] au nom du retour à la nature [évoquerait] des atavismes irrationnels, des mysticismes, des « religions païennes » », M. BOOKCHIN, Qu’est-ce que l’écologie sociale, Lyon, Atelier de Création Libertaire, 2012, p.11.

[173] Site du Parti des indigènes de la république disponible sur : http://indigenes-republique.fr/ (consulté le 21/06/2022).

[174] La notion de racisme anti-Blancs n’a pas de sens d’un point de vue structurel -même si par ailleurs des violences anti-Blancs existent. Lire A. POLICAR, « Le racisme anti-Blancs n’existe pas », Libération, 22 octobre 2018. Disponible sur : https://www.liberation.fr/debats/2018/10/22/le-racisme-anti-blancs-n-existe-pas_1687081/ (consulté le 29/06/2022).

[175] Définition de l’indigénisme d’après le dictionnaire politique en ligne La Toupie. Disponible sur : https://www.toupie.org/Dictionnaire/Indigenisme.htm (consulté le 17/06/2022).

[176] S. FRANÇOIS, « Comment l'extrême droite s'est réapproprié le féminisme », Slate.fr, 11 juin 2021. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/210350/feminisme-extreme-droite-militantes-femmes-securite-identite (consulté le 17/06/2022).

[177] Par rapport aux déséquilibres économiques injustes qui profitent uniquement aux pays riches, lire J. HICKEL, D. SULLIVAN & H. ZOOMKAWALA, « L'impérialisme n'a jamais pris fin, il a juste changé de forme. Les pays riches ont drainé du Sud 152 000 milliards de dollars depuis 1960 », site du Parti des indigènes de la république, 27 mars 2022. Disponible sur : http://indigenes-republique.fr/les-pays-riches-ont-draine-du-sud-152-milliards-de-dollars-depuis-1960/ (consulté le 17/06/2022). L’article s’appuie notamment sur C. DORNINGER, A. HORNBORG, D. J. ABSON, H. VON WEHRDEN, A. SCHAFFARTZIK, S. GILJUM, J.-O. ENGLER, R. L. FELLER, K. HUBACEK, H. WIELAND, « Modèles mondiaux d'échanges écologiquement inégaux : implications pour la durabilité au XXIe siècle », Ecological Economics, Vol.179, 2021. Disponible sur : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921800920300938 (consulté le 17/06/2022).

[178] « Afroféminisme, notre définition », blog du Collectif Sawtche. Disponible sur : https://sawtchecollectif.wordpress.com/a-propos/ (consulté le 16/06/2022).

[179] In C. ARRUZZA, T. BHATTACHARYA & N. FRASER, Le féminisme des 99%, une alternative anticapitaliste au féminisme, Paris, Éditions La Découverte, 2019. Cette phrase est emblématique des idées qu’elles développent dans cet ouvrage, autour de la convergence des luttes anticapitaliste, antiraciste et pour l’écologie politique.

[180] L’appellation de « vagues féministes » est largement critiquée par des féministes racisées, justement, qui jugent que ces « vagues » ne font références qu’à un féminisme de « femmes blanches », faisant table rase de tous les apports féministes antérieurs de femmes racisées. Ainsi Sojourner Truth, ancienne esclave, abolitionniste noire des Etats-Unis, posa la question "Ne suis-je pas une femme ?" lors d'un discours célèbre en 1851, « interpellant féministes et abolitionnistes sur les diverses oppressions subies par les femmes noires : oppressions de classe, de race, de sexe. Héritière de ce geste, bell hooks décrit dans [le] livre [éponyme] devenu un classique les processus de marginalisation des femmes noires et met en critique les féminismes blancs et leur difficulté à prendre en compte les oppressions croisées. », citation de la quatrième de couverture de b. hooks, Ne suis-je pas une femme ?/ Ain't I a Woman ?: Black women and feminism, États-Unis, South End Press, 1981 / Traduit de l'anglais par Olga Potot aux Éditions Cambourakis, Paris, 2015.

[181] Hypothèse qu’elle érige en titre de son ouvrage A. KOECHLIN, La révolution féministe, Paris, Éditions Amsterdam, 2019, p.15 Elle qualifie cette révolution féministe en cours de « 4ème vague du féminisme ».

[182] A. KOECHLIN, La révolution féministe, idem.

[183] Ibidem, pp.14-15.

[184] Ibidem, p.15.

[185] Idem.

[186] Dans le 2ème chapitre « Une quatrième vague », Koechlin dénombre les manifestations qui eurent lieu en 2012 contre les féminicides frappant les femmes d’Amérique latine, dont celui de la poétesse Susana Chávez, à qui on doit l’expression « Ni una menos », tirée d’un de ses poèmes qui dénonçait les féminicides de Ciudad Juarez. Elle note des signes avant-coureurs en Inde, lors du viol collectif, de la torture et de l’assassinat d’une étudiante Jyoti Singh.

[187] Ibidem, p.116.

[188] Ibidem, p.121.

[189] Car Koechlin n’envisage pas du tout l’État comme neutre, pouvant être mobilisé comme un outil pour lutter contre l’oppression des femmes, mais au contraire comme « l’instrument central de la domination des femmes » ; Idem.

[190] O. VIGNAUD, « Sheryl Sandberg, la femme qui a rendu Facebook rentable », Décideurs magazine, 22 juillet 2021. Disponible sur : https://www.magazine-decideurs.com/news/sheryl-sandberg-la-femme-qui-a-rendu-facebook-rentable (consulté le 26/04/2022).

[191] Pour la Belgique, cfr le site du Collecti.e.f 8 maars, disponible sur : https://8maars.be/revendications-eisen/ (consulté le 24/05/2022).

[192] Comme le titre une des auteures du Féminisme pour les 99 %, Cinzia Arruzza in C. ARRUZZA, « Le féminisme des 99%, une alternative anticapitaliste au féminisme libéral », Révolution Permanente, entretien du 12 mars 2019. Disponible sur : https://www.revolutionpermanente.fr/Le-feminisme-des-99-une-alternative-anticapitaliste-au-feminisme-liberal (consulté le 15/06/2022). Lire aussi A. LORIAUX, « Féminisme pour les 99%, le manifeste qui veut un féminisme pour toutes », in Slate.fr, 10 mai 2019. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/176061/manifeste-feminisme-99-liberalisme-capitalisme-egalite?fbclid=IwAR1CEBOeI2P-64orHzStiJzkTA3Ja98RtL_Uq4VruUPspbhCiru5k3mhBWs (consulté le 15/06/2022).

[193] C. ARRUZZA, T. BHATTACHARYA & N. FRASER, « Féminisme pour les 99 %. Un extrait du manifeste de C. Arruzza, T. Bhattacharya et N. Fraser », Contretemps, 8 mars 2019. Disponible sur : http://www.contretemps.eu/feminisme-99-manifeste-arruzza-bathacharya-fraser/ (consulté le 26/04/2022).

[194] Idem.

[195] A. KOECHLIN, « La révolution féministe », in Les Cahiers du Socialisme, 17 novembre 2020. Disponible sur : https://www.cahiersdusocialisme.org/la-revolution-feministe/ (consulté le 26/04/2022).

[196] Idem.

[197] Idem.

[198] Idem.

[199] « Le mouvement militant Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) a été créé aux États-Unis en 2013, par la communauté afro-américaine. Il milite notamment contre les violences policières envers les personnes racisées, et contre le racisme systémique dans le pays.Après avoir été largement repris dans les manifestations liées à de nombreuses affaires où des afro-américains sont morts lors de leur détention par la police - comme celle d’Eric Garner, Jonathan Ferrel, John Crawford, Ezell Ford, Walter Scott, Freddie Gray ou Sandra Bland, le slogan et le hashtag #BlackLivesMatter prennent une résonance particulière en mai 2020, à la mort de Gerorge Floyd, un Afro-américain mort asphyxié par un policier blanc à Minneapolis. », in L’Express, sans date ni auteur.e. Disponible sur : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/le-mouvement-black-lives-matter_2133604.html (consulté le 28/06/2022).

[200] L. PONCIAU, « Black lives matter : « Ce pays est à nous aussi » », in Le Soir, 7 juin 2020. Disponible sur : https://www.lesoir.be/305640/article/2020-06-07/black-lives-matter-ce-pays-est-nous-aussi (consulté le 28/06/2022).

[201] Notamment autour de l’affaire Adama Traoré. T. MANEVAL, « ‘Pas de justice, pas de paix’ : à Paris, des milliers de manifestants contre les violences policières », Europe1, 2 juin 2020. Disponible sur : https://www.europe1.fr/societe/pas-de-justice-pas-de-paix-a-paris-des-milliers-de-manifestants-contre-les-violences-policieres-3972478 (consulté le 28/06/2022).

[202] Parlant du Black feminism défendu par Patricia Hill Collins, A. BERTHELOT-RAFFARD, « Note De Lectures : La Pensée Féministe Noire. Savoir, Conscience Et Politique De l'Empowerment », Les Cahiers du genre, n°65, 2018, pp.240-242. Disponible sur : https://www.academia.edu/38279469/Note_de_lectures_La_pens%C3%A9e_f%C3%A9ministe_noire_Savoir_conscience_et_politique_de_lempowerment?email_work_card=title (consulté le 28/06/2022).

[203] Idem.

[204] Attention qui fut portée lors du Webinaire créé par ARGO-CCGD, « Climat et violences sexistes et sexuelles - pourquoi et comment les lier dans les politiques ? », le 30 mai 2022. Disponible sur : https://youtu.be/T3IzSRGazgY (consulté le 07/06/2022).

[205] Ainsi des propositions de groupes féministes furent apportées au CSW, Commission de la Condition de la Femme, auprès de l’ONU, « en vue d’atteindre l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles ». In le site de la 65ème session du CSW, du 15 au 26 mars 2021. Disponible sur : https://www.unwomen.org/sites/default/files/Headquarters/Attachments/Sections/CSW/65/UNWOMEN_CSW65%20Brochure%20FR.pdf (consulté le 31/05/2022).

[206] « États-Unis : la Cour suprême révoque le droit à l'avortement, les Etats libres de l'interdire », in Euronews avec AFP, 24 juin 2022. Disponible sur : https://fr.euronews.com/2022/06/24/etats-unis-la-cour-supreme-revoque-le-droit-a-lavortement-les-etats-libres-de-linterdire (consulté le 28/06/2022).

[207] Citation de Fiona Ranford, membre des Amis de la Terre. Disponible sur : https://www.foei.org/fr/ce-que-nous-faisons/la-justice-de-genre-et-le-demantelement-du-patriarcat/ (consulté le 13/04/2022).

[208] Lire J. PIERON, « Chartreuse : habiter en drôles d’oiseaux », in L’Entonnoir, 7 avril 2022. Disponible sur : https://www.entonnoir.org/2022/04/07/habiter-en-droles-doiseaux/ (consulté le 28/06/2022).

[209] Tous les films, poèmes, et autres arts au service de la révolution. Lire notamment S. LEMOINE & S. OUARDI, Artivisme. Art, action politique et résistance culturelle, Paris, Éditions Alternatives, 2010.

[210] Celles portées dans les rassemblements. Nous pensons entre autres à Greta Thunberg, mais dans l’esprit de ce travail, également à toutes les autres combattantes citées dans cette analyse !

[211] En marquant beaucoup de réserve à assener des leçons, la Délégation zapatiste a obligé celleux qui l’accueillaient lors de son Voyage pour la Vie (Viaje por la Vida) à « se rencontrer » et à faire face aux difficultés de la lutte collective par elleux-mêmes, en fonction de leurs propres cultures, dans toutes leurs acceptions possibles (autant sociales que vivrières). Pour en savoir plus, aller sur le site du voyage zapatiste sur les 5 continents : https://viajezapatista.eu/es/ (consulté le 28/06/2022).

[212] Le fait que les Zapatist@s aient débarqué par la mer sous le nom de l’Escadron 421 ne nous semble pas ici anodin. « 421 » n’avait aucune portée ludique, les Zapatist@s ne sont pas des dés à jouer. Ces chiffres représentaient 4 femmes, 2 hommes et 1 « otroa » … C’est-à-dire une personne transgenre.