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#Gracias Luna… Adios Abdou ? Quand le féminisme se fait au détriment d’autres luttes

#Gracias Luna… Adios Abdou ?  Quand le féminisme se fait au détriment d’autres luttes

Gagner en visibilité, susciter une campagne de soutien sur les réseaux sociaux contre le cyber-harcèlement… et invisibiliser d’autres personnes vulnérables : une réussite pour le mouvement féministe ? Quelles leçons les féministes majoritaires peuvent-elles tirer de l’évincement d’Abdou ?

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"Le vieillissement dans le miroir des différences de genre" - Partie1. L'emprise médiatique : normes et assignations *

 

Dans cette analyse, la première d'une série consacrée au VIEILLISSEMENT ABORDÉ SOUS L’ANGLE DE LA DIFFÉRENCE DE GENREnous nous interrogeons sur l’influence qu’ont les MÉDIAS sur les différences genrées, sur les représentations qu’ils renvoient de la vieillesse en général, et comment de façon beaucoup plus pernicieuse ils évincent, voire invisibilisent les dames « vieillissant ». 

Nous réfléchissons également à la façon dont les féminismes peuvent subvertir ces mécanismes d’exclusion publique.

  Alexis Colby avec mention

INTRODUCTION

L’âgisme diffère-t-il selon le genre ?

« Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil… »[1]

Des croyances dominantes (« pour être une bonne mère, il faut que je me sacrifie pour mes enfants »), des imaginaires (comme celui de la vieille sorcière maléfique), des valeurs traversent la société (la jeunesse, l’utilitarisme[1]), notamment via les différents médias, et façonnent des catégories genrées à travers lesquelles les humain.e.s se pensent, se perçoivent, se jugent et agissent, donc vivent ensemble. Au sein de ces dernières sont assignés des rôles aux hommes et aux femmes. On observe dans ces interactions sociales qu’en général, les individus portent un regard négatif sur la vieillesse. Or ceux-ci ne sont pas sans conséquence sur la santé mentale : « Des enquêtes montrent que l’activation de stéréotypes négatifs génère chez les seniors une augmentation du stress, une diminution de leur estime, une moindre volonté de vivre. En 2006, la France a dénombré près de 3000 suicides parmi les plus de 65 ans, indique Jacqueline Trincaz dans un article paru en 20151 : “La perte des rôles sociaux, la perte des proches, la maladie physique et psychique, l’altération de l’identité, et peut-être surtout le regard que la société porte sur cet âge de la vie apparaissent comme autant de facteurs qui viennent se conjuguer pour expliquer un tel phénomène. »[2]

« L’âgisme » qui se cache derrière ce regard condescendant a été nommé et décrit par le psychiatre et gérontologue américain Robert N. Butler[3] comme « l’ensemble des attitudes, stéréotypes et pratiques discriminatoires envers les personnes catégorisées comme « vieilles » »[4] (aujourd’hui, cette notion regroupe toutes les discriminations fondées sur l’âge, y compris celles visant les « jeunes »).  Ces pratiques discriminatoires se traduisent par l'exclusion des plus âgé.e.s notamment sur le marché de l'emploi, une infantilisation, voire de la manipulation, des violences physiques (maltraitance, négligences, abus sexuels) et économiques.

Des autrices ont plus spécifiquement pointé que « les différences de genre et de classe éclairent aussi la façon dont s’organisent les relations fondées sur l’écart d’âge »[5] et pensé le lien entre vieillissement et féminité, telles que Juliette Rennes, Cécile Charlap, Rose-Marie Lagrave, Susan Sontag et d'autres que nous citerons au fil des pages...

Ce  mépris et/ou cette crainte de la société se fixe plus que de raison sur le vieillissement  physique des femmes. Celles-ci, plus que les hommes, subissent des injonctions totalement aliénantes. Plus largement, on peut dire que les femmes de tous âges sont soumises (directement ou non) à des injonctions de beauté, à un certain « male gaze »[6]. Cette hégémonie du regard masculin édicte ses propres critères de beauté et dessine des frontières entre les femmes qui sont encore « bonnes » ou pas, pour le dire très platement. Ainsi, les stéréotypes et les normes sont-elles notamment véhiculé.e.s par des médias, parmi lesquels le cinéma, la publicité et la télévision, l'internet largement dominé.e.s par le « male gaze ».

 

I) AU CROISEMENT DE L’ÂGISME ET DU SEXISME DANS LA FICTION AUDIOVISUELLE

« À partir de 50ans, les femmes développent un super-pouvoir, elles deviennent invisibles. Surtout à l'écran. »[7]

De nombreuses.eux auteur.e.s constatent que les hommes « d'âge mûr » sont plus valorisés que les femmes du même âge. En général, le cheveu blanc ne leur ôte pas les  pouvoirs social, économique, politique et symbolique, mais au contraire leur donne un nouveau laisser-passer aux postes supérieurs, y compris dans les médias de fiction. Dans ce milieu, les actrices parlent a contrario de leur « mise au rebut » des castings comme d’une discrimination...

En 2015, l'actrice Maggie Gyllenhaal[8] alors âgée de 37 ans, s'était vue refuser un rôle parce qu'elle était jugée trop vieille pour figurer la petite amie d'un homme de 55 ans.[9] Anne Hathaway[10] se plaignait à 31 ans de voir ses rôles se raréfier et Laura Dern[11] a été sélectionnée pour jouer la mère de Reese Witherspoon[12] qui n'est que de 9 ans sa cadette. En 2011, Meryl Streep confiait au magazine Vogue qu'elle croyait sa carrière finie à 40 ans, mais qu'elle s'était néanmoins vu confier la même année 3 rôles... tous de sorcière ! Amy Shumer, Tina Fey (Saturday Night Live[13]...), Patricia Arquette et Julia Louis-Dreyfus (Seinfeld...) ont mis en scène cet âgisme propre au milieu d'Hollywood dans un sketch intitulé The Last Fuckable Day[14] (ou Le dernier jour de baisabilité ). Par contre, l'âge avancé des acteurs semble un argument marketing et scénaristique en soi dans un des derniers Scorcese, The Irishman[15].

En France, le journal le Monde interpelle sur le fait que « le bilan est sans appel : l’âge d’or des comédiennes françaises, si du moins on considère comme unité le nombre de films tournés, se situe en moyenne entre 24 et 32 ans. C’est au fil de ces huit ans que les actrices jouent le plus grand nombre de rôles (en moyenne, elles tournent 1,5 film par an), avec un pic entre 27 et 32 ans. Puis entre 32 et 48 ans, le nombre moyen passe doucement à 1 par an, avant de passer sous la barre du film annuel entre 48 et 70 ans.»[16]  Toujours en France, où une femme majeure sur deux a plus de 50 ans selon l’INSEE, une commission a même été créée au sein de l’AFAA[17], nommée « Tunnel de la Comédienne de 50 ans ». Elle dénonce que « Les femmes constituent la plus grande proportion d’artistes-interprètes de 20 à 35 ans mais autour de 50 ans, ce sont les hommes qui sont majoritaires. Les comédiennes semblent disparaître après 45 ans pour réapparaître parfois et au compte-gouttes, vers 65 ans dans des rôles de grand-mères ! À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir : elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran ! »[18]. Et cette commission le fait sans complaisance ni narcissisme, car ces comédiennes sont conscientes que leur réalité professionnelle est aussi « le reflet de ce que vivent les femmes dans la société en général : même  plafond de verre[19], mêmes  inégalités sociales, salariales et même condescendance a priori pour ce qu’une femme crée, fait ou produit. Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil… »[20]

Cette sous-représentation des femmes vieillissant dans les médias est d'autant plus forte pour les femmes racisées[21] ou en dehors de l’hétéronormativité .[22]  Le cinéma (et les médias en général) ont le pouvoir de « normaliser l’ordre des choses » dans nos imaginaires, de façonner nos représentations du monde, et par-là, nos relations sociales. C'est pourquoi ces asymétries déjà citées dans la représentation des femmes et des hommes sont loin d’être une question innocente.

« Qui n’est pas représenté.e n’existe pas. Rendre visibles les femmes de plus de 50 ans dans les fictions est un enjeu de société. »[23] Questionner la représentation des femmes de plus 50 ans dans les médias, c’est forcément questionner les rapports de domination entre femmes et hommes de n'importe quel âge, car « ce sont les mêmes mécanismes sexistes à l’œuvre qui objectifient[24] les femmes jeunes et les font disparaître lorsqu’elles ont passé 50 ans…  Deux faces de la même médaille. Notre société évolue et ses représentations sont à la traîne. Il est urgent d’agir. Les fictions doivent nourrir différemment l’imaginaire collectif et ainsi, par effet de miroir, permettre de lutter contre la double peine : sexisme et âgisme. »[25]

Des initiatives et directives de l'UNESCO sont pourtant pensées pour mieux refléter la diversité à l’écran (ou en tout cas pour diminuer les abus). Selon ces directives, les industries médiatiques devraient « [élaborer] volontairement des codes de la diversité, pour garantir un engagement vis-à-vis de contenus et d’initiatives inclusifs et reflétant la diversité. [suivre] également un code de déontologie qui interdit tout contenu abusif ou discriminatoire du point de vue de l’origine ethnique, l’âge, le genre, les capacités physiques ou le statut matrimonial. »[26]   Nous pensons quant à nous, qu'il faudrait militer encore plus pour accentuer cette inclusivité, en gardant à l'esprit les dynamiques intersectionnelles de discriminations. Renforcer la visibilité de ces « femmes de 50 ans et plus », et plus largement la représentation du vieillissement, de « l'âge », d'autant plus que les démographes ne cessent de nous rappeler l'allongement de la durée de vie ! Notre société évolue et ses représentations semblent cruellement à la traîne.[27]

Asymétrie des âges dans les couples

On remarque aussi dans ces médias une asymétrie des âges dans les couples : il n’est pas rare, dans les fictions de voir des couples hétérosexuels où l’homme est plus âgé que sa compagne.

 Maïa Mazaurette note qu’« au générique des 250 films les plus regardés en 2019 aux Etats-Unis, 79 % des postes importants (au scénario, à la réalisation ou à la production) étaient occupés par des hommes. Faut-il vraiment s’étonner d’y trouver une surreprésentation d’histoires où des nymphettes se liquéfient de désir devant des protagonistes qui (au mieux) pourraient être leur père ? Ce n’est pas une question morale. Mais c’est une question politique»[28] « Politique » car, nous l’avons déjà écrit, les fictions « proposent des modèles qui influencent notre perception du monde et construisent notre inconscient collectif. » Dès lors, on observe que même dans la vie « réelle », « un système asymétrique se dessine, celui d’un marché matrimonial organisé en fonction des préférences des hommes de tous âges, et où la jeunesse des femmes est un déterminant essentiel de leur désirabilité. »[29]

L'âge des hommes ne semble pas être un sujet de risée lorsqu’ils se pavanent avec des compagnes beaucoup plus jeunes qu’eux. A l'inverse, une femme fréquentant un homme plus jeune se fera péjorativement traitée de « cougar »[30], ce qu'un journaliste des Inrockuptibles dénonce comme de l' « age-shaming »[31], dont sont notamment très largement victimes Brigitte Macron et des artistes telles que Demi Moore, Amanda Lear, Halle Berry, Courteney Cox[32], etc. De façon peu surprenante, il n'existe pas de terme équivalent pour désigner un homme fréquentant une femme plus jeune, sans doute parce que la plupart des gens considèrent que c'est quasi une norme.

Ce dénigrement des femmes âgées et cette glorification de la jeunesse ne sont pas propres à notre époque contemporaine.[33] Comme l'écrivent Rennes et Bozon, en France, : « le Code civil de 1804 [...] définit l’âge nubile à 15 ans pour les femmes et à 18 ans pour les hommes. Longtemps justifiée par les discours médicaux sur la puberté précoce des jeunes filles, cette différence légale a contribué à naturaliser durablement l’écart d’âge dans la formation des couples. Cette différence ne sera abolie que très tardivement, par une loi du 4 avril 2006 alignant l’âge légal du mariage des femmes sur celui des hommes. »[34]

En janvier 2019, le chroniqueur Yann Moix proclamait sur un plateau télé qu’« un corps de femme de 25 ans, c'est extraordinaire. Le corps d'une femme de 50 ans n'est pas extraordinaire du tout ».[35] On aurait pu fermer les écoutilles sur cette remarque dénuée d’intérêt de la part de cet avorton médiatique avide de buzz si elle n’était pas un exemple de plus du  déni de la désirabilité des femmes de plus de 50 ans. A quelques exceptions près évidemment, où leur pouvoir de séduction est alors jugé parfois malsain et transgressif, tel que dans le film Perfect Mothers[36] d'Anne Fontaine (les deux quinquagénaires, interprétées par Robin Wright et Naomi Watts, étant par ailleurs de très belles femmes, comme si le fait qu’elles continuent de correspondre aux critères dominants de beauté devait compenser leur âge à l’écran...). Dans la série Sex and the City, aucune des héroïnes n'a plus de 50 ans. Mais le fait qu'elles naviguent autour de la quarantaine est un mobile comique de la série.[37] Sans parler des personnages grotesques d'Absolutely Fabulous[38]... Ainsi les  femmes « vieillissantes » sont désexualisées dans les médias, parce que leur sexualité est largement invisibilisée, ou portée en dérision, ou leurs relations sont transposées au passé (du type « les enfants qui découvrent une passion d'antan cachée de leur mère défunte » comme dans Sur la Route de Madison[39]).

Il semble loin le temps où l'iconique Joan Collins (voir couverture) incendiait la télévision mondiale dans la série Dynastie, interprétant l'inénarrable Alexis Colby qui ne se refusait ni le pouvoir, ni les jeunes amants, face à un ancien mari réactionnaire et despotique.[40] 

 

II) LE "MAQUILLAGE DU GRAND ÂGE"

Quels modèles de femmes « vieillissantes » nous renvoient les médias publicitaires ?

Ce renvoi constant pour les femmes de tous âges à l’apparence physique et à la séduction ne date pas de notre époque. Mais il est particulièrement soutenu par les techniques de matraquage publicitaire.

Nous avons vu qu'à âge égal, hommes et femmes ne sont pas  mis.e.s au rancart de la même façon dans le domaine de la séduction. Celle-ci est un pouvoir fortement consacré par notre société occidentale, mais qui semble s'exercer différemment selon les genres. Les traits marqués peuvent encore être un trait de beauté chez les hommes. Au contraire, les femmes intériorisent très tôt que ces marques sont pour elles à effacer, qu'elles doivent rester « jeunes et jolies », plaire aux hommes et surtout faire des enfants... Mais par quels biais ?

Juliette Rennes rappelle qu’un préjugé tenace considère que les femmes vieilliraient plus mal ou plus vite que les hommes. Et il n’est évidemment nulle question de sénilité, de vieillissement intellectuel ici, mais bien d’apparence physique.[41] Elle explique que les femmes sont familiarisées de façon très précoce au fait qu'elles sont « des êtres dans le temps », rattachées à leur corps[42], qu’elles sont dès leur plus jeune âge sous la pression du physique parfait, particulièrement prôné par l'industrie cosmétique via la publicité. (Ainsi, les adolescentes qui ont par exemple recours au botox...[43]) Ces injonctions induites par les publicitaires se révèlent d'autant plus pernicieuses que ceux-ci prennent très souvent de jeunes mannequins pour simuler des dames plus âgées et que les photos sont régulièrement photoshopées.

Les injonctions de beauté modélisent les médias publicitaires et vice versa.

Cette insistance sur le physique des femmes a des impacts réels en termes de représentation de soi et de modèle de société : selon le Women's Media Center[44], le marché mondial des soins anti-âge féminins devrait atteindre 331,41 milliards de dollars d'ici 2021[45]. Qui peut feuilleter un magazine féminin sans voir d'innombrables publicités pour des marques de soins de la peau et des produits anti-âge proclamant qu'elles élimineront les rides, les taches brunes et autres « signes de vieillissement » ? Les produits cosmétiques et toutes les affabulations autour de leurs vertus « anti-âge » dénotent également de l'âgisme envers les femmes. Comme le note Rennes, il serait inconcevable pour beaucoup qu’« un produit pour se lisser les cheveux pour les femmes noires [s’appelle] « anti-race » »[46] ! Certains magazines ont néanmoins pris conscience du problème et décidé de supprimer de leur ligne éditoriale ces mentions péjoratives « anti-âge »[47], jugeant qu’elles renforcent la dépréciation du vieillissement.[48] Encore faut-il que ces magazines tiennent le coup financièrement face à la pression des annonceur·euses !

Ces expressions, injonctions publicitaires qui régissent les codes de beauté  créent chez beaucoup de femmes le sentiment de ne pas avoir leur place dans la société, de ne pas être désirées dans certains lieux (fêtes, manifestations ou cénacles…), parce qu’elles ne sont plus regardées, entendues, prises en compte comme lorsqu’elles avaient un âge jugé plus « séduisant ».

Mais interrogeons-nous aussi sur notre propre regard, notre langage commun. Lorsqu'une femme « d'âge mûr » est jugée jolie, coquette, élégante, combien de fois ne doit-elle pas s'entendre dire « Vous êtes bien conservée pour votre âge ! ». Ou ne dit-on pas dans son dos « Elle a de beaux restes ! », comme si on parlait d'un bout de viande... Ce genre d'expressions au formol en disent long sur le rejet de la vieillesse.

Dans le même ordre d'idée, on peut aussi s'interroger sur les injonctions familiales, les rôles sociaux à jouer pour être « accepté.e.s » : doit-on vraiment être une Mamie Gâteau et/ou, pourquoi pas, aussi encore une grande amoureuse[49] ?  Que nous tendent les médias publicitaires comme modèles de femmes « vieillissant » ? Uniquement des femmes qui tentent à prix d’or de camoufler leurs signes de vieillesse ? Uniquement des dames qui ont besoin d’un appareil auditif, d’une assurance obsèques, de produits contre l’arthrose… ? Uniquement des mamys gâteaux qui n’obtiennent de gratifications sociales qu’en devant prouver ad vitam leur « talents » domestiques de « bonnes mamans » (faire des confitures, des crêpes et des gâteaux…). Où trouve-t-on des images de femmes âgées « enviables », puissantes, qui militent, apportent leur savoir à la société, érigent une société meilleure ? Ou tout simplement vivent, ont apporté leur pierre à l’édifice social, fut-ce modestement ! Si on se réfère aux lois du marketing et de l’identification qui y est en jeu, « la personne âgée (…) ne présente pas un corps envié, propice au rêve et à la marchandisation. »[50] Au contraire, « la vieillesse est aujourd’hui devenue une propriété du monde biomédical, l’associant à la dépendance, la dépendance à la perte d’autonomie que la société médicale se doit de combattre. Cette vieillesse « inadaptée » demeure partagée entre le monde privé et le monde institutionnel et connaît, du fait d’un désengagement social (étatique par exemple), un va-et-vient entre les services de soins à domicile, différentes structures d’hébergement communautaires et l’hospitalisation, malgré une fin de trajectoire bien connue (l’hospitalisation et la mort). ». C’est sans doute cette perte d’autonomie qu’il faut interroger, car beaucoup de personnes dites « âgées » ne se reconnaissent pas dans cette « sénilité ».

Par ailleurs, les agents publicitaires doivent eux-mêmes dépasser une « difficulté » qui s’impose à eux : car la population vieillit, et c’est un marché juteux qui s’ouvre à eux, puisque la plupart des personnes âgées ont constitué tout au long de leur vie un capital intéressant et leur pouvoir d’achat (en moyenne !) surpasse de loin celui des autres générations. Néanmoins, aux yeux des publicitaires, « en termes marketing la personne âgée n’est pas un produit vendeur ».[51] Nous leur laisserons quant à nous le soin de résoudre leur problème de mauvais jugements[52], certaines que le véritable problème n’est pas là, mais bien dans la difficulté qu’a notre société à s’émanciper de ces injonctions constantes au jeunisme.

S’émanciper des diktats publicitaires

Évoquant les artifices, le travestissement, le « maquillage du grand âge » que certaines femmes vieillissantes choisissent par leur habillement jeune et/ou les cosmétiques, Rose-Marie Lagrave interroge  l'habitus d'autonomie et de liberté[53] vis-à-vis de leur recours qui concerne tous les âges et révèle des questionnements féministes. Elle se demande jusqu'à quel point ces « artifices » sont un signe de liberté ou de soumission au regard des autres, et rappelle avec nuance que cette frontière est floue : « c’est un jeu avec les codes de la jeunesse pour déjouer les assignations et les signes de la vieillesse, et c’est un signe de révolte contre le regard social dominant sur la vieillesse. Plus encore, le travestissement peut servir à faire signe de son désir, tout comme il peut n’être qu’un signe de plus pour se conformer au désir masculin. »[54]

Juliette Rennes qui se pose les mêmes questions concernant les artifices de séduction, nous tend deux positionnements de féministes âgées (aujourd'hui décédées) : celui de l'écrivaine Benoîte Groult[55] et la militante et créatrice de la Maison des Babayagas, et celui de Thérèse Clerc[56]. La première, se sentant peu à peu stigmatisée dans son milieu par les signes de l'âge, admit qu'elle avait eu recours à la chirurgie esthétique et cela n'était pas à ses yeux  « antiféministe ». C'était son choix, et elle l'assumait haut et clair. Groult souligne à nos yeux l'ambivalence du « vouloir-rester-jeune », et plus largement du « désir de séduire ». Car on pourrait aussi emboîter ce pas et « comprendre que le rester jeune peut signifier une certaine élégance et un respect vis-à-vis de soi et des autres, car organiser un faux-semblant c’est aussi tenter d’échapper au classement immédiat dans la catégorie des vieux dont il est attendu qu’ils se comportent à la façon des vieux. »[57] 

Thérèse Clerc, elle, milita jusqu'au bout, non pour sauvegarder une image de soi (forcément) personnelle, mais pour montrer  « une autre beauté » des femmes âgées, à proprement parler « politique » et « collective ». C'est-à-dire que Clerc « considérait la vieillesse comme un moment propice pour défier, à travers des événements concrets, l’organisation âgiste de la société et pour remettre en question ses oppositions binaires : activité/inactivité, performance/vulnérabilité, autonomie/dépendance. (...) [percevant] dans ce statut discrédité une position privilégiée pour questionner un certain nombre de normes sociales qui contraignent plus directement les adultes « dans la force de l’âge ». »[58] 

Ces questionnements ne concernent pas que les femmes âgées et ne sont pas triviaux : les femmes sont à tout âge renvoyées à leur corporéité, ce que résume merveilleusement Mona Chollet dans l'intitulé d'un sous-chapitre de Sorcières... : « Toujours déjà vieilles ». Ces représentations artistiques, médiatiques et culturelles sont heureusement aujourd'hui analysées et théorisées dans le champ des études féministes[59], car « les représentations de genre et de sexualité (symboliques, médiatiques, artistiques, ...) ont un impact sur le Réel. (…) se les réapproprier pour les déconstruire et en construire de nouvelles se confirme être un acte politique. »[60] C’est en cela qu’une représentation des femmes plus grande et plus nuancée dans tous les secteurs des médias est un objectif politique primordial à atteindre.

 

III) DES MODÈLES FÉMINISTES TRANSGRESSIFS

Dès lors, revendiquer d'autres représentations des femmes, dans toute leur diversité, et notamment des femmes vieillissantes, est une lutte que doivent notamment porter les féminismes ! Car l’indésirabilité, l'invisibilité, n’ont pas seulement des impacts sur la sexualité ou le couple, mais également sur les espaces de pouvoirs, de débats, de manifestations. Des témoignages entendus notamment dans le podcast Vieilles, et alors ? ou en général autour de nous, laissent entendre que les femmes semblent intérioriser ce sentiment d’« indésirabilité »[61], d’inadéquation, de rejet. Face à cela, réaffirmer son pouvoir physique, sa parole, sa militance est une forme d’empowerment, de reprise de pouvoir sur le modèle patriarcal.[62]

Car, bien que leur corps vieillisse, certaines femmes ne désirent pas être assignées, déterminées négativement par leur âge et leur apparence physique.  Mettre en avant dans les médias des figures féministes et/ou féminines alternatives à ces stéréotypes nous semblent une bonne façon d'interroger cette mésestime de soi des femmes « vieillissant » et d’encourager chez celles-ci d’autres représentations de soi.

Thérèse Clerc

Une féministe hors du commun apparaît ainsi dans le film merveilleux L’Art de vieillir[63] de Jean-Luc Raynaud. Partant du désir d'exorciser l'image de ses parents vieillissant dans la douleur sous l'emprise de la maladie, l'auteur nous tend entre autres des histoires d'amour entre personnes âgées... Thérèse Clerc[64], qui a fait de sa vie un combat féministe et a notamment créé la Maison des Babayagas[65], fait partie de cette lumineuse galerie et voit dans la représentation de ces corps vieillissant mais heureux « la continuité avec le mouvement des femmes (...), car il est question de corps : de corps qui devient défaillant, et qu’on aide à devenir défaillant, c’est bien ça le pire ». Le film traite aussi avec pudeur et malice des relations sexuelles qu'entretient encore chacun.e des protagonistes [66] [67]

 Artistes féministes et female gaze

 La réappropriation des récits et ou des représentations de femmes « mûres » sur leurs vies, leurs identités et sentiments sexuels, maternels, physique, amoureux, militants, quels qu'iels soient, est également un geste important : en témoignent les œuvres d'Agnès Varda, d'Annie Ernaux, de Joey Soloway (artiste « non-binaire »[68] qui, iel, dépeint la métamorphose de Morton, professeur à la retraite qui devient Maura dans la série Transparent[69] et les répercussions érotico-existentielles de celle-ci sur la vie de ses enfants). Il est bon de noter que le monde des séries a fait un pas en avant dans cette plus large représentativité des femmes en général, mais aussi de celles « dans la fleur de l’âge ». En témoignent des séries telles que Mum[70], Grace and Frankie[71], I love Dick[72], Better Things[73], Big little lies[74] ou encore Unbelievable[75], qui toutes montrent des héroïnes « d’âge mûr » aux prises avec leurs désirs, leurs vies sentimentale, familiale et professionnelle.[76]

D’autres modèles médiatiques grâce à Jane Fonda & Gloria Steinem

Jane Fonda, outre pour sa carrière cinématographique, est aussi connue pour ses engagements politiques pacifistes[77]. Avec Gloria Steinem, chantre du Mouvement de Libération des Femmes aux Etats-Unis[78], elle cofonde en 2005 le Women's Media Center qui « veille à ce que les femmes soient représentées de manière puissante et visible dans les médias » et « à diversifier le contenu et les sources des médias, afin que les récits et les perspectives des femmes et des filles soient mieux représentés »[79]  Martha Lauzen a étudié l’emploi des femmes dans le cinéma américain (qui est encore le plus diffusé au monde et donc le plus influent[80]), et observe que depuis les débuts du cinéma, le nombre de femmes aux postes importants (scénaristes, directrices photo, monteuses, réalisatrices, productrices,…) de cette grande industrie n’a cessé de chuter jusqu’en 2010[81]. Selon elle, « Les films [étant] les architectes de notre culture, [celle-ci] est appauvrie par ce manque de diversité. »[82]

Cette diversité est par ailleurs prônée par certaines agences de mannequinat et de publicité, telles que l’Agence Silver[83], dont le slogan est que « la beauté n’a pas d’âge ». Elle expose en ligne des portraits de mannequins ayant « plus de 40 ans ». Nous pensons quant à nous qu’il est intéressant effectivement que tous les âges de la vie soient présents dans les médias, mais qu’il est dommage que le critère d’éligibilité soit encore et toujours la beauté physique. A ce titre, la série anglaise Mum citée plus haut - qui mise plus sur la personnalité douce et empathique de son héroïne qui côtoie une galerie de personnages plus touchants et drôles les uns que les autres, par leur maladresse, grossièreté, voire méchanceté - aborde avec humour et finesse les tâtonnements amoureux d’une sexagénaire veuve depuis peu.

 

 

CONCLUSION    

« Ré-enchanter la vieillesse »

Au travers du prisme des médias, nous voyons que les questions touchant aux corps des femmes, quel que soit leur âge, exhument des rapports de domination à déminer. Se réapproprier les images de leur corps et de leurs désirs, que ce soit en affirmant une beauté (pas forcément physique), un désir, une vitalité toujours-bien-là, ou au contraire que ce soit en se retirant de toute sphère érotique, ou de toute séduction si l'envie n'y est plus, est une forme d'empowerment que doivent soutenir les mouvements féministes. Pour les femmes qui nous précèdent et pour celles que nous serons, car c'est ensemble que nous pourrons construire une société plus juste, équitable, des vies et fins de vies dignes pour tou.te.s.

Au niveau des médias, les questionnements féministes devraient oeuvrer à l’émancipation pour tou.te.s des diktats des papiers glacés, des apparences (jeunesse, beauté et minceur), des tabous (« on n’aime pas se représenter les parents faisant l’amour », on n'aime pas non plus qu'une maman veuve se remette avec « quelqu'un d'autre » et « les femmes doivent se sacrifier pour leurs enfants », etc.), des stéréotypes (oui, les femmes peuvent avoir une sexualité après la ménopause  si elles le désirent ; et oui, d'autres perdent leur libido et n'en ressentent aucune gène). C'est une lutte d'une grande urgence qui doit être portée par les milieux médiatiques ET féministes  (pensons à l’exemple belge des  Grenades, qui relatent notamment le tollé médiatique provoqué par les propos sexistes d'un Fabien Lecœuvre[84]. Exemple parmi d'autres de toutes les injures autorisées aujourd'hui par une soi-disant « liberté d'expression »), et pourquoi pas des ateliers d'éducation permanente, tels que ceux que nous menons dans notre Collectif.

Une approche féministe de tous les schémas imposés aux femmes, y compris ici âgées suppose une insoumission, notamment au travers de la remise en question des déterminismes imposés par la société et les médias. Puisque c'est tout au long de notre vie que nous vieillissons, c'est tout au long de notre vie que nous pouvons apprendre à déconstruire ces assignations.                                        

                                                    *

   pour télécharger l'analyse    

 

Pour citer cet article >>>  C. PAHAUT, Partie1. L'emprise médiatique : normes et assignations, in Dossier - Le vieillissement dans le miroir de la différence de genre, Publications CVFE, juillet 2021.


notes de bas de pages

[1] Selon Alain Caillé, l’utilitarisme peut être défini comme une vision où « l'action des hommes s'explique nécessairement et exclusivement par l'intérêt, qu'il soit d'ordre économique, sexuel, de conservation, de pouvoir ou de prestige. » ; in Toupliographie de A. CAILLÉ, Théorie anti-utilitariste de l'action : Fragments d'une sociologie générale, Paris, La Découverte, 2009. Disponible sur : https://www.toupie.org/Bibliographie/fiche.php?idbib=827 (consulté le 24/06/2021).

[2] Dossier de P. JANSSENS, « Avec l’âge, on vieillit », Le Quinzième Jour, ULg, 13/01/2021. Disponible sur https://www.lqj.uliege.be/cms/c_13163367/fr/avec-l-age-on-vieillit (consulté le 24/06/2021).

[3] Butler obligea le public à s'interroger sur le vieillissement grâce à l'ouvrage Why Survive ? Being Old in America, (Harper & Row, 1975), dans lequel il promeut les politiques publiques destinées à venir en aide aux personnes âgées et à encourager les études gériatriques, qui étaient alors traditionnellement marginalisées dans les facultés de médecine.

[4] Butler cité par J. RENNES (sous la dir. De), in Encyclopédie critique du genre, Paris, Ed. La Découverte, 2016, p.48.

[5] J. RENNES (sous la dir. De), in Encyclopédie critique du genre, ibidem, p.42.

[6] Le « male gaze », concept filmique utilisé par Laura Mulvey, théoricienne féministe du cinéma, désigne, dans le domaine des représentations notamment médiatiques, la propension à favoriser le point de vue masculin. Dans ces dispositifs, les femmes, la représentation de leurs corps, de leurs désirs sont souvent objectifiées. Et les spectatrices soumises à s'identifier à ce point de vue masculin dominant. Le « female gaze » pourrait être ainsi défini comme une réappropriation de l'image des femmes par elles-mêmes. Voir par exemple C. PAHAUT, Les nouveaux dessous du Porno féministe à l’ère numérique. 2019, Jubilé érotique, Collectif contre les violences conjugales et l’exclusion (CVFE asbl), octobre 2019. Disponible sur : https://www.cvfe.be/images/blog/analyses-etudes/Etudes/EP2019-Etude_2019_Jubile_erotique-CPahaut.pdf (consulté le 24/06/2021)

[7] AFP, « Les femmes, ces “invisibles” du grand écran », in Challenges, 8 mars 2017. Disponible sur https://www.challenges.fr/cinema/les-femmes-ces-invisibles-du-grand-ecran-selon-un-collectif-feministe_554651   (consulté le 24/06/2021).

[8] Actrice américaine qui a joué notamment dans Donnie Darko (2001), Le sourire de Mona Lisa (2003), ...

[9] Cet exemple est cité par M. CHOLLET, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, Ed. La Découverte/Zones, 2018, p.140.

[10] Alice au Pays des Merveilles (2010), Ocean's 8 (2018), Dark Waters (2019), ...

[11] Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990), Jurassik Park (2001), ...

[12] Un été en Louisiane (1991), La revanche d'une blonde (2001), ...

[13] Saturday Night Live est une émission de divertissement à sketchs hebdomadaire américaine créée par Lorne Michaels. Elle est diffusée le samedi soir depuis 1975 sur NBC sous le titre original de NBC's Saturday Night. Source Wikipédia disponible sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Saturday_Night_Live (consulté le 24/06/2021).
[14] La vidéo The last fuckable day est extraite d’Inside Amy Schumer, l’émission de l'humoriste-auteure-comédienne du même nom. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=XPpsI8mWKmg (consulté le 24/06/2021).

[15] The Irishman, de M. Scorcese, Etats-Unis, 2019. Ce film ressemble à une élégie de ses héros, Al Pacino, Joe Pesci, Robert De Niro, ayant tous dépassé la barre des 77 ans, et tous marqué l'histoire du cinéma américain depuis les années 60/70.

[16] P. BRETEAU, M. FERRER, « L’apogée de la carrière d’une actrice française dure en moyenne huit ans, contre vingt-huit pour les acteurs », in le Monde, 19 mai 2018. Disponible sur https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/19/l-apogee-de-la-carriere-d-une-actrice-francaise-dure-en-moyenne-huit-ans-contre-vingt-huit-pour-les-acteurs_5301525_4355770.html (consulté le 24/06/2021).

[17] Actrices et Acteurs de France Associé.e.s (c’est nous qui transcrivons l’acronyme en écriture inclusive !)

[18] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares », in le site de l'AFAA, 12 mai 2016. Disponible sur https://aafa-asso.info/le-tunnel-de-comedienne-de-50-ans/ (consulté le 24/06/2021).

[19] « La notion de « plafond de verre » renvoie au fait que les femmes peuvent progresser dans la hiérarchie de l’entreprise mais seulement jusqu’à un certain niveau. Résultat : elles sont en grande partie absentes du sommet de la hiérarchie. À noter que les femmes se heurtent au plafond de verre aussi bien dans le secteur privé que dans la fonction publique mais également dans bien d’autres domaines : syndicats, fédérations patronales, ONG, autorités académiques, partis politiques, etc. », in lexique de l’Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Disponible sur : https://igvm-iefh.belgium.be/fr/activites/emploi/plafond_de_verre (consulté le 15/06/21). 

[20] In M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[21] Sur ce sujet, nous vous guidons vers H. HUSQUINET & E. NSUNDA, Un écho à la voix des femmes afrodescendantes. Entretien sur l’afroféminisme, Publications du CVFE, juillet 2018. Et pourquoi pas vers l'article de L. REEB, « Les femmes et les personnes racisées toujours sous-représentées dans les séries selon une étude américaine », in le site Allociné, 4 décembre 2020. Disponible sur https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18695132.html (consulté le 24/06/2021).

[22] « A savoir la promotion de l’hétérosexualité comme modèle normatif de référence en matière de comportements sexuels », in Genres Pluriels, « Trans identités Genres pluriel·le·s », 2019.

[23] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[24] Dans le sens où elles sont considérées, manipulées, regardées comme des femmes-objets.

[25] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[26] Page « Media Information Literacy for Teachers » de l'UNAOC, in « Module 3 : la représentation dans les médias et l’information. », ibidem.

[27] A contrario, nous remarquons que les dessins-animés incluent beaucoup plus aujourd'hui de personnes racisées, aux identités de genre fluides, tels que She-Ra et les Princesses au pouvoir (2018-2020), Harley Quinn (USA, 2019), ou encore Kipo et l’âge des animonstres (USA, 2020).

[28] M. MAZAURETTE, « Au lit, les hommes aussi font leur âge », in Le Monde en ligne, 2/01/2021.

[29] M. ARBOGAST, « Plus de leur âge ? La sexualité des femmes de 50 ans dans les séries TV au début du XXIe siècle », in Clio. Femmes, Genre, Histoire, n°42, 2015, pp.165-179.

[30] Citation de la linguiste Lucie Barque in C. BOUTIN, « Les hommes sont-ils eux aussi victimes d'age-shaming ? », Les Inrockuptibles en ligne, 17 juin 2017. Disponible sur : https://www.lesinrocks.com/2017/06/17/actualite/actualite/les-hommes-sont-ils-eux-aussi-victimes-dage-shaming/ (consulté le 24/06/2021).

[31] C. BOUTIN, « Les hommes sont-ils aussi victimes d'age-shaming ?», idem.

[32] Références trouvées in N. DOBREMEZ, « Ces actrices cougars en couple avec des petits jeunes », in Linternaute,  14/04/16. Disponible sur : https://www.linternaute.com/cinema/star-cinema/1294030-ces-actrices-cougars-en-couple-avec-des-petits-jeunes/ (consulté le 24/06/2021).

[33] Pour aller plus loin, lire B. WAGNER-HASEL, « Vieillesse, savoir et genre. Réflexions sur les discours consacrés à la vieillesse dans l'Antiquité », in Genre, sexualité & société [Online], 6 | Automne 2011. Disponible sur http://journals.openedition.org/gss/2222 (consulté le 24/06/2021).

[34] M. BOZON et J. RENNES, « Histoire des normes sexuelles : l’emprise de l’âge et du genre », in Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 42|2015, 5 février 2016, pp. 9-10. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-clio-femmes-genre-histoire-2015-2-page-7.htm (consulté le 24/06/2021).

[35] Yann Moix était revenu sur le plateau de « On n'est pas couché », émission présentée par Laurent Ruquier sur France2, sur la polémique suite à une interview parue dans Marie Claire et dans laquelle il avouait ne sortir qu'avec des femmes jeunes et asiatiques.

[36] Perfect Mothers, d’A. Fontaine (France, 2013).

[37] La série fut aussi critiquée parce qu'elle n'était pas très représentative de la diversité culturelle et que Carrie Bradshaw, l'héroïne principale, perpétuait selon certain.e.s un schéma très patriarcal, où la femme ne peut « se réaliser » qu'en rencontrant le « prince charmant »... Néanmoins, Iris Brey, réalisatrice, spécialiste des représentations de genre et des sexualités au cinéma et dans les séries télévisées, parle des personnages féminins de Sex and the City comme d’un bel exemple de solidarité, de « sororité » féminine. De personnages qui, par ailleurs, dénotaient dans les années 90, car elles parlaient très librement de sexe dans une série, et notamment de sextoys, ce qui visiblement désinhiba à l’époque le regard que les femmes portaient sur ces accessoires, mais ouvrit aussi la voie à d'autres séries contemporaines, telles que Girls, etc. Cfr aussi l'ouvrage : I. BREY, Sex and the series, Paris, Ed. de l’Olivier, 2018.

[38] « Absolutely Fabulous est une série TV britannique créée par Jennifer Saunders et Dawn French et diffusée à partir de 1992 sur la chaîne BBC2. » Source Wikipédia disponible sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Absolutely_Fabulous (consulté le 24/06/21)

[39] Sur la Route de Madison, de C. Eastwood (Etats-Unis, 1995).

[40] Nous reconnaissons néanmoins l’effort de certains sites de vidéos et séries à la demande qui proposent des scénarii avec de nouvelles sortes d’héroïnes, telles que Transparent, Unbelievable, I love Dick, Grace and Frankie, Big little lies, etc. qui font la part belle à des héroïnes « plus si jeunes ».

[41] Rennes cite à ce propos une étude qui, via les témoignages de personnes transgenres52, observe que des hommes trans (hommes assignés femmes à la naissance) se voient rajeunir dans le regard que l'on porte sur eux, alors qu'ils ont exactement les mêmes rides, et qu'à l'inverse les femmes trans se voient vieillir plus vite, la société étant beaucoup plus intransigeante à leur égard. Etude citée dans le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ? », Un podcast à soi, N°14, janvier 2019. Disponible sur https://www.arteradio.com/son/61660809/vieilles_et_alors_14 (consulté le 24/06/2021). Cependant, Rennes cite une étude qui dénombre plus de suicides chez les hommes vieillissant (5 fois plus que les femmes) pour expliquer que les hommes sont moins enjoints de se penser dans leur corporéité et supportent dès lors beaucoup plus mal le vieillissement, comme s'ils n'y étaient pas préparés (ce n'est sans doute pas évidemment la seule raison à ces suicides plus nombreux, mais là n'est plus notre propos).

[42] Intervention de Juliette Rennes in le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ? », idem.

[43] « Selon la Société américaine des chirurgiens plasticiens, 12 000 injections de toxine botulique ont été pratiquées sur des adolescents âgés de 13 à 19 ans, certains subissant même plusieurs doses. », in A. GARRIC, « Ces adolescents qui se font injecter du Botox », in le Monde, 13 août 2010.

[44] Organisation créée par Jane Fonda et Gloria Steinem qui milite pour une plus grande représentation des femmes dans les médias.

[45] Le WMC se réfère à une recherche réalisée par Orbis Research, un institut américain réalisant des études de marché et des prévisions.

[46] Intervention de Juliette Rennes in le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ?, ibidem.

[47] « Que nous en ayons conscience ou pas nous renforçons subtilement le message que le vieillissement est une condition que nous devons combattre » écrit la rédactrice en cheffe Michelle LEE in « Allure Magazine Will No Longer Use the Term "Anti-Aging"», in Allure magazine, 14 août 2017. Disponible sur https://www.allure.com/story/allure-magazine-phasing-out-the-word-anti-aging (consulté le 24/06/2021).

[48] Lire notamment A. KUCINSKAS, « Bras, décolleté : le sexisme dans les magazines féminins est-il une fatalité ? », in L'Express, 21 juin 2017. Disponible sur https://www.lexpress.fr/actualite/medias/bras-et-decollete-le-sexisme-dans-les-magazines-feminins-une-fatalite_1908713.html (consulté le 24/06/2021).

[49] À l'instar du personnage pétulant de Poupette, incarné par Denise Grey dans La Boum 1&2 de Claude Pinoteau (France, 1980 et 1982) ou de la mère de Victor dans La Crise de Coline Serreau (France, 1992) interprétée par Maria Pacôme ! Ou de l'écrivaine Annie Ernaux écrivant à 51 ans Passion simple, récit de son désir obsessionnel lorsqu'elle attend son amant « A. », un homme marié. In A. ERNAUX, « Passion simple » (1991), in Ecrire la vie, Paris, Quarto Gallimard, 2011, pp.659-687.

[50] P. LEGROS, « Le corps de la vieillesse dans la publicité et le marketing », in M@gm>@, volume 7, n° 3, septembre-décembre 2009. Disponible sur http://www.magma.analisiqualitativa.com/0703/articolo_05.htm (consulté le 19/07/2021).  

[51] Idem.

[52] L’article de P. LEGROS donne quelques pistes tout en démontrant que le corps « réellement » vieux n’est jamais montré tel quel, que les publicitaires usent de subterfuges pour que jamais la.le consommateurice ne doive s’identifier à la vieillesse… Idem.

[53] En sociologie, l'habitus est « la manière d'être, l'ensemble des habitudes ou des comportements acquis par un individu, un groupe d'individus ou un groupe social » Ici, ce que suggère la sociologue Lagrave, c'est que « l’antidote de la vieillesse, [serait] la possession d’une capacité d’autonomie et de liberté devenue habitus. » Acquérir cette autonomie, cette capacité à s'émanciper du regard des autres, cette « liberté à être soi telle qu'on est » est à nos yeux un combat féministe.

[54] Lagrave Rose-Marie, « Ré-enchanter la vieillesse », Mouvements, 2009/3 (n° 59), p. 113-122. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-mouvements-2009-3-page-113.htm (consulté le 17/06/21)

[55] Journaliste, écrivaine et féministe Pour (re)découvrir Benoîte Groult, écouter le podcast réalisé à l'occasion de sa disparition par H. COMBIS et S. LOPOUKHINE, « Benoîte Groult, ainsi fut-elle », in France Culture en ligne, 21 juin 2016. Disponible sur https://www.franceculture.fr/litterature/benoite-groult-ainsi-fut-elle (consulté le 24/06/2021).   

[56] Pour un portrait de Thérèse Clerc et de sa Maison des Babayagas, lire D. MICHELLE-CHICH, Thérèse Clerc. Antigone aux cheveux blancs, Paris, Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

[57] Idem.

[58]  J. RENNES, « Vieillir au féminin. Une question politique longtemps ignorée », in Le Monde diplomatique, décembre 2016, p.16. Disponible sur https://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/RENNES/56899 (consulté le 24/06/2021). Nous envisagerons comment ces remises en question se réalisent concrètement dans la 2ème analyse de ce dossier sur « le Vieillissement dans le miroir des différences de genre ».

[59] Ce que sous-tendent les Actes du colloque « Féminismes, sexualités, libertés », tenu à l’ACFAS (association francophone pour le savoir) de l’UQAM, Québec, en mai 2016.

[60] Cfr C.PAHAUT, Les nouveaux dessous du porno féministe à l’ère numérique. 2019, Jubilé érotique, Publications du CVFE, octobre 2019, p.39. Disponible sur https://www.cvfe.be/images/blog/analyses-etudes/Etudes/EP-2019-Etude_1-Nouveaux_dessous_du_Porno_fministe_2019_Jubile_erotique-CP.pdf (consulté le 24/06/2021).

[61] Sophie Heine parle quant à elle de « précarité esthétique » : « Les critères esthétiques féminins auraient un fort impact psychologique sur l’estime de soi : la beauté étant une qualité attribuée par le regard extérieur, essentiellement masculin, elle peut toujours être donnée ou retirée, créant un sentiment de précarité et d’insécurité constant. La conscience que cette beauté incertaine diminuera avec l’âge empêcherait également de se projeter dans l’avenir. Ce mythe aurait aussi pour effet de diviser les femmes, qui tendraient à se percevoir comme des rivales plutôt que des alliées. En outre, ne s’appliquant avec une telle vigueur qu’aux femmes, il leur donnerait le sentiment de valoir moins que les hommes, les dissuadant de se révolter contre leur infériorité économique. », in S. HEINE, « Apparence physique : les femmes sont toujours perdantes», revue en ligne POLITIQUE, 21 octobre 2011. Disponible sur https://www.revuepolitique.be/apparence-physique-les-femmes-sont-toujours-perdantes/ (consulté le 24/06/2021).

[62] Comme le revendique notamment Catherine Grangeard, psychanalyste spécialisée dans l’accompagnement des personnes en surpoids. C. GRANGEARD, Il n’y a pas d’âge pour jouir, Paris, Éditions Larousse, 2020.

[63] L’Art de vieillir de Jean-Luc Raynaud (Canada, 2006). Disponible sur https://vimeo.com/254463268 (consulté le 24/06/2021).

[64] Une des créatrices de la Maison des Babayagas de Montreuil, dont la biographe Danielle Michelle-Chich fait le portrait in Thérèse Clerc. Antigone aux cheveux blancs, ibidem.

[65] Nous traiterons de cette option « subversive » de l'habitat collectif dans une prochaine analyse de ce dossier sur « le vieillissement dans le miroir des différences de genre ». Nous nous y consacrerons plus spécifiquement aux problèmes d'isolement socioéconomique et de santé physique et mentale qu'engendrent ces inégalités de genre, et sur les moyens de les dépasser.

[66] Thérèse Clerc, toujours, en parle non sans malice comme d' « histoires nobles de cul... » et dit à propos du film : « Nous l’avons diffusé la semaine dernière à des jeunes du lycée : ils sont restés comme assommés. Je leur ai dit : « Écoutez les enfants, cela vous dérange à ce point ? » Il faut croire, on n’a rien pu en tirer. En revanche les vieux sont assez contents… », in C. ACHIN et J. RENNES, ibidem, p.141.

[67] Camille Grangeard s'interroge sur cette gêne qui cache bien des préjugés sur le désir des personnes dites « âgées » : comme si les femmes n'avaient plus de désir, qu'elles n'avaient plus assez de cyprine pour « mouiller », comme l'écrit la psychanalyste, alors que ce désir est peut-être aussi tari par la routine... Ce qui est dommageable, c’est que les femmes concernées intériorisent souvent hélas ces risées que nous avons largement évoquées et s'interdisent de nouvelles relations et/ou pratiques qui pourraient réveiller ce « désir encore là », même si elles ne sont « plus cotées à l'argus » ... Grangeard explique également cette gêne, ce déni par le fait que cette position des femmes ménopausées pouvant enfin s'offrir un « désir sans entrave » est normalement l'apanage de l'homme... Quant aux jeunes femmes, « [elles] n’ont pas toujours l’envie (ou l’énergie) de se projeter dans une « obsolescence programmée » dont l’échéance s’ajoute à bien d’autres vexations âgistes (catherinette à 25 ans, supposément désespérée à 30 ans, flippée par la maternité à 35 ans, etc.). », citations de Camille Grangeard in M. MAZAURETTE, « La révolte sexuelle des femmes matures est en marche », in Le Monde, octobre 2020. Disponible sur http://libriealtrecuriosita.over-blog.com/2020/10/et-les-femmes-de-plus-de-50-ans-on-en-parle.html (consulté le 24/06/2021). Nous reviendrons sur les conséquences de ces tabous et préjugés dans notre prochaine analyse sur le vieillissement.

[68] « Les identités de genre se déclinent non pas selon une articulation binaire femme-féminin ou homme-masculin, mais sur un continuum le long duquel les personnes sont libres d’évoluer à tout moment, en fonction de leur point de confort. » [C’est-à-dire de « l’ensemble des caractéristiques mentales, comportementales, vestimentaires ou corporelles qui favorisent le sentiment de bien-être par rapport à son identité de genre » ; ibidem, p.19] « L’identité de genre ne revient pas à « choisir son camp » ! Certaines personnes se définissent ainsi comme bigenres, de genre fluide ou de genre non binaire, s’appropriant, ignorant ou déconstruisant à leur gré les rôles sociaux ou les expressions habituellement associées à l’un ou l’autre genre binaire. » in Genres Pluriels, « Trans identités Genres pluriel·le·s », 2019, p.10.

[69] Série dramatique américaine réalisée et produite par Jill/Joey Soloway, de 2014 à 2019 sur la chaîne Amazon Video.

[70] Sitcom britannique réalisée par Stefan Golaszewski centrée sur Cathy, une femme de 59 ans qui vient de perdre son mari, et sa famille, quelque peu envahissante (GB, 2016-2019).

[71] Série télévisée américaine créée par Marta Kauffman et Howard J. Morris (USA, 2015-2020).

[72] Série américaine créée par Sarah Gubbins & Jill/Joey Soloway

[73] Série américaine créée par Pamela Adlon et Louis C.K. (USA, 2016-2020).

[74] Série américaine créée par David E. Kelley (USA, 2017-2019).

[75] Mini-série américaine créée par Michael Chabon, Susannah Grant et Ayelet Waldman (USA, 2019).

[76] Remarque : ces artistes et œuvres cité.e.s ne constituent évidemment pas une liste exhaustive, ni ne reflètent une sélection que nous préférerions à d’autres.

[77] Contre la guerre du Vietnam et en Irak, en faveur des droits civiques, soutiens aux Amérindiens et aux Black Panthers, climatiques et féministes.

[78]Mais aussi journaliste, écrivaine, éditrice et actrice.

[79] Cfr site du Women’s Media Center. Le WMC fut plus exactement cofondé par Fonda, Steinem et Robin Morgan, théoricienne du féminisme et journaliste américaine. Disponible sur https://womensmediacenter.com/  (consulté le 24/06/2021).

[80] Cfr R. STACY, « La diffusion de la puissance : l’influence du cinéma américain », in Billet International, 11 avril 2020. Disponible sur https://billetinternational.wordpress.com/2020/04/11/la-diffusion-de-la-puissance-linfluence-du-cinema-americain/ (consulté le 24/06/2021).

[81] Citation de Lauzen dans l’article de C. MULARD, « A Hollywood, il est difficile d'exister si on est une femme », in Le Monde [en ligne], 1 avril 2011. Disponible sur https://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/04/01/a-hollywood-il-est-difficile-d-exister-si-on-est-une-femme_1501801_3476.html (consulté le 24/06/2021).

[82] Idem.

[83] Agence Silver en ligne. Disponible sur https://www.agencesilver.com/agency (consulté le 24/06/2021).

[84] In chronique de D. Salomonowicz, « La chanteuse Hoshi insultée : "2 pas en avant, 3 pas en arrière" », sur le site de la RTBF Info, 13 avril 2021. L'article décrypte comment Fabien Lecœuvre, chroniqueur de musique français, a dernièrement déchaîné les foudres des internautes en critiquant sur les ondes le physique de la jeune chanteuse Hoshi. Pour ces mêmes (mé)faits, il a été suspendu provisoirement de ses fonctions sur Europe1, preuves qu'on peut faire bouger les choses, mêmes dans les médias !

 

 

     

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Dossier: "Le vieillissement dans le miroir des différences de genre" Partie1. L'emprise médiatique : normes et assignations

Dossier:

 

Dans cetteanalyse, la première d'une série consacréeau VIEILLISSEMENT ABORDÉ SOUS L’ANGLE DE LA DIFFÉRENCE DE GENREnous nous interrogeons sur l’influence qu’ont les MÉDIAS sur les différences genrées, sur les représentations qu’ils renvoient de la vieillesse en général, et comment de façon beaucoup plus pernicieuse ils évincent, voire invisibilisent les dames « vieillissant ». 

Nous réfléchissons également à la façon dont les féminismes peuvent subvertir ces mécanismes d’exclusion publique.

 

  Alexis Colby avec mention

INTRODUCTION

L’âgisme diffère-t-il selon le genre ?

« Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil… »[1]

Des croyances dominantes (« pour être une bonne mère, il faut que je me sacrifie pour mes enfants »), des imaginaires (comme celui de la vieille sorcière maléfique), des valeurs traversent la société (la jeunesse, l’utilitarisme[1]), notamment via les différents médias, et façonnent des catégories genrées à travers lesquelles les humain.e.s se pensent, se perçoivent, se jugent et agissent, donc vivent ensemble. Au sein de ces dernières sont assignés des rôles aux hommes et aux femmes. On observe dans ces interactions sociales qu’en général, les individus portent un regard négatif sur la vieillesse. Or ceux-ci ne sont pas sans conséquence sur la santé mentale : « Des enquêtes montrent que l’activation de stéréotypes négatifs génère chez les seniors une augmentation du stress, une diminution de leur estime, une moindre volonté de vivre. En 2006, la France a dénombré près de 3000 suicides parmi les plus de 65 ans, indique Jacqueline Trincaz dans un article paru en 20151 : “La perte des rôles sociaux, la perte des proches, la maladie physique et psychique, l’altération de l’identité, et peut-être surtout le regard que la société porte sur cet âge de la vie apparaissent comme autant de facteurs qui viennent se conjuguer pour expliquer un tel phénomène. »[2]

« L’âgisme » qui se cache derrière ce regard condescendant a été nommé et décrit par le psychiatre et gérontologue américain Robert N. Butler[3] comme « l’ensemble des attitudes, stéréotypes et pratiques discriminatoires envers les personnes catégorisées comme « vieilles » »[4] (aujourd’hui, cette notion regroupe toutes les discriminations fondées sur l’âge, y compris celles visant les « jeunes »).  Ces pratiques discriminatoires se traduisent par l'exclusion des plus âgé.e.s notamment sur le marché de l'emploi, une infantilisation, voire de la manipulation, des violences physiques (maltraitance, négligences, abus sexuels) et économiques.

Des autrices ont plus spécifiquement pointé que « les différences de genre et de classe éclairent aussi la façon dont s’organisent les relations fondées sur l’écart d’âge »[5] et pensé le lien entre vieillissement et féminité, telles que Juliette Rennes, Cécile Charlap, Rose-Marie Lagrave, Susan Sontag et d'autres que nous citerons au fil des pages...

Ce  mépris et/ou cette crainte de la société se fixe plus que de raison sur le vieillissement  physique des femmes. Celles-ci, plus que les hommes, subissent des injonctions totalement aliénantes. Plus largement, on peut dire que les femmes de tous âges sont soumises (directement ou non) à des injonctions de beauté, à un certain « male gaze »[6]. Cette hégémonie du regard masculin édicte ses propres critères de beauté et dessine des frontières entre les femmes qui sont encore « bonnes » ou pas, pour le dire très platement. Ainsi, les stéréotypes et les normes sont-elles notamment véhiculé.e.s par des médias, parmi lesquels le cinéma, la publicité et la télévision, l'internet largement dominé.e.s par le « male gaze ».

 

I) AU CROISEMENT DE L’ÂGISME ET DU SEXISME DANS LA FICTION AUDIOVISUELLE

« À partir de 50ans, les femmes développent un super-pouvoir, elles deviennent invisibles. Surtout à l'écran. »[7]

De nombreuses.eux auteur.e.s constatent que les hommes « d'âge mûr » sont plus valorisés que les femmes du même âge. En général, le cheveu blanc ne leur ôte pas les  pouvoirs social, économique, politique et symbolique, mais au contraire leur donne un nouveau laisser-passer aux postes supérieurs, y compris dans les médias de fiction. Dans ce milieu, les actrices parlent a contrario de leur « mise au rebut » des castings comme d’une discrimination...

En 2015, l'actrice Maggie Gyllenhaal[8] alors âgée de 37 ans, s'était vue refuser un rôle parce qu'elle était jugée trop vieille pour figurer la petite amie d'un homme de 55 ans.[9] Anne Hathaway[10] se plaignait à 31 ans de voir ses rôles se raréfier et Laura Dern[11] a été sélectionnée pour jouer la mère de Reese Witherspoon[12] qui n'est que de 9 ans sa cadette. En 2011, Meryl Streep confiait au magazine Vogue qu'elle croyait sa carrière finie à 40 ans, mais qu'elle s'était néanmoins vu confier la même année 3 rôles... tous de sorcière ! Amy Shumer, Tina Fey (Saturday Night Live[13]...), Patricia Arquette et Julia Louis-Dreyfus (Seinfeld...) ont mis en scène cet âgisme propre au milieu d'Hollywood dans un sketch intitulé The Last Fuckable Day[14] (ou Le dernier jour de baisabilité ). Par contre, l'âge avancé des acteurs semble un argument marketing et scénaristique en soi dans un des derniers Scorcese, The Irishman[15].

En France, le journal le Monde interpelle sur le fait que « le bilan est sans appel : l’âge d’or des comédiennes françaises, si du moins on considère comme unité le nombre de films tournés, se situe en moyenne entre 24 et 32 ans. C’est au fil de ces huit ans que les actrices jouent le plus grand nombre de rôles (en moyenne, elles tournent 1,5 film par an), avec un pic entre 27 et 32 ans. Puis entre 32 et 48 ans, le nombre moyen passe doucement à 1 par an, avant de passer sous la barre du film annuel entre 48 et 70 ans.»[16]  Toujours en France, où une femme majeure sur deux a plus de 50 ans selon l’INSEE, une commission a même été créée au sein de l’AFAA[17], nommée « Tunnel de la Comédienne de 50 ans ». Elle dénonce que « Les femmes constituent la plus grande proportion d’artistes-interprètes de 20 à 35 ans mais autour de 50 ans, ce sont les hommes qui sont majoritaires. Les comédiennes semblent disparaître après 45 ans pour réapparaître parfois et au compte-gouttes, vers 65 ans dans des rôles de grand-mères ! À partir de 50 ans, les femmes développent un super pouvoir : elles deviennent invisibles. Surtout à l’écran ! »[18]. Et cette commission le fait sans complaisance ni narcissisme, car ces comédiennes sont conscientes que leur réalité professionnelle est aussi « le reflet de ce que vivent les femmes dans la société en général : même  plafond de verre[19], mêmes  inégalités sociales, salariales et même condescendance a priori pour ce qu’une femme crée, fait ou produit. Que l’on soit caissière, chercheuse au CNRS ou artiste, c’est pareil… »[20]

Cette sous-représentation des femmes vieillissant dans les médias est d'autant plus forte pour les femmes racisées[21] ou en dehors de l’hétéronormativité .[22]  Le cinéma (et les médias en général) ont le pouvoir de « normaliser l’ordre des choses » dans nos imaginaires, de façonner nos représentations du monde, et par-là, nos relations sociales. C'est pourquoi ces asymétries déjà citées dans la représentation des femmes et des hommes sont loin d’être une question innocente.

« Qui n’est pas représenté.e n’existe pas. Rendre visibles les femmes de plus de 50 ans dans les fictions est un enjeu de société. »[23] Questionner la représentation des femmes de plus 50 ans dans les médias, c’est forcément questionner les rapports de domination entre femmes et hommes de n'importe quel âge, car « ce sont les mêmes mécanismes sexistes à l’œuvre qui objectifient[24] les femmes jeunes et les font disparaître lorsqu’elles ont passé 50 ans…  Deux faces de la même médaille. Notre société évolue et ses représentations sont à la traîne. Il est urgent d’agir. Les fictions doivent nourrir différemment l’imaginaire collectif et ainsi, par effet de miroir, permettre de lutter contre la double peine : sexisme et âgisme. »[25]

Des initiatives et directives de l'UNESCO sont pourtant pensées pour mieux refléter la diversité à l’écran (ou en tout cas pour diminuer les abus). Selon ces directives, les industries médiatiques devraient « [élaborer] volontairement des codes de la diversité, pour garantir un engagement vis-à-vis de contenus et d’initiatives inclusifs et reflétant la diversité. [suivre] également un code de déontologie qui interdit tout contenu abusif ou discriminatoire du point de vue de l’origine ethnique, l’âge, le genre, les capacités physiques ou le statut matrimonial. »[26]   Nous pensons quant à nous, qu'il faudrait militer encore plus pour accentuer cette inclusivité, en gardant à l'esprit les dynamiques intersectionnelles de discriminations. Renforcer la visibilité de ces « femmes de 50 ans et plus », et plus largement la représentation du vieillissement, de « l'âge », d'autant plus que les démographes ne cessent de nous rappeler l'allongement de la durée de vie ! Notre société évolue et ses représentations semblent cruellement à la traîne.[27]

Asymétrie des âges dans les couples

On remarque aussi dans ces médias une asymétrie des âges dans les couples : il n’est pas rare, dans les fictions de voir des couples hétérosexuels où l’homme est plus âgé que sa compagne.

 Maïa Mazaurette note qu’« au générique des 250 films les plus regardés en 2019 aux Etats-Unis, 79 % des postes importants (au scénario, à la réalisation ou à la production) étaient occupés par des hommes. Faut-il vraiment s’étonner d’y trouver une surreprésentation d’histoires où des nymphettes se liquéfient de désir devant des protagonistes qui (au mieux) pourraient être leur père ? Ce n’est pas une question morale. Mais c’est une question politique»[28] « Politique » car, nous l’avons déjà écrit, les fictions « proposent des modèles qui influencent notre perception du monde et construisent notre inconscient collectif. » Dès lors, on observe que même dans la vie « réelle », « un système asymétrique se dessine, celui d’un marché matrimonial organisé en fonction des préférences des hommes de tous âges, et où la jeunesse des femmes est un déterminant essentiel de leur désirabilité. »[29]

L'âge des hommes ne semble pas être un sujet de risée lorsqu’ils se pavanent avec des compagnes beaucoup plus jeunes qu’eux. A l'inverse, une femme fréquentant un homme plus jeune se fera péjorativement traitée de « cougar »[30], ce qu'un journaliste des Inrockuptibles dénonce comme de l' « age-shaming »[31], dont sont notamment très largement victimes Brigitte Macron et des artistes telles que Demi Moore, Amanda Lear, Halle Berry, Courteney Cox[32], etc. De façon peu surprenante, il n'existe pas de terme équivalent pour désigner un homme fréquentant une femme plus jeune, sans doute parce que la plupart des gens considèrent que c'est quasi une norme.

Ce dénigrement des femmes âgées et cette glorification de la jeunesse ne sont pas propres à notre époque contemporaine.[33] Comme l'écrivent Rennes et Bozon, en France, : « le Code civil de 1804 [...] définit l’âge nubile à 15 ans pour les femmes et à 18 ans pour les hommes. Longtemps justifiée par les discours médicaux sur la puberté précoce des jeunes filles, cette différence légale a contribué à naturaliser durablement l’écart d’âge dans la formation des couples. Cette différence ne sera abolie que très tardivement, par une loi du 4 avril 2006 alignant l’âge légal du mariage des femmes sur celui des hommes. »[34]

En janvier 2019, le chroniqueur Yann Moix proclamait sur un plateau télé qu’« un corps de femme de 25 ans, c'est extraordinaire. Le corps d'une femme de 50 ans n'est pas extraordinaire du tout ».[35] On aurait pu fermer les écoutilles sur cette remarque dénuée d’intérêt de la part de cet avorton médiatique avide de buzz si elle n’était pas un exemple de plus du  déni de la désirabilité des femmes de plus de 50 ans. A quelques exceptions près évidemment, où leur pouvoir de séduction est alors jugé parfois malsain et transgressif, tel que dans le film Perfect Mothers[36] d'Anne Fontaine (les deux quinquagénaires, interprétées par Robin Wright et Naomi Watts, étant par ailleurs de très belles femmes, comme si le fait qu’elles continuent de correspondre aux critères dominants de beauté devait compenser leur âge à l’écran...). Dans la série Sex and the City, aucune des héroïnes n'a plus de 50 ans. Mais le fait qu'elles naviguent autour de la quarantaine est un mobile comique de la série.[37] Sans parler des personnages grotesques d'Absolutely Fabulous[38]... Ainsi les  femmes « vieillissantes » sont désexualisées dans les médias, parce que leur sexualité est largement invisibilisée, ou portée en dérision, ou leurs relations sont transposées au passé (du type « les enfants qui découvrent une passion d'antan cachée de leur mère défunte » comme dans Sur la Route de Madison[39]).

Il semble loin le temps où l'iconique Joan Collins (voir couverture) incendiait la télévision mondiale dans la série Dynastie, interprétant l'inénarrable Alexis Colby qui ne se refusait ni le pouvoir, ni les jeunes amants, face à un ancien mari réactionnaire et despotique.[40] 

 

II) LE "MAQUILLAGE DU GRAND ÂGE"

Quels modèles de femmes « vieillissantes » nous renvoient les médias publicitaires ?

Ce renvoi constant pour les femmes de tous âges à l’apparence physique et à la séduction ne date pas de notre époque. Mais il est particulièrement soutenu par les techniques de matraquage publicitaire.

Nous avons vu qu'à âge égal, hommes et femmes ne sont pas  mis.e.s au rancart de la même façon dans le domaine de la séduction. Celle-ci est un pouvoir fortement consacré par notre société occidentale, mais qui semble s'exercer différemment selon les genres. Les traits marqués peuvent encore être un trait de beauté chez les hommes. Au contraire, les femmes intériorisent très tôt que ces marques sont pour elles à effacer, qu'elles doivent rester « jeunes et jolies », plaire aux hommes et surtout faire des enfants... Mais par quels biais ?

Juliette Rennes rappelle qu’un préjugé tenace considère que les femmes vieilliraient plus mal ou plus vite que les hommes. Et il n’est évidemment nulle question de sénilité, de vieillissement intellectuel ici, mais bien d’apparence physique.[41] Elle explique que les femmes sont familiarisées de façon très précoce au fait qu'elles sont « des êtres dans le temps », rattachées à leur corps[42], qu’elles sont dès leur plus jeune âge sous la pression du physique parfait, particulièrement prôné par l'industrie cosmétique via la publicité. (Ainsi, les adolescentes qui ont par exemple recours au botox...[43]) Ces injonctions induites par les publicitaires se révèlent d'autant plus pernicieuses que ceux-ci prennent très souvent de jeunes mannequins pour simuler des dames plus âgées et que les photos sont régulièrement photoshopées.

Les injonctions de beauté modélisent les médias publicitaires et vice versa.

Cette insistance sur le physique des femmes a des impacts réels en termes de représentation de soi et de modèle de société : selon le Women's Media Center[44], le marché mondial des soins anti-âge féminins devrait atteindre 331,41 milliards de dollars d'ici 2021[45]. Qui peut feuilleter un magazine féminin sans voir d'innombrables publicités pour des marques de soins de la peau et des produits anti-âge proclamant qu'elles élimineront les rides, les taches brunes et autres « signes de vieillissement » ? Les produits cosmétiques et toutes les affabulations autour de leurs vertus « anti-âge » dénotent également de l'âgisme envers les femmes. Comme le note Rennes, il serait inconcevable pour beaucoup qu’« un produit pour se lisser les cheveux pour les femmes noires [s’appelle] « anti-race » »[46] ! Certains magazines ont néanmoins pris conscience du problème et décidé de supprimer de leur ligne éditoriale ces mentions péjoratives « anti-âge »[47], jugeant qu’elles renforcent la dépréciation du vieillissement.[48] Encore faut-il que ces magazines tiennent le coup financièrement face à la pression des annonceur·euses !

Ces expressions, injonctions publicitaires qui régissent les codes de beauté  créent chez beaucoup de femmes le sentiment de ne pas avoir leur place dans la société, de ne pas être désirées dans certains lieux (fêtes, manifestations ou cénacles…), parce qu’elles ne sont plus regardées, entendues, prises en compte comme lorsqu’elles avaient un âge jugé plus « séduisant ».

Mais interrogeons-nous aussi sur notre propre regard, notre langage commun. Lorsqu'une femme « d'âge mûr » est jugée jolie, coquette, élégante, combien de fois ne doit-elle pas s'entendre dire « Vous êtes bien conservée pour votre âge ! ». Ou ne dit-on pas dans son dos « Elle a de beaux restes ! », comme si on parlait d'un bout de viande... Ce genre d'expressions au formol en disent long sur le rejet de la vieillesse.

Dans le même ordre d'idée, on peut aussi s'interroger sur les injonctions familiales, les rôles sociaux à jouer pour être « accepté.e.s » : doit-on vraiment être une Mamie Gâteau et/ou, pourquoi pas, aussi encore une grande amoureuse[49] ?  Que nous tendent les médias publicitaires comme modèles de femmes « vieillissant » ? Uniquement des femmes qui tentent à prix d’or de camoufler leurs signes de vieillesse ? Uniquement des dames qui ont besoin d’un appareil auditif, d’une assurance obsèques, de produits contre l’arthrose… ? Uniquement des mamys gâteaux qui n’obtiennent de gratifications sociales qu’en devant prouver ad vitam leur « talents » domestiques de « bonnes mamans » (faire des confitures, des crêpes et des gâteaux…). Où trouve-t-on des images de femmes âgées « enviables », puissantes, qui militent, apportent leur savoir à la société, érigent une société meilleure ? Ou tout simplement vivent, ont apporté leur pierre à l’édifice social, fut-ce modestement ! Si on se réfère aux lois du marketing et de l’identification qui y est en jeu, « la personne âgée (…) ne présente pas un corps envié, propice au rêve et à la marchandisation. »[50] Au contraire, « la vieillesse est aujourd’hui devenue une propriété du monde biomédical, l’associant à la dépendance, la dépendance à la perte d’autonomie que la société médicale se doit de combattre. Cette vieillesse « inadaptée » demeure partagée entre le monde privé et le monde institutionnel et connaît, du fait d’un désengagement social (étatique par exemple), un va-et-vient entre les services de soins à domicile, différentes structures d’hébergement communautaires et l’hospitalisation, malgré une fin de trajectoire bien connue (l’hospitalisation et la mort). ». C’est sans doute cette perte d’autonomie qu’il faut interroger, car beaucoup de personnes dites « âgées » ne se reconnaissent pas dans cette « sénilité ».

Par ailleurs, les agents publicitaires doivent eux-mêmes dépasser une « difficulté » qui s’impose à eux : car la population vieillit, et c’est un marché juteux qui s’ouvre à eux, puisque la plupart des personnes âgées ont constitué tout au long de leur vie un capital intéressant et leur pouvoir d’achat (en moyenne !) surpasse de loin celui des autres générations. Néanmoins, aux yeux des publicitaires, « en termes marketing la personne âgée n’est pas un produit vendeur ».[51] Nous leur laisserons quant à nous le soin de résoudre leur problème de mauvais jugements[52], certaines que le véritable problème n’est pas là, mais bien dans la difficulté qu’a notre société à s’émanciper de ces injonctions constantes au jeunisme.

S’émanciper des diktats publicitaires

Évoquant les artifices, le travestissement, le « maquillage du grand âge » que certaines femmes vieillissantes choisissent par leur habillement jeune et/ou les cosmétiques, Rose-Marie Lagrave interroge  l'habitus d'autonomie et de liberté[53] vis-à-vis de leur recours qui concerne tous les âges et révèle des questionnements féministes. Elle se demande jusqu'à quel point ces « artifices » sont un signe de liberté ou de soumission au regard des autres, et rappelle avec nuance que cette frontière est floue : « c’est un jeu avec les codes de la jeunesse pour déjouer les assignations et les signes de la vieillesse, et c’est un signe de révolte contre le regard social dominant sur la vieillesse. Plus encore, le travestissement peut servir à faire signe de son désir, tout comme il peut n’être qu’un signe de plus pour se conformer au désir masculin. »[54]

Juliette Rennes qui se pose les mêmes questions concernant les artifices de séduction, nous tend deux positionnements de féministes âgées (aujourd'hui décédées) : celui de l'écrivaine Benoîte Groult[55] et la militante et créatrice de la Maison des Babayagas, et celui de Thérèse Clerc[56]. La première, se sentant peu à peu stigmatisée dans son milieu par les signes de l'âge, admit qu'elle avait eu recours à la chirurgie esthétique et cela n'était pas à ses yeux  « antiféministe ». C'était son choix, et elle l'assumait haut et clair. Groult souligne à nos yeux l'ambivalence du « vouloir-rester-jeune », et plus largement du « désir de séduire ». Car on pourrait aussi emboîter ce pas et « comprendre que le rester jeune peut signifier une certaine élégance et un respect vis-à-vis de soi et des autres, car organiser un faux-semblant c’est aussi tenter d’échapper au classement immédiat dans la catégorie des vieux dont il est attendu qu’ils se comportent à la façon des vieux. »[57] 

Thérèse Clerc, elle, milita jusqu'au bout, non pour sauvegarder une image de soi (forcément) personnelle, mais pour montrer  « une autre beauté » des femmes âgées, à proprement parler « politique » et « collective ». C'est-à-dire que Clerc « considérait la vieillesse comme un moment propice pour défier, à travers des événements concrets, l’organisation âgiste de la société et pour remettre en question ses oppositions binaires : activité/inactivité, performance/vulnérabilité, autonomie/dépendance. (...) [percevant] dans ce statut discrédité une position privilégiée pour questionner un certain nombre de normes sociales qui contraignent plus directement les adultes « dans la force de l’âge ». »[58] 

Ces questionnements ne concernent pas que les femmes âgées et ne sont pas triviaux : les femmes sont à tout âge renvoyées à leur corporéité, ce que résume merveilleusement Mona Chollet dans l'intitulé d'un sous-chapitre de Sorcières... : « Toujours déjà vieilles ». Ces représentations artistiques, médiatiques et culturelles sont heureusement aujourd'hui analysées et théorisées dans le champ des études féministes[59], car « les représentations de genre et de sexualité (symboliques, médiatiques, artistiques, ...) ont un impact sur le Réel. (…) se les réapproprier pour les déconstruire et en construire de nouvelles se confirme être un acte politique. »[60] C’est en cela qu’une représentation des femmes plus grande et plus nuancée dans tous les secteurs des médias est un objectif politique primordial à atteindre.

 

III) DES MODÈLES FÉMINISTES TRANSGRESSIFS

Dès lors, revendiquer d'autres représentations des femmes, dans toute leur diversité, et notamment des femmes vieillissantes, est une lutte que doivent notamment porter les féminismes ! Car l’indésirabilité, l'invisibilité, n’ont pas seulement des impacts sur la sexualité ou le couple, mais également sur les espaces de pouvoirs, de débats, de manifestations. Des témoignages entendus notamment dans le podcast Vieilles, et alors ? ou en général autour de nous, laissent entendre que les femmes semblent intérioriser ce sentiment d’« indésirabilité »[61], d’inadéquation, de rejet. Face à cela, réaffirmer son pouvoir physique, sa parole, sa militance est une forme d’empowerment, de reprise de pouvoir sur le modèle patriarcal.[62]

Car, bien que leur corps vieillisse, certaines femmes ne désirent pas être assignées, déterminées négativement par leur âge et leur apparence physique.  Mettre en avant dans les médias des figures féministes et/ou féminines alternatives à ces stéréotypes nous semblent une bonne façon d'interroger cette mésestime de soi des femmes « vieillissant » et d’encourager chez celles-ci d’autres représentations de soi.

Thérèse Clerc

Une féministe hors du commun apparaît ainsi dans le film merveilleux L’Art de vieillir[63] de Jean-Luc Raynaud. Partant du désir d'exorciser l'image de ses parents vieillissant dans la douleur sous l'emprise de la maladie, l'auteur nous tend entre autres des histoires d'amour entre personnes âgées... Thérèse Clerc[64], qui a fait de sa vie un combat féministe et a notamment créé la Maison des Babayagas[65], fait partie de cette lumineuse galerie et voit dans la représentation de ces corps vieillissant mais heureux « la continuité avec le mouvement des femmes (...), car il est question de corps : de corps qui devient défaillant, et qu’on aide à devenir défaillant, c’est bien ça le pire ». Le film traite aussi avec pudeur et malice des relations sexuelles qu'entretient encore chacun.e des protagonistes [66] [67]

 Artistes féministes et female gaze

 La réappropriation des récits et ou des représentations de femmes « mûres » sur leurs vies, leurs identités et sentiments sexuels, maternels, physique, amoureux, militants, quels qu'iels soient, est également un geste important : en témoignent les œuvres d'Agnès Varda, d'Annie Ernaux, de Joey Soloway (artiste « non-binaire »[68] qui, iel, dépeint la métamorphose de Morton, professeur à la retraite qui devient Maura dans la série Transparent[69] et les répercussions érotico-existentielles de celle-ci sur la vie de ses enfants). Il est bon de noter que le monde des séries a fait un pas en avant dans cette plus large représentativité des femmes en général, mais aussi de celles « dans la fleur de l’âge ». En témoignent des séries telles que Mum[70], Grace and Frankie[71], I love Dick[72], Better Things[73], Big little lies[74] ou encore Unbelievable[75], qui toutes montrent des héroïnes « d’âge mûr » aux prises avec leurs désirs, leurs vies sentimentale, familiale et professionnelle.[76]

D’autres modèles médiatiques grâce à Jane Fonda & Gloria Steinem

Jane Fonda, outre pour sa carrière cinématographique, est aussi connue pour ses engagements politiques pacifistes[77]. Avec Gloria Steinem, chantre du Mouvement de Libération des Femmes aux Etats-Unis[78], elle cofonde en 2005 le Women's Media Center qui « veille à ce que les femmes soient représentées de manière puissante et visible dans les médias » et « à diversifier le contenu et les sources des médias, afin que les récits et les perspectives des femmes et des filles soient mieux représentés »[79]  Martha Lauzen a étudié l’emploi des femmes dans le cinéma américain (qui est encore le plus diffusé au monde et donc le plus influent[80]), et observe que depuis les débuts du cinéma, le nombre de femmes aux postes importants (scénaristes, directrices photo, monteuses, réalisatrices, productrices,…) de cette grande industrie n’a cessé de chuter jusqu’en 2010[81]. Selon elle, « Les films [étant] les architectes de notre culture, [celle-ci] est appauvrie par ce manque de diversité. »[82]

Cette diversité est par ailleurs prônée par certaines agences de mannequinat et de publicité, telles que l’Agence Silver[83], dont le slogan est que « la beauté n’a pas d’âge ». Elle expose en ligne des portraits de mannequins ayant « plus de 40 ans ». Nous pensons quant à nous qu’il est intéressant effectivement que tous les âges de la vie soient présents dans les médias, mais qu’il est dommage que le critère d’éligibilité soit encore et toujours la beauté physique. A ce titre, la série anglaise Mum citée plus haut - qui mise plus sur la personnalité douce et empathique de son héroïne qui côtoie une galerie de personnages plus touchants et drôles les uns que les autres, par leur maladresse, grossièreté, voire méchanceté - aborde avec humour et finesse les tâtonnements amoureux d’une sexagénaire veuve depuis peu.

 

 

CONCLUSION    

« Ré-enchanter la vieillesse »

Au travers du prisme des médias, nous voyons que les questions touchant aux corps des femmes, quel que soit leur âge, exhument des rapports de domination à déminer. Se réapproprier les images de leur corps et de leurs désirs, que ce soit en affirmant une beauté (pas forcément physique), un désir, une vitalité toujours-bien-là, ou au contraire que ce soit en se retirant de toute sphère érotique, ou de toute séduction si l'envie n'y est plus, est une forme d'empowerment que doivent soutenir les mouvements féministes. Pour les femmes qui nous précèdent et pour celles que nous serons, car c'est ensemble que nous pourrons construire une société plus juste, équitable, des vies et fins de vies dignes pour tou.te.s.

Au niveau des médias, les questionnements féministes devraient oeuvrer à l’émancipation pour tou.te.s des diktats des papiers glacés, des apparences (jeunesse, beauté et minceur), des tabous (« on n’aime pas se représenter les parents faisant l’amour », on n'aime pas non plus qu'une maman veuve se remette avec « quelqu'un d'autre » et « les femmes doivent se sacrifier pour leurs enfants », etc.), des stéréotypes (oui, les femmes peuvent avoir une sexualité après la ménopause  si elles le désirent ; et oui, d'autres perdent leur libido et n'en ressentent aucune gène). C'est une lutte d'une grande urgence qui doit être portée par les milieux médiatiques ET féministes  (pensons à l’exemple belge des  Grenades, qui relatent notamment le tollé médiatique provoqué par les propos sexistes d'un Fabien Lecœuvre[84]. Exemple parmi d'autres de toutes les injures autorisées aujourd'hui par une soi-disant « liberté d'expression »), et pourquoi pas des ateliers d'éducation permanente, tels que ceux que nous menons dans notre Collectif.

Une approche féministe de tous les schémas imposés aux femmes, y compris ici âgées suppose une insoumission, notamment au travers de la remise en question des déterminismes imposés par la société et les médias. Puisque c'est tout au long de notre vie que nous vieillissons, c'est tout au long de notre vie que nous pouvons apprendre à déconstruire ces assignations.                                        

        

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Pour citer cet article >>>  C. PAHAUT, Partie1. L'emprise médiatique : normes et assignations, in Dossier - Le vieillissement dans le miroir de la différence de genre, Publications CVFE, juillet 2021.


notes de bas de pages

[1] Selon Alain Caillé, l’utilitarisme peut être défini comme une vision où « l'action des hommes s'explique nécessairement et exclusivement par l'intérêt, qu'il soit d'ordre économique, sexuel, de conservation, de pouvoir ou de prestige. » ; in Toupliographie de A. CAILLÉ, Théorie anti-utilitariste de l'action : Fragments d'une sociologie générale, Paris, La Découverte, 2009. Disponible sur : https://www.toupie.org/Bibliographie/fiche.php?idbib=827 (consulté le 24/06/2021).

[2] Dossier de P. JANSSENS, « Avec l’âge, on vieillit », Le Quinzième Jour, ULg, 13/01/2021. Disponible sur https://www.lqj.uliege.be/cms/c_13163367/fr/avec-l-age-on-vieillit (consulté le 24/06/2021).

[3] Butler obligea le public à s'interroger sur le vieillissement grâce à l'ouvrage Why Survive ? Being Old in America, (Harper & Row, 1975), dans lequel il promeut les politiques publiques destinées à venir en aide aux personnes âgées et à encourager les études gériatriques, qui étaient alors traditionnellement marginalisées dans les facultés de médecine.

[4] Butler cité par J. RENNES (sous la dir. De), in Encyclopédie critique du genre, Paris, Ed. La Découverte, 2016, p.48.

[5] J. RENNES (sous la dir. De), in Encyclopédie critique du genre, ibidem, p.42.

[6] Le « male gaze », concept filmique utilisé par Laura Mulvey, théoricienne féministe du cinéma, désigne, dans le domaine des représentations notamment médiatiques, la propension à favoriser le point de vue masculin. Dans ces dispositifs, les femmes, la représentation de leurs corps, de leurs désirs sont souvent objectifiées. Et les spectatrices soumises à s'identifier à ce point de vue masculin dominant. Le « female gaze » pourrait être ainsi défini comme une réappropriation de l'image des femmes par elles-mêmes. Voir par exemple C. PAHAUT, Les nouveaux dessous du Porno féministe à l’ère numérique. 2019, Jubilé érotique, Collectif contre les violences conjugales et l’exclusion (CVFE asbl), octobre 2019. Disponible sur : https://www.cvfe.be/images/blog/analyses-etudes/Etudes/EP2019-Etude_2019_Jubile_erotique-CPahaut.pdf (consulté le 24/06/2021)

[7] AFP, « Les femmes, ces “invisibles” du grand écran », in Challenges, 8 mars 2017. Disponible sur https://www.challenges.fr/cinema/les-femmes-ces-invisibles-du-grand-ecran-selon-un-collectif-feministe_554651   (consulté le 24/06/2021).

[8] Actrice américaine qui a joué notamment dans Donnie Darko (2001), Le sourire de Mona Lisa (2003), ...

[9] Cet exemple est cité par M. CHOLLET, Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Paris, Ed. La Découverte/Zones, 2018, p.140.

[10] Alice au Pays des Merveilles (2010), Ocean's 8 (2018), Dark Waters (2019), ...

[11] Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990), Jurassik Park (2001), ...

[12] Un été en Louisiane (1991), La revanche d'une blonde (2001), ...

[13] Saturday Night Live est une émission de divertissement à sketchs hebdomadaire américaine créée par Lorne Michaels. Elle est diffusée le samedi soir depuis 1975 sur NBC sous le titre original de NBC's Saturday Night. Source Wikipédia disponible sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Saturday_Night_Live (consulté le 24/06/2021).
[14] La vidéo The last fuckable day est extraite d’Inside Amy Schumer, l’émission de l'humoriste-auteure-comédienne du même nom. Disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=XPpsI8mWKmg (consulté le 24/06/2021).

[15] The Irishman, de M. Scorcese, Etats-Unis, 2019. Ce film ressemble à une élégie de ses héros, Al Pacino, Joe Pesci, Robert De Niro, ayant tous dépassé la barre des 77 ans, et tous marqué l'histoire du cinéma américain depuis les années 60/70.

[16] P. BRETEAU, M. FERRER, « L’apogée de la carrière d’une actrice française dure en moyenne huit ans, contre vingt-huit pour les acteurs », in le Monde, 19 mai 2018. Disponible sur https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/19/l-apogee-de-la-carriere-d-une-actrice-francaise-dure-en-moyenne-huit-ans-contre-vingt-huit-pour-les-acteurs_5301525_4355770.html (consulté le 24/06/2021).

[17] Actrices et Acteurs de France Associé.e.s (c’est nous qui transcrivons l’acronyme en écriture inclusive !)

[18] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares », in le site de l'AFAA, 12 mai 2016. Disponible sur https://aafa-asso.info/le-tunnel-de-comedienne-de-50-ans/ (consulté le 24/06/2021).

[19] « La notion de « plafond de verre » renvoie au fait que les femmes peuvent progresser dans la hiérarchie de l’entreprise mais seulement jusqu’à un certain niveau. Résultat : elles sont en grande partie absentes du sommet de la hiérarchie. À noter que les femmes se heurtent au plafond de verre aussi bien dans le secteur privé que dans la fonction publique mais également dans bien d’autres domaines : syndicats, fédérations patronales, ONG, autorités académiques, partis politiques, etc. », in lexique de l’Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Disponible sur : https://igvm-iefh.belgium.be/fr/activites/emploi/plafond_de_verre (consulté le 15/06/21). 

[20] In M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[21] Sur ce sujet, nous vous guidons vers H. HUSQUINET & E. NSUNDA, Un écho à la voix des femmes afrodescendantes. Entretien sur l’afroféminisme, Publications du CVFE, juillet 2018. Et pourquoi pas vers l'article de L. REEB, « Les femmes et les personnes racisées toujours sous-représentées dans les séries selon une étude américaine », in le site Allociné, 4 décembre 2020. Disponible sur https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18695132.html (consulté le 24/06/2021).

[22] « A savoir la promotion de l’hétérosexualité comme modèle normatif de référence en matière de comportements sexuels », in Genres Pluriels, « Trans identités Genres pluriel·le·s », 2019.

[23] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[24] Dans le sens où elles sont considérées, manipulées, regardées comme des femmes-objets.

[25] M. TOMÉ, « Tunnel de la Femme de 50 ans. Un sacré tunnel où les rôles se font plus rares. », ibidem.

[26] Page « Media Information Literacy for Teachers » de l'UNAOC, in « Module 3 : la représentation dans les médias et l’information. », ibidem.

[27] A contrario, nous remarquons que les dessins-animés incluent beaucoup plus aujourd'hui de personnes racisées, aux identités de genre fluides, tels que She-Ra et les Princesses au pouvoir (2018-2020), Harley Quinn (USA, 2019), ou encore Kipo et l’âge des animonstres (USA, 2020).

[28] M. MAZAURETTE, « Au lit, les hommes aussi font leur âge », in Le Monde en ligne, 2/01/2021.

[29] M. ARBOGAST, « Plus de leur âge ? La sexualité des femmes de 50 ans dans les séries TV au début du XXIe siècle », in Clio. Femmes, Genre, Histoire, n°42, 2015, pp.165-179.

[30] Citation de la linguiste Lucie Barque in C. BOUTIN, « Les hommes sont-ils eux aussi victimes d'age-shaming ? », Les Inrockuptibles en ligne, 17 juin 2017. Disponible sur : https://www.lesinrocks.com/2017/06/17/actualite/actualite/les-hommes-sont-ils-eux-aussi-victimes-dage-shaming/ (consulté le 24/06/2021).

[31] C. BOUTIN, « Les hommes sont-ils aussi victimes d'age-shaming ?», idem.

[32] Références trouvées in N. DOBREMEZ, « Ces actrices cougars en couple avec des petits jeunes », in Linternaute,  14/04/16. Disponible sur : https://www.linternaute.com/cinema/star-cinema/1294030-ces-actrices-cougars-en-couple-avec-des-petits-jeunes/ (consulté le 24/06/2021).

[33] Pour aller plus loin, lire B. WAGNER-HASEL, « Vieillesse, savoir et genre. Réflexions sur les discours consacrés à la vieillesse dans l'Antiquité », in Genre, sexualité & société [Online], 6 | Automne 2011. Disponible sur http://journals.openedition.org/gss/2222 (consulté le 24/06/2021).

[34] M. BOZON et J. RENNES, « Histoire des normes sexuelles : l’emprise de l’âge et du genre », in Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 42|2015, 5 février 2016, pp. 9-10. Disponible sur https://www.cairn.info/revue-clio-femmes-genre-histoire-2015-2-page-7.htm (consulté le 24/06/2021).

[35] Yann Moix était revenu sur le plateau de « On n'est pas couché », émission présentée par Laurent Ruquier sur France2, sur la polémique suite à une interview parue dans Marie Claire et dans laquelle il avouait ne sortir qu'avec des femmes jeunes et asiatiques.

[36] Perfect Mothers, d’A. Fontaine (France, 2013).

[37] La série fut aussi critiquée parce qu'elle n'était pas très représentative de la diversité culturelle et que Carrie Bradshaw, l'héroïne principale, perpétuait selon certain.e.s un schéma très patriarcal, où la femme ne peut « se réaliser » qu'en rencontrant le « prince charmant »... Néanmoins, Iris Brey, réalisatrice, spécialiste des représentations de genre et des sexualités au cinéma et dans les séries télévisées, parle des personnages féminins de Sex and the City comme d’un bel exemple de solidarité, de « sororité » féminine. De personnages qui, par ailleurs, dénotaient dans les années 90, car elles parlaient très librement de sexe dans une série, et notamment de sextoys, ce qui visiblement désinhiba à l’époque le regard que les femmes portaient sur ces accessoires, mais ouvrit aussi la voie à d'autres séries contemporaines, telles que Girls, etc. Cfr aussi l'ouvrage : I. BREY, Sex and the series, Paris, Ed. de l’Olivier, 2018.

[38] « Absolutely Fabulous est une série TV britannique créée par Jennifer Saunders et Dawn French et diffusée à partir de 1992 sur la chaîne BBC2. » Source Wikipédia disponible sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Absolutely_Fabulous (consulté le 24/06/21)

[39] Sur la Route de Madison, de C. Eastwood (Etats-Unis, 1995).

[40] Nous reconnaissons néanmoins l’effort de certains sites de vidéos et séries à la demande qui proposent des scénarii avec de nouvelles sortes d’héroïnes, telles que Transparent, Unbelievable, I love Dick, Grace and Frankie, Big little lies, etc. qui font la part belle à des héroïnes « plus si jeunes ».

[41] Rennes cite à ce propos une étude qui, via les témoignages de personnes transgenres52, observe que des hommes trans (hommes assignés femmes à la naissance) se voient rajeunir dans le regard que l'on porte sur eux, alors qu'ils ont exactement les mêmes rides, et qu'à l'inverse les femmes trans se voient vieillir plus vite, la société étant beaucoup plus intransigeante à leur égard. Etude citée dans le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ? », Un podcast à soi, N°14, janvier 2019. Disponible sur https://www.arteradio.com/son/61660809/vieilles_et_alors_14 (consulté le 24/06/2021). Cependant, Rennes cite une étude qui dénombre plus de suicides chez les hommes vieillissant (5 fois plus que les femmes) pour expliquer que les hommes sont moins enjoints de se penser dans leur corporéité et supportent dès lors beaucoup plus mal le vieillissement, comme s'ils n'y étaient pas préparés (ce n'est sans doute pas évidemment la seule raison à ces suicides plus nombreux, mais là n'est plus notre propos).

[42] Intervention de Juliette Rennes in le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ? », idem.

[43] « Selon la Société américaine des chirurgiens plasticiens, 12 000 injections de toxine botulique ont été pratiquées sur des adolescents âgés de 13 à 19 ans, certains subissant même plusieurs doses. », in A. GARRIC, « Ces adolescents qui se font injecter du Botox », in le Monde, 13 août 2010.

[44] Organisation créée par Jane Fonda et Gloria Steinem qui milite pour une plus grande représentation des femmes dans les médias.

[45] Le WMC se réfère à une recherche réalisée par Orbis Research, un institut américain réalisant des études de marché et des prévisions.

[46] Intervention de Juliette Rennes in le podcast de Charlotte Bienaimé, « Vieilles, et alors ?, ibidem.

[47] « Que nous en ayons conscience ou pas nous renforçons subtilement le message que le vieillissement est une condition que nous devons combattre » écrit la rédactrice en cheffe Michelle LEE in « Allure Magazine Will No Longer Use the Term "Anti-Aging"», in Allure magazine, 14 août 2017. Disponible sur https://www.allure.com/story/allure-magazine-phasing-out-the-word-anti-aging (consulté le 24/06/2021).

[48] Lire notamment A. KUCINSKAS, « Bras, décolleté : le sexisme dans les magazines féminins est-il une fatalité ? », in L'Express, 21 juin 2017. Disponible sur https://www.lexpress.fr/actualite/medias/bras-et-decollete-le-sexisme-dans-les-magazines-feminins-une-fatalite_1908713.html (consulté le 24/06/2021).

[49] À l'instar du personnage pétulant de Poupette, incarné par Denise Grey dans La Boum 1&2 de Claude Pinoteau (France, 1980 et 1982) ou de la mère de Victor dans La Crise de Coline Serreau (France, 1992) interprétée par Maria Pacôme ! Ou de l'écrivaine Annie Ernaux écrivant à 51 ans Passion simple, récit de son désir obsessionnel lorsqu'elle attend son amant « A. », un homme marié. In A. ERNAUX, « Passion simple » (1991), in Ecrire la vie, Paris, Quarto Gallimard, 2011, pp.659-687.

[50] P. LEGROS, « Le corps de la vieillesse dans la publicité et le marketing », in M@gm>@, volume 7, n° 3, septembre-décembre 2009. Disponible sur http://www.magma.analisiqualitativa.com/0703/articolo_05.htm (consulté le 19/07/2021).  

[51] Idem.

[52] L’article de P. LEGROS donne quelques pistes tout en démontrant que le corps « réellement » vieux n’est jamais montré tel quel, que les publicitaires usent de subterfuges pour que jamais la.le consommateurice ne doive s’identifier à la vieillesse… Idem.

[53] En sociologie, l'habitus est « la manière d'être, l'ensemble des habitudes ou des comportements acquis par un individu, un groupe d'individus ou un groupe social » Ici, ce que suggère la sociologue Lagrave, c'est que « l’antidote de la vieillesse, [serait] la possession d’une capacité d’autonomie et de liberté devenue habitus. » Acquérir cette autonomie, cette capacité à s'émanciper du regard des autres, cette « liberté à être soi telle qu'on est » est à nos yeux un combat féministe.

[54] Lagrave Rose-Marie, « Ré-enchanter la vieillesse », Mouvements, 2009/3 (n° 59), p. 113-122. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-mouvements-2009-3-page-113.htm (consulté le 17/06/21)

[55] Journaliste, écrivaine et féministe Pour (re)découvrir Benoîte Groult, écouter le podcast réalisé à l'occasion de sa disparition par H. COMBIS et S. LOPOUKHINE, « Benoîte Groult, ainsi fut-elle », in France Culture en ligne, 21 juin 2016. Disponible sur https://www.franceculture.fr/litterature/benoite-groult-ainsi-fut-elle (consulté le 24/06/2021).   

[56] Pour un portrait de Thérèse Clerc et de sa Maison des Babayagas, lire D. MICHELLE-CHICH, Thérèse Clerc. Antigone aux cheveux blancs, Paris, Éditions des Femmes-Antoinette Fouque, 2007.

[57] Idem.

[58]  J. RENNES, « Vieillir au féminin. Une question politique longtemps ignorée », in Le Monde diplomatique, décembre 2016, p.16. Disponible sur https://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/RENNES/56899 (consulté le 24/06/2021). Nous envisagerons comment ces remises en question se réalisent concrètement dans la 2ème analyse de ce dossier sur « le Vieillissement dans le miroir des différences de genre ».

[59] Ce que sous-tendent les Actes du colloque « Féminismes, sexualités, libertés », tenu à l’ACFAS (association francophone pour le savoir) de l’UQAM, Québec, en mai 2016.

[60] Cfr C.PAHAUT, Les nouveaux dessous du porno féministe à l’ère numérique. 2019, Jubilé érotique, Publications du CVFE, octobre 2019, p.39. Disponible sur https://www.cvfe.be/images/blog/analyses-etudes/Etudes/EP-2019-Etude_1-Nouveaux_dessous_du_Porno_fministe_2019_Jubile_erotique-CP.pdf (consulté le 24/06/2021).

[61] Sophie Heine parle quant à elle de « précarité esthétique » : « Les critères esthétiques féminins auraient un fort impact psychologique sur l’estime de soi : la beauté étant une qualité attribuée par le regard extérieur, essentiellement masculin, elle peut toujours être donnée ou retirée, créant un sentiment de précarité et d’insécurité constant. La conscience que cette beauté incertaine diminuera avec l’âge empêcherait également de se projeter dans l’avenir. Ce mythe aurait aussi pour effet de diviser les femmes, qui tendraient à se percevoir comme des rivales plutôt que des alliées. En outre, ne s’appliquant avec une telle vigueur qu’aux femmes, il leur donnerait le sentiment de valoir moins que les hommes, les dissuadant de se révolter contre leur infériorité économique. », in S. HEINE, « Apparence physique : les femmes sont toujours perdantes», revue en ligne POLITIQUE, 21 octobre 2011. Disponible sur https://www.revuepolitique.be/apparence-physique-les-femmes-sont-toujours-perdantes/ (consulté le 24/06/2021).

[62] Comme le revendique notamment Catherine Grangeard, psychanalyste spécialisée dans l’accompagnement des personnes en surpoids. C. GRANGEARD, Il n’y a pas d’âge pour jouir, Paris, Éditions Larousse, 2020.

[63] L’Art de vieillir de Jean-Luc Raynaud (Canada, 2006). Disponible sur https://vimeo.com/254463268 (consulté le 24/06/2021).

[64] Une des créatrices de la Maison des Babayagas de Montreuil, dont la biographe Danielle Michelle-Chich fait le portrait in Thérèse Clerc. Antigone aux cheveux blancs, ibidem.

[65] Nous traiterons de cette option « subversive » de l'habitat collectif dans une prochaine analyse de ce dossier sur « le vieillissement dans le miroir des différences de genre ». Nous nous y consacrerons plus spécifiquement aux problèmes d'isolement socioéconomique et de santé physique et mentale qu'engendrent ces inégalités de genre, et sur les moyens de les dépasser.

[66] Thérèse Clerc, toujours, en parle non sans malice comme d' « histoires nobles de cul... » et dit à propos du film : « Nous l’avons diffusé la semaine dernière à des jeunes du lycée : ils sont restés comme assommés. Je leur ai dit : « Écoutez les enfants, cela vous dérange à ce point ? » Il faut croire, on n’a rien pu en tirer. En revanche les vieux sont assez contents… », in C. ACHIN et J. RENNES, ibidem, p.141.

[67] Camille Grangeard s'interroge sur cette gêne qui cache bien des préjugés sur le désir des personnes dites « âgées » : comme si les femmes n'avaient plus de désir, qu'elles n'avaient plus assez de cyprine pour « mouiller », comme l'écrit la psychanalyste, alors que ce désir est peut-être aussi tari par la routine... Ce qui est dommageable, c’est que les femmes concernées intériorisent souvent hélas ces risées que nous avons largement évoquées et s'interdisent de nouvelles relations et/ou pratiques qui pourraient réveiller ce « désir encore là », même si elles ne sont « plus cotées à l'argus » ... Grangeard explique également cette gêne, ce déni par le fait que cette position des femmes ménopausées pouvant enfin s'offrir un « désir sans entrave » est normalement l'apanage de l'homme... Quant aux jeunes femmes, « [elles] n’ont pas toujours l’envie (ou l’énergie) de se projeter dans une « obsolescence programmée » dont l’échéance s’ajoute à bien d’autres vexations âgistes (catherinette à 25 ans, supposément désespérée à 30 ans, flippée par la maternité à 35 ans, etc.). », citations de Camille Grangeard in M. MAZAURETTE, « La révolte sexuelle des femmes matures est en marche », in Le Monde, octobre 2020. Disponible sur http://libriealtrecuriosita.over-blog.com/2020/10/et-les-femmes-de-plus-de-50-ans-on-en-parle.html (consulté le 24/06/2021). Nous reviendrons sur les conséquences de ces tabous et préjugés dans notre prochaine analyse sur le vieillissement.

[68] « Les identités de genre se déclinent non pas selon une articulation binaire femme-féminin ou homme-masculin, mais sur un continuum le long duquel les personnes sont libres d’évoluer à tout moment, en fonction de leur point de confort. » [C’est-à-dire de « l’ensemble des caractéristiques mentales, comportementales, vestimentaires ou corporelles qui favorisent le sentiment de bien-être par rapport à son identité de genre » ; ibidem, p.19] « L’identité de genre ne revient pas à « choisir son camp » ! Certaines personnes se définissent ainsi comme bigenres, de genre fluide ou de genre non binaire, s’appropriant, ignorant ou déconstruisant à leur gré les rôles sociaux ou les expressions habituellement associées à l’un ou l’autre genre binaire. » in Genres Pluriels, « Trans identités Genres pluriel·le·s », 2019, p.10.

[69] Série dramatique américaine réalisée et produite par Jill/Joey Soloway, de 2014 à 2019 sur la chaîne Amazon Video.

[70] Sitcom britannique réalisée par Stefan Golaszewski centrée sur Cathy, une femme de 59 ans qui vient de perdre son mari, et sa famille, quelque peu envahissante (GB, 2016-2019).

[71] Série télévisée américaine créée par Marta Kauffman et Howard J. Morris (USA, 2015-2020).

[72] Série américaine créée par Sarah Gubbins & Jill/Joey Soloway

[73] Série américaine créée par Pamela Adlon et Louis C.K. (USA, 2016-2020).

[74] Série américaine créée par David E. Kelley (USA, 2017-2019).

[75] Mini-série américaine créée par Michael Chabon, Susannah Grant et Ayelet Waldman (USA, 2019).

[76] Remarque : ces artistes et œuvres cité.e.s ne constituent évidemment pas une liste exhaustive, ni ne reflètent une sélection que nous préférerions à d’autres.

[77] Contre la guerre du Vietnam et en Irak, en faveur des droits civiques, soutiens aux Amérindiens et aux Black Panthers, climatiques et féministes.

[78]Mais aussi journaliste, écrivaine, éditrice et actrice.

[79] Cfr site du Women’s Media Center. Le WMC fut plus exactement cofondé par Fonda, Steinem et Robin Morgan, théoricienne du féminisme et journaliste américaine. Disponible sur https://womensmediacenter.com/  (consulté le 24/06/2021).

[80] Cfr R. STACY, « La diffusion de la puissance : l’influence du cinéma américain », in Billet International, 11 avril 2020. Disponible sur https://billetinternational.wordpress.com/2020/04/11/la-diffusion-de-la-puissance-linfluence-du-cinema-americain/ (consulté le 24/06/2021).

[81] Citation de Lauzen dans l’article de C. MULARD, « A Hollywood, il est difficile d'exister si on est une femme », in Le Monde [en ligne], 1 avril 2011. Disponible sur https://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/04/01/a-hollywood-il-est-difficile-d-exister-si-on-est-une-femme_1501801_3476.html (consulté le 24/06/2021).

[82] Idem.

[83] Agence Silver en ligne. Disponible sur https://www.agencesilver.com/agency (consulté le 24/06/2021).

[84] In chronique de D. Salomonowicz, « La chanteuse Hoshi insultée : "2 pas en avant, 3 pas en arrière" », sur le site de la RTBF Info, 13 avril 2021. L'article décrypte comment Fabien Lecœuvre, chroniqueur de musique français, a dernièrement déchaîné les foudres des internautes en critiquant sur les ondes le physique de la jeune chanteuse Hoshi. Pour ces mêmes (mé)faits, il a été suspendu provisoirement de ses fonctions sur Europe1, preuves qu'on peut faire bouger les choses, mêmes dans les médias !

 

 

     

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