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Travailler dans la précarité: quel impact sur la santé des femmes?

Le néolibéralisme, depuis des décennies déjà, a renforcé les rapports de force des riches sur les pauvres, mais aussi des hommes sur les femmes, précarisant toujours plus le travail et les anciens mécanismes de solidarité. A la lunette du genre, nous verrons comment dans ce système inégalitaire, les femmes sont particulièrement impactées, notamment au niveau de leur santé physique et mentale. Nous envisagerons ici des pistes d’actions concrètes pour re-solidariser les travailleuses, afin que les femmes puissent dénoncer et se défendre de ces discriminations socioéconomiques.

 AWL Danaides

                                                                Aurélie William Levaux   Les Danaïdes

 

« La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. » 

— Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne (art. X)

 

   Introduction

 

Les C.I.S.P.[1] en Wallonie proposent des formations professionnelles à des personnes sans travail, peu diplômées ou éloignées de l’emploi. Le CVFE a créé pour les femmes en 1990 un tel service de formation et d’orientation professionnelle (S.O.F.F.T.)[2], en prenant en considération les difficultés spécifiques que les femmes rencontrent pour accéder au marché de l’emploi et en leur proposant de revoir leur situation personnelle et collective d’une autre manière, de façon plus globale et avec des « lunettes de genre ».

C’est à ce regard critique et « genré » que la présente étude entend contribuer. Aux origines de cette étude, il y eut une expérience menée dans le cadre de la formation à l’informatique « EXPLORE »[3] proposée à S.O.F.F.T. sous la houlette de Julien Fastré : lors d’ateliers consacrés à une analyse critique du fonctionnement de la vie sociale et économique, les dames en formation ont répondu à des questions qui leur étaient posées sur leur rapport à la santé dans le climat socioéconomique actuel.

Trois ateliers ont ainsi été animés par Julien, durant lesquels il a replacé le contexte économique et les connaissances actuelles sur le sujet sous forme d’un portefeuille d’articles à lire (liens statistiques entre précarité et santé, et entre les inégalités et la santé). Les participantes ont travaillé ensuite par petits groupes sur les liens entre précarité et santé. Elles ont présenté le résultat, puis ont témoigné, visiblement de façon très touchante.

Nous intégrerons dans notre étude les témoignages recueillis dans ces ateliers, afin de les articuler avec les perspectives thématiques qu’ouvre cette confrontation des termes « travail et précarité » et « santé ».

Le climat socioéconomique dans lequel le service S.O.F.F.T. développe son action est de plus en plus dur pour le public de ses formations, qui sont des femmes éloignées de l’emploi, des femmes rentrantes, des femmes peu qualifiées...

Pour échapper à ce qui s’avère un véritable « échafaud » socioéconomique et à ses répercussions désastreuses sur leur santé physique et mentale, les femmes ont à exprimer leurs revendications à tous les niveaux de représentation :

la présente étude entend donc éclairer et articuler des phénomènes économiques et sociaux qui portent atteinte à la santé des travailleur.se.s belges en général, et plus spécifiquement des femmes, pour des raisons dont nous tenterons d’expliquer ici les mécanismes afin d’offrir des pistes de réflexions et d’actions.

Pourquoi s’intéresser au Travail et à la Santé ? Parce qu’ils cristallisent et reflètent la nature des rapports entre les femmes, les hommes et leurs environnements. Les maladies peuvent dès lors être envisagées comme des symptômes des disfonctionnements de ces liens complexes, manifestant parfois des relations de pouvoir insupportables, notamment dans le domaine du travail salarié précarisé.

Nous rappellerons quelques éléments du contexte économique qui voit le capitalisme et son rejeton le néolibéralisme perpétuer un schéma patriarcal séculaire, au sein duquel le monde industriel et le secteur tertiaire deviennent souvent des machines à broyer les anciens mécanismes de solidarité : créant une méfiance du prochain, du/de la chômeur.se, du/de la migrant.e, culpabilisant les plus précarisé.e.s, menant à toujours plus de compétitivité, de harcèlement au travail et de techniques managériales oppressantes qui démolissent la santé, jusqu’à exclure les plus fragiles …

A un niveau plus étatique, nous verrons comment depuis 2004, avec notamment la mise en place de politiques d’activation des demandeurs d’emploi et tout un arsenal de nouvelles réformes et législations, on observe d’année en année un renforcement des restrictions administratives pour l’accès au chômage ou à d’autres facilités à l’emploi. « La crise de 2008 »[4], en particulier, a permis de légitimer des politiques d’austérité pénalisant principalement les femmes[5], dévoilant au passage la domination patriarcale latente sous l’architecture des rapports socioéconomiques.

A la lunette du genre, le but est donc de faire ici un zoom sur les violences économiques qui pénalisent principalement les travailleuses et sur la façon dont elles portent atteinte à leur santé mentale et à leur santé en général. Cette articulation est d’ailleurs une préoccupation globale, notamment mise en lumière par l’OMS[6].

Pour dépasser ces constats pessimistes, nous ouvrirons néanmoins la fin de cette étude vers quelques réflexions alternatives, certaines s’appuyant sur des actions concrètes déjà mises en œuvre, pour que les femmes puissent dénoncer et se défendre de ces discriminations socioéconomiques.

 (...)

Pour lire et télécharger la suite de notre étude

 

[1] C.I.S.P. : centres d’insertion socio-professionnelle, cfr Décret du 10 juillet 2013.

[2] S.O.F.F.T. : service d’orientation et de formation pour femmes à la recherche d’un travail

[3] La formation propose une exploration des métiers techniques de l’informatique. Voir la présentation de cette formation sur le site internet : www.sofft.be et l’étude 2008 du CVFE « Que sont-elles devenues ? » par R. BEGON.

[4] Nous mettons à dessein la crise entre guillemets pour souligner le « discours de la crise », à savoir que certaines firmes profitent d’un climat d’anxiété générale pour dégraisser sans raison parfois leurs investissements, leurs employés, pour délocaliser, … alors que dans le même temps les actionnaires empochent d’énormes boni…

[5] R. BEGON & E. DE DEKKER, « Les femmes et les mesures restrictives concernant le chômage: histoire de domination et perspective d’émancipation », Publications CVFE, Liège, décembre 2016.

[6] « La crise financière mondiale observée actuellement est la parfaite illustration d'un facteur macroéconomique qui entraîne des coupes dans les budgets alors que l'on aurait justement besoin de davantage de services sociaux et de services de santé mentale à cause de la recrudescence des troubles mentaux et des suicides et de l'émergence de nouveaux groupes vulnérables (par exemple les jeunes chômeurs). Dans de nombreuses sociétés, les troubles mentaux liés à la marginalisation, à l'appauvrissement, aux violences domestiques, aux maltraitances, au surmenage et au stress posent des problèmes de plus en plus grands, notamment pour la santé des femmes. » in « Plan d’action pour la Santé mentale 2013-2020 », Bibliothèque de l’OMS, 2013, p.7.

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