04/223.45.67 0800/30.030 |  Ligne violence conjugale (24h/24)

Publications
en Éducation Permanente

Les nouveaux dessous du Porno féministe à l'ère numérique. 2019, Jubilé érotique.

Dans cette étude, nous désirons interroger la possibilité d’un « porno féministe » dans le contexte actuel. Le féminisme Pro Sexe et ses détractrice.teur.s sont apparus à une époque très particulière, à la sortie d’une décennie ayant beaucoup prôné la liberté sexuelle, 69 et les « années érotiques » suivantes… Et, peut-être en contrecoup, à l’orée de nouveaux conservatismes tels que le reaganisme, et les croisades menées par les féministes abolitionnistes. Depuis, le Monde et ses représentations ont bien changé.

 Annie Sprinkle avec legende

Introduction

 

Si dans les années 70, les films pornographiques mettaient souvent les femmes en valeur, aujourd’hui le porno calque ses mécanismes sur le Marché, et a fortiori sur les échanges hyperglobalisés et désincarnés de l’internet. Le cinéma porno en général, qu’on devinait autrefois honteusement dans la neige des chaînes cryptées, se banalisant de plus en plus avec son accès gratuit en ligne. Ce déferlement d’images X traverse nos sociétés, et marque le public de ses représentations de genre et de la sexualité, fortement teintées de rapports de domination.

C’est pourquoi, selon nous, un regard critique, féministe, s’impose pour dénuder les stéréotypes et enjeux qui y sont à l’œuvre.

Parmi les revendications féministes des cinquante dernières années, le droit de disposer librement de son corps et de sa sexualité est l’une des plus fondamentales. Cette thématique peut être abordée avec des outils théoriques et méthodologiques issus des débats traversant le champ des études féministes, dont les représentations artistiques, médiatiques et culturelles de la sexualité font évidemment partie. Nous nous pencherons ici sur les représentations à l’œuvre dans le PORNO FÉMINISTE, avec la ferme conviction que ces dernières ont un impact sur/et peuvent changer le réel (car nous perpétuons, même parfois inconsciemment, les attitudes et jugements de valeurs véhiculés par les représentations culturelles (médias, arts, etc)) ; et que ces transformations ont un impact sur la société, voire sur la représentation et les droits de certaines minorités sexuelles.

Aussi, afin de décrypter au mieux ce médium particulier qu’est le porno féministe, aimerions-nous utiliser les outils d’analyse que sont le « female gaze », que nous entendons définir comme un moyen de renverser le point de vue masculin monopolisant le cinéma dominant, ainsi que le genre pour comprendre quelles optiques ils offrent pour regarder les médias d’un point de vue féministe.

Ils nous seront utiles pour explorer spécifiquement la pornographie féministe, qui fut aussi définie dès les 80’s comme un féminisme « Pro Sexe » en antagonisme -parfois violent- avec un féminisme anti-pornographie, à tendance abolitionniste, ce dernier considérant la pornographie comme « l’antichambre du viol », une véritable « industrie de déshumanisation et de haine du sexe féminin », le symbole-même de l’oppression des femmes. Nous veillerons ici à ne pas caricaturer les acteurs.trices de ces « Feminist Sex Wars », où se débattraient d’un côté des femmes libertines et délurées, et de l’autre de frigides réactionnaires.

Notre désir est donc d’interroger un genre cinématographique –celui de la pornographie féministe- en regard des luttes féministes. Nous verrons que, loin d’être légère et triviale, cette dernière soulève au contraire des concepts-phares tels que le genre, la sexualité, les rapports de domination… Nous irons voir dans les filmographies de Virginie Despentes, Ovidie, Abdellatif Kechiche, Rocco Siffredi et John B. Root entr’autres … pour mettre ces réflexions à l’épreuve du regard.

Pour mener à bien notre recherche, nous aborderons successivement les points suivants :

1.  Nous nous demanderons comment le questionnement féministe pénètre le champ du cinéma porno

2.  Nous définirons et explorerons le « male gaze » et la possibilité de son pendant, le « female gaze ».

3.  Nous verrons ensuite si les représentantes qui s’autoproclament du porno féministe peuvent être assimilées à ce dernier point de vue du « female gaze ».

A la fin de ce chapitre 3, nous présenterons sous forme d’un entretien notre rencontre avec le Porn Process du collectif bruxellois les Pépé.e.s. Cette rencontre nous permettra d’interroger l’expérimentation des concepts brassés dans cette étude par ce collectif de jeunes Bruxellois.e.s ayant créé leurs propres films porno. Ce collectif se revendiquant « queer », nous aurons un écho « situé » de ce que cette expérience peut apporter en termes de revendications identitaires et/ou politiques.

ATTENTION : Dans une recherche sur le porno féministe, et puisque la pornographie est, tout comme le cinéma, un grand marché, une industrie, « Qui vend quoi à qui ? Qui récolte les fruits de ces représentations érotiques ? » sont évidemment des questions à soulever afin de mettre en lumière des rapports potentiels de domination économique. Nous verrons que l’effondrement du marché des films dvd, pillé sans scrupule et dans l’indifférence totale par les tubes gratuits, a fortement appauvri les productions porno d’antan et du coup gangréné les relations entre réalisateurs et actrice.teur.s, totalement exploité.e.s. Surtout les relations aux femmes, contraintes à des performances de plus en plus douloureuses, humiliantes et « hard ». Certains groupes voient encore aujourd’hui le cinéma porno comme de « l’exploitation sexuelle filmée »[1], et il serait intéressant d’envisager cette problématique par une approche intersectionnelle[2]. Néanmoins, notre étude éludera ces questionnements pour se recentrer sur la question de la représentation.

 

Pour lire et télécharger la suite de notre étude

 

TABLE DES MATIÈRES

(pour aller directement à la bonne page, cliquer sur le n° de page)

Introduction  page 2

Quelques définitions en préliminaires   page 5

chap.1   Divers positionnements féministes face au cinéma porno     page 7

  • ABOLITIONNISTES ET DROITE AMÉRICAINE   page 7

Andrea Dworkin et Catharine A. Mackinnon   p.7

              Gayle Rubin  p.10

              Annie Sprinkle  p.12

              Ovidie  p.13

Virginie Despentes   p.16

chap.2   Le « female gaze » comme outil d’analyse, et/ou comme hypothèse féministe ?     page 17

2.1.   Le « male gaze »   page 17

  • YouPorn, catégorie « amateur »   p.19
  • Le porno gonzo – Rocco Siffredi   p.22
  • le Porno CHIC   p.23

2.2. Le « female gaze », comme écriture cinématographique alternative renversant le point de vue phallocentrique   page 24

1er temps : Comment le « male gaze » prédomine au Cinéma   page 24

chap.3  Le « female gaze » appliqué dans le champ du porno (2ème temps)     page 27

  • Public Cervix Announcement, d’Annie Sprinkle    p.27
  • Le Baiser d’Ovidie p.28
  • Virginie Despentes (et Coralie Trinh Thi) Baise-moi ou quand être femmes et pornographes fait mauvais genre.   p.32 
  • L’expérience bruxelloise du Porn Process des Pépé.e.s   p.40

 

CONCLUSION DE CETTE ÉTUDE   page 55

Décoloniser le corps 

 


[1] Selon l’expression du collectif français Le Nid. http://www.mouvementdunid.org/

[2] Par « approche intersectionnelle », nous entendons la posture critique de refuser de diviser les oppressions race/sexe/classe, en vue de faire comprendre que les trois oppressions vécues ensembles amènent des formes de discrimination particulières. Pour aller plus loin sur cette approche « multidimensionnelle des rapports sociaux », cfr J. RENNES (sous la dir. de), Encyclopédie critique du genre, Paris, Editions la Découverte, 2016, pp.20-21.

Nous contacter

Siège social du CVFE
Rue Maghin, 11 4000 Liège

Tél. : 04.221.60.69
(du lundi au vendredi de 9h à 12h)
Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Prendre contact

Copyright © 2019 - CVFE - Un site créé par Zzam